Entre Seine et Somme à vélo

Le projet - Lundi 25 mai 2026 - Sainte-Marie - La Réunion 

Certains s’interrogeaient : un neuvième périple à vélo est-il prévu, et, si oui, où et quand ? Des doutes, j’en  ai eu : est-il bien raisonnable de me lancer à nouveau malgré divers petits soucis physiques et de m’absenter presque trois semaines de La Réunion en cessant d’apporter mon soutien à Marie-Claude ? Mais l’envie est toujours tenace et Marie-Claude compréhensive. Alors, oui, j’ai décidé de concrétiser un des projets imaginés sur mon ordinateur à partir de la carte des voies vertes et véloroutes de France.

Mes critères n’ont pas beaucoup changé : une quinzaine de jours de pédalage en solitaire sur un vélo musculaire, un parcours en boucle, présentant peu de dénivelées et traversant des régions de moi pas ou peu connues. J’ai juste décidé de réduire un peu la longueur pour m’en tenir à une moyenne journalière d’environ 55 kilomètres, avec des possibilités de raccourcir en cas de problèmes provenant de la météo, du cycliste ou de sa machine.

J’ai choisi de retenir pour cette année une boucle au départ de Paris. Cela minimisera le temps passé dans les transports : un vol en avion jusqu’à Orly, quelques stations de métro de la ligne 14, réception du vélo, réservé dans une boutique proche de la Place d’Italie, et hop en selle pour une première étape, pas trop longue quand même, me permettant juste de traverser la Capitale et de m’en extraire par le nord-est en longeant le Canal de l’Ourcq.

Si tout va bien, la suite consistera d’abord à rejoindre la baie de la Somme en essayant, selon mon habitude, de suivre autant que possible des cours d’eau, canaux ou rivières, en traversant la Picardie et en passant notamment par Amiens. Pour le retour, il s’agira de longer la Manche jusqu’à Fécamp en passant par Le Tréport et Dieppe, à redescendre jusqu’à Rouen et finalement à épouser les méandres de la Seine pour regagner Paris.

J’ai établi un parcours préférentiel, estimé à environ 850 kilomètres. Mais il pourra être plus ou moins modifié grâce aux nombreux tracés de véloroutes que j’ai repérés et enregistrés sur ma tablette, tâche toujours très chronophage dont j’aurais d’ailleurs pu me dispenser en partie car j’ai découvert que la plupart de ces tracés apparaissent maintenant, à certaines échelles, en pointillés violets, sur les cartes de l’IGN.

Un autre travail préparatoire très prenant a consisté à repérer, le long de tous ces tracés, des hébergements possibles, pas trop onéreux mais présentant un minimum de confort. L’idéal reste à mes yeux les petits hôtels dans les villes ou les modestes chambres d’hôtes dans les villages ou campagnes. Mais ces offres deviennent rares avec une nette tendance à une montée en gamme et à une flambée des prix. Il n’est pas exclu que je me contente certains soirs d’un abri dans un camping ou d’un studio réservé via Airbnb.

Je n’ai procédé à aucune réservation car un décalage serait impossible à gérer en cas d’aléa de dernière minute, comme un retard d’avion, et car je souhaite conserver une certaine flexibilité pour m’adapter aux circonstances. Il faudra donc gérer au jour le jour ce problème d’hébergement…

Sauf contretemps, Corsair m’embarquera ce jeudi 28 mai au soir et je prendrai possession de mon vélo le lendemain matin à 10 heures dès l’ouverture du magasin Cycles 13. Et un article par étape sera publié chaque soir (souvent tardivement, surtout pour les Réunionnais) à partir du vendredi 29.

Les 8 périples passés et, en vert, le projet 

Toutes les traces enregistrées 

Commentaires

Jérôme et Avis : Nous te souhaitons un bon périple, tonton. Pédale bien.

Alain : J'attend impatiemment le premier article. Bon courage et amuse toi. Attention à la chaleur...

Michèle : Allez Marc ! Fonce et éclate-toi ! On est de tout coeur avec toi ! Bises.

Marie-Claude : C'est super ! Te sentier encore le désir, l'énergie et l'audace de découvrir le monde à vélo ! Je t'accompagnerai jour et nuit. J'aurais tant aimé pouvoir faire un peu de ce tour avec toi, comme toi. Cette année plus que les autres encore. Bonne route à mon cycliste et son petit vélo. Bises.

Christine : Beau projet et belle idée de partir de Paris, d'autant que le départ par le canal de l'Ourcq est sympa. C'est la saison des cerises, tu en trouveras bien quelques unes pour tes desserts. Bonne route.

Colette : Tous mes encouragements, Marc, pour ce 9ème périple à vélo. La toile se tisse de plus en plus. Fais-toi plaisir ! RDV sur ton blog. Bises.

Katia : Quel courage ! Bonne route, Marc... Bises.

Annie-Claude et Jean-Claude : Une fois de plus, nous admirons ton courage. Nous suivrons ton aventure jour par jour. Bonne route.

Laurent : Salutations, Marc, et respect pour ton retour sur les routes cette année! S'agit-il d'un nouveau vélo que tu as commandé ou loué pour ce périple ?

Chantal : Quel courage ! Mais c'est une belle région, tu vas te régaler. Bises.

Dominique : Bravo pour cette neuvième édition et bon courage pour affronter la canicule.


Etape 1 - Vendredi 29 mai - de Paris à Thieux - 41 km

Entre un Airbus de Corsair et un Boing d’Air France, aucune différence dans l’inconfort des sièges et la médiocrité des repas ! J’ai très peu dormi malgré la prise de deux cachets de Doxilamine, molécule dont j’avais déjà testé l’inefficacité ! Bref, un voyage pas terrible comme d’habitude, avec quand même deux films pour faire passer le temps visionnés agréablement grâce à une qualité correcte du son et de l’image.

Arrivée très matinale à Orly 4. Ce terminal est excentré par rapport aux trois autres, d’où une marche assez longue pour rejoindre la station de métro de la ligne 14. Cela permet de dégourdir jambes et articulations à condition de ne pas emprunter les escaliers et trottoirs roulants. Je n’ai que 6 stations à faire mais le ticket unique coûte 14 € et sa réservation, effectuée en ligne avant mon départ, m’avait pris plus d’une heure !

À 7h30, je suis avenue d’Italie, tout près de la boutique Cycles 13 qui n’ouvre qu’à 10h. Je m’installe à la terrasse d’un bar pour un bon croissant et un bon café parisiens qui font du bien après l’horrible petit-déjeuner servi par Corsair. Le ciel est bleu et l’air est doux. Les piétons défilent sur le large trottoir qui me sépare de l’avenue. J’observe leurs physionomies très diverses, mais très éloignées de celles des Réunionnais !

Je mets à profit cette attente pour téléphoner à Marie-Claude et pour réserver mes premiers hébergements. Ce ne seront pas mes premiers choix, ce à quoi je m’attendais en commençant par un week-end. Mais je suis soulagé d’avoir assez facilement trouvé, en puisant dans ma liste, à me loger sans trop m’écarter de l’itinéraire prévu. Je confie la garde de mes affaires à ma voisine, une vieille dame sirotant son expresso et fumant cigarettes sur cigarettes depuis plus d’une heure, pour aller me changer dans les toilettes en passant du mode avion au mode vélo, ce qui surprendra ladite vieille dame !

Et puis ce fut la réception du vélo, opération assez longue avec le conditionnements des sacoches. Tout ce que j’avais demandé est fourni et l’ensemble semble de bonne qualité. Je peux enfin démarrer en commençant par une traversée de Paris que je craignais un peu. En fait, cela se fait sans gros problèmes en  empruntant le plus souvent des couloirs réservés aux vélos ou des voies à partager avec les bus. Il faut juste être très attentifs, en particulier aux intersections.

J’ai beaucoup aimé revoir les gares des lignes de métro aériennes, les ponts et berges de la Seine, le canal Saint-Martin, le Génie de la Bastille et d’autres monuments dans le lointain. Dans la partie où le canal Saint-Martin passe  en souterrain, sa voûte est recouverte d’abord par des parcs et jardins du plus bel effet, puis par une vaste esplanade sur laquelle était installé aujourd’hui un marché que j’ai parcouru dans toute sa longueur en poussant mon vélo et en me régalant du regard des étals de fruits et légumes, de poissons, de fromages, etc. Et bien sûr, je mes suis payé une poignée de cerises à déguster sur place.

Je fais ma pause-déjeuner un peu plus loin, au niveau du bassin de la Villette en me montrant raisonnable : une Grimm blonde, un carpaccio de tomate, des linguines au pesto, un crumbble aux pommes et un café. Je reprends ensuite mon pédalage et quitte insensiblement Paris, puis ses communes limitrophes, en longeant le canal de l’Ourcq. Je ne fais qu’apercevoir quelques zones d’entrepôts, puis d’immeubles et enfin de pavillons, mais la nature l’emporte aisément.

Une piste cyclable en enrobé lisse double le chemin de halage et permet de faire quelques écarts avec un peu de dénivelées, ce qui me permet de tester avec satisfaction le plus petit braquet de mon vélo. Cette piste traverse le parc forestier de la Poudrerie qui est composé d’un joli mélange de feuillus. À plusieurs reprises, elle passe d’une rive à l’autre et chaque passerelle offre un point de vue sur le canal et sur ses berges où apparaissent quelques rangées de platanes.

J’avais envisagé de continuer à suivre le canal jusqu’à Meaux, mais la piste cyclable prend fin et le chemin de halage n’est pas bien adapté aux vélos de voyage. J’ai donc choisi de suivre l’EV3, véloroute européenne aussi appelée Scandibérique, en mettant cap au nord pour une fin de parcours à travers champs de céréales de villages en villages, Greesy, Compans et finalement Thieux où je me trouve ce soir dans une pizzeria proposant aussi des chambres d’hôtes.

La trace du jour : 41 km

Dans Paris 

Sous le métro aérien

La Seine !

Le canal Saint-Martîn

Le Génie de la Bastille



Mon vélo au bord du bassin de la Villette


On a le choix : piste cyclable ou chemin de halage

Le canal de l’Ourcq

Dans le parc forestier de la Poudrerie

Encore lui !

Fin du parcours à travers champs

Commentaires

Marie-Claude : Joli parcours parisien; J'adore ! J'avais pas encore vu au cinéma la scène de la vieille dame qui garde les affaires du cycliste ! Bonne route avec ton beau vélo.

Jean-Claude et Maryvonne : Bon voyage, Marc ; profite bien !

Béa : Oté trop gayal !!! Bravo Marc ! Et une sole aux asperges, une ! Des baisers et un massage de mollets !

Mamie Laure : Je constate que tu as choisi un beau vélo. Qu'il t'emmène où tu veux. Tu dois voir de jolis villages. Rapporte nous des souvenirs à raconter. Je t'embrasse et pense à toi.

Alain B. : Je te souhaite le meilleur (parce qu'il n'y a rien au-dessus !) pour ta rando. Profite, profite...

Dominique : C'est méritoire de prendre le vélo dès la descente d'avion. Moi, j'aurais commencé le lendemain !


Etape 2 - Samedi 30 mai - de Thieux à Avrigny - 62 km

Hier soir, mon logeur me confectionne une grosse pizza campagnarde copieusement garnie, à emporter mais où ? En chambre pour moi, installé sur une table basse devant le ventilateur ! Je n’en parviendrai pas à bout malgré l’accompagnement bienvenu d’une canette de bière et des pauses pour faire passer sur mon blog quelques photos une à une. Et puis au lit, en tenue d’Adam, sans drap de dessus ni couette, pour quelques périodes de sommeil alternant avec la gestion habituelle de mes problèmes d’origines arthrosiques, prostatiques, neurologiques, liste non exhaustive !

Ce matin, à 5h, je ne tiens plus au lit et, à 6h, je suis sur mon vélo ! Et c’est parti pour trois premières heures de pédalage jusqu’à Senlis qui me combleront. Ce fut d’abord la campagne, à travers champs de blé, de maïs, de betteraves avec quelques parcelles de bois préservées et un léger vallonnement : rien à voir avec la monotonie de la Beauce ! Avec aussi quelques jolis villages bien fleuris. Et puis vint la forêt d’Ermenonville : je ne suis pas passé par le site le plus connu, celui de la Mer de Sable, mais j’ai tout simplement apprécié ces pistes forestières bordées de feuillus très variés avec quelques enclaves de pins.

Élise m’avait de nouveau commandé des photos d’animaux ! J’en ai bien aperçu quelques-uns : plusieurs lapins, un écureuil, une chevrette et son chevreau, mais aucun ne s’est montré coopératif. J’ai tout juste réussi à capter un cheval dans son pré ! Alors j’ai tenté de photographier des arbres, en particulier de beaux chênes, mais sans grande réussite : notre œil est capable d’isoler un spécimen pour en apprécier la beauté, mais, en photo, on n´obtient rien d’autre qu’un ensemble d’arbres indistincts.

J’arrive à Senlis à 9h, le ventre toujours vide. Je me contente d’un rapide aperçu des remparts et d’un petit tour par les rues pavées du centre-ville avant de m’acheter en boulangerie un pain au chocolat, un jus d’ananas et un café sans sucre, en ne manquant pas de tenter mon coup habituel qui ne marche jamais : « C’est moins cher sans sucre ? ». Et je petit-déjeune sur un banc de la place car les boulangeries zoreilles ne se sont toujours pas décidées à installer leurs propres tables et chaises.

Comme mon temps est compté, je mets à profit cette pause pour supprimer mes trop nombreuses photos sans intérêt avant que le Cloud s’en empare, pour me réserver un restaurant pour midi à Pont-Sainte-Maxence, et pour avancer dans mes recherches d’hébergements. Sur ce dernier point, après quelques échecs et avec quelques compromis par rapport à ce que j’aurais idéalement souhaité, j’ai déjà trouvé à me loger jusqu’à lundi soir.

Entre Senlis et Pont-Sainte-Maxence, l’itinéraire de la Scandibérique, que je suis aujourd’hui assez fidèlement et qui est plutôt bien signalé, me fait traverser une nouvelle forêt, celle d’Halatte. C’est heureux car la chaleur commence à se faire sentir en cette fin de matinée. Cela ressemble beaucoup à la forêt précédente ! Les pistes forestières sont cependant un peu plus vallonnées et cela se termine par une jolie descente vers la vallée de l’Oise.

J’arrive à midi tout juste à mon restaurant, choisi pour le subtil jeu de mots de son nom : L’Art d’Oise ! Et ce fut une très bonne pioche, du genre semi-gastronomique, avec une ardoise pas très fournie, ce qui est généralement bon signe. Je me paie un repas complet mais léger : carpaccio de betteraves, chèvre et noix en entrée ; pavé de merlu, poireaux en deux façons en plat ; crème brûlée à la griotte en dessert. Avec un seul verre de vin blanc car j’ai encore à pédaler.

Il ne me reste en fait qu’une dizaine de kilomètres à parcourir, mais la chaleur s’intensifie. L’hébergement que j’ai trouvé se trouve à l’écart de mon itinéraire prévu dans un petit village de campagne. Pour le rejoindre, il faut d’abord s’éloigner de la vallée de l’Oise par des pistes cyclables peu agréables longeant des routes sur lesquelles la circulation automobile n’est pas négligeable. Plusieurs ronds-points sont à négocier avec prudence.

Heureusement, les derniers kilomètres sont ensuite beaucoup plus tranquilles sur petites routes de campagne à travers champs, semblables à celles de mon début de parcours. C’est donc en toute quiétude que j’en termine pour aujourd’hui. Je suis installé dans un hôtel-restaurant basique, mais il y a la télé dans ma chambre. C’était LA condition pour ce soir afin de pouvoir regarder la finale de la ligue des champions entre Arsenal et le PSG. Coup d’envoi dans moins d’une heure : je publie le texte de cet article, les photos suivront dans la nuit.

La trace du jour : 62 km


Pizza en chambre hier soir

Mon vélo apprécie le lever de soleil !

L’église de Moussy-le-Neuf

Premiers coquelicots



Mon vélo n’apprécie pas les chemins creux !

Dans la campagne

Mon vélo apprécie les beaux chênes



Le cheval pour Élise

L’église de Pontpoint

L’Oise à Pont-Sainte-Maxence

Le pavé de Merlu

La campagne en fin de parcours

Commentaires

Anonyme : Tu photographies des églises maintenant ! Y rentres-tu ? Bravo pour tes 2 premières étapes sous cette chaleur qui nous accable.

Anonyme : Tes chroniques sont toujours amusantes à lire. La traversée de Paris, les forêts, la campagne et ton menu au restaurant me font rêver.

Alain B. : Je constate qu'il n'a pas grand chose à manger, ton cheval !

Dominique : Merci pour ces photos de qualité sur une région que je ne connais pas du tout. La chronique gastronomique au jour le jour, jusqu'au moindre café sans sucre, est par ailleurs fort intéressante.

Iza : Je te retrouve seulement ce soir, dimanche, un peu perdue par ton allant et tes capacités, admirative aussi de m'avoir fait revoir Paris sous ces couleurs bon enfant. Sympa ta vieille dame qui te garde tes affaires. Les fleurs sont toujours fascinantes avec leurs couleurs vives. Ton vélo est carrément superbe. Et les coquelicots... dignes de la chanson de Mouloudji ! Soit heureux, ami, et profite de tout, y compris de ce qui ne figure pas sur les photo Jean: le chant des oiseaux et les reflets du soleil sur ton guidon. Curieux, nous t'attendons chaque soir et notre amitié t'accompagne.

Jean-Claude : Dis, tu es chez moi, là ! Je suis né à,Pont-Sainte-Maxence, j'inhabité à Clermont et à Chantilly ; Surya, ma première, est née à Gouvieux. Tu vas peut-être passer Beauvais ; j'ai grandi dans un petit village, Fay-Saint-Quentin, à 12 km de Beauvais. Sûr que j'aurais aimé être sur ton vélo ! A l'époque, j'étais tout le temps sur un vélo.


Etape 3 - Dimanche 31 mai - de Avrigny à Beaurains-lès-Noyon - 74 km

Hier soir, je regarde la finale dans ma chambre aussi surchauffée que l’ambiance d’un stade ! Un vrai scénario de cinéma avec un dénouement à l’ultime des tirs au but, après prolongations ! J’échange des SMS avec Nath pendant tout le match : ça fait monter le stress. Bon, finalement, on est les champions, pour la deuxième fois consécutive.

Pendant ce temps, la patronne de l’hôtel regardait Roland Garros au salon : si j’ai bien compris, tous les Français ont déjà été éliminés ; on est meilleurs au foot qu’au tennis ! Comme je suis le seul client du restaurant, elle me gâte avec un dîner basique, mais copieux et simplement bon : une fraîche salade de crudités, une goûteuse entrecôte et deux boules de glace. Très différent de mon repas gastronomique du midi, mais tout autant apprécié.

Après cela, à ma grande surprise, je passe une assez bonne nuit, avec seulement deux brèves interruptions. Il faut dire qu’un orage, accompagné de quelques gouttes de pluie, fut le bienvenu pour refroidir un peu l’air. Du coup, ce matin, réveil tardif à 5h30 pour un départ à 6h15 sans faire de bruit comme promis et sans petit-déjeuner comme d’habitude.

Quel régal que cette première heure, seul sur mon vélo, à travers la campagne ! Le soleil, tout juste levé, pourrait m’éblouir car je me dirige vers l’est, mais j’ai pris soin de porter casquette sous casque. Je me satisfais naïvement du spectacle : des lapins et un faon traverseront mon chemin et un lièvre jouera son rôle quelques instants. Et les blés prennent progressivement leur dorure.

Je rejoins la vallée de l’Oise en empruntant une voie verte que j’avais repérée, évitant ainsi cette fois les grandes routes. C’est appréciable, même si le revêtement n’est pas terrible. L’orage a fait tomber quelques arbres en travers de la voie, mais on les contourne facilement. Il y a aussi quelques interruptions car l’empreinte de l’ancienne voie ferrée n’a pas toujours su être préservée.

Je pensais ensuite traverser l’Oise pour rejoindre en rive gauche la piste cyclable, mais je tombe sur un pont en reconstruction. Il me faudra faire un détour peu agréable sur routes, puis chemin le long d’une voie ferrée, pour trouver une passerelle me permettant de franchir la rivière pour atteindre la piste peu avant Compiègne où je fais enfin ma pause petit-déjeuner à la Mie Câline sur la belle place de l’Hôtel de Ville. Les hommes font la queue au stand de la marchande de roses en ce jour de fête des mères, sous le regard de Jeanne.

En amont de Compiègne, ni les berges de l’Oise ni celles de son canal latéral n’ont encore été aménagées pour les cyclistes. La Scandibérique remonte donc un moment la vallée de l’Aisne, affluent de l’Oise, par une jolie piste arborée avec notamment des saules tellement pleureurs que le cycliste doit essuyer leurs larmes au passage. Et puis on s’élève entre les deux vallées pour traverser la forêt de Laigue, très semblable à celles parcourues hier, avant de redescendre vers l’Oise.

Une nouvelle déconvenue m’attend avec encore un problème de pont. Cette fois, un ancien pont a été démoli et son remplaçant se fait attendre. Un demi-tour s’impose, suivi d’un parcours sur une route, heureusement peu fréquentée en ce dimanche, qui me mènera à Riblecourt où le seul restaurant ouvert voudra bien m’accueillir en surnombre pour un déjeuner spécial fête des mères qui me donnera toute satisfaction !

Après cela, je file par une départementale, sans circulation dominicale, jusqu’au pied du mont Renaud, que j’imagine comme un ancien volcan, puis rejoins à Pont-L’Evèque le canal du Nord qui relie l’Oise à la Somme et que je vais suivre sur quelques kilomètres aujourd’hui avant de poursuivre demain.

C’est là que je rattrape un cycliste itinérant que j’avais en ligne de mire depuis un moment. On commence ensemble à longer le canal en entamant une discussion qui durera une dizaine de minutes. En résumé, c’est un quarantenaire un peu paumé, en instance de divorce, qui veut changer de vie en se faisant minimaliste. Parti de Paris avant-hier, il envisage d’aller jusqu’en Suède en mode bivouac. Mais la chaleur d’hier l’a accablé et il a déjà revu à la baisse la longueur envisagée pour ses étapes. J’ai quelques doutes quant à la réussite de son projet.

Je le quitte pour rejoindre mon hébergement de ce soir, une chambre d’hôtes où j’ai été très bien accueilli. J’ai même été invité à l’apéritif, ce qui m’oblige à clore ici cet article. Les photos seront ajoutées plus tard dans la soirée…


La trace du jour - 74 km




Sur la voie verte


L’Oise en aval de Compiègne

Place de l’Hôtel de Ville à Compiègne


Un saule très pleureur !

L’Aisne


Pas de danger pour moi !

Dans la forêt de Laigue

Mon bouquet de fête des mères

Plus de pont !


Au pied du mont Renaud

Le canal de l’Est

Commentaires

Iza : A Compiègne, j'espère que le fantôme de Desnos t'as laissé en paix. Heureux homme qui jubile devant des "pousseux de ballon" et doute des capacités d'un quarantenaire à se refaire une nouvelle vie. Heureux homme qui contemple en solitaire des levers et couchers de soleil et voit frissonner les fleurs du chemin sous la brise légère. Heureux homme qui se réjouit simplement de la surprise du repas du soir. Profite, tu sais comme dit le poète : Profitons tandis qu'il est temps, cueillons maintenant les roses de la vie. Naturellement, je cite de mémoire, une mémoire un peu défaillante. Mais le coeur y est. Tendramicalement.

Marie-Claude : Je pense à toi, mon cycliste qui passait par Compiègne et qui ce soir nous en fit récit... "Je pense à toi, Desnos, qui partit de Compiègne / Comme un soir en dormant tu nous en fis récit..." La plume d'Aragon, la voix de Ferrat, échos de jeunesse...

Anonyme : Tu es en ce moment un Oisif !!! (peuple de l'Oise, d'où je suis)

Dominique : Pas mal, le menu Fête des mères ! La coupe Jamaïque m'aurait bien plu. Sinon, c'est curieux de rencontrer si peu de cyclistes.


Etape 4 - Lundi 1er juin - de Beaurains-lès-Noyon à Péronne - 51 km

Bon moment d’échange hier soir à l’apéro avec Aude et Dave. Ils forment un couple sympathique et atypique, elle Picarde, lui Américain. Les verres d’une bonne sangria bien fraîche délient nos langues. J’apprends notamment qu’ils ont rénové la longère des parents de Aude pour y installer leur trois chambres d’hôtes de charme. Etant leur seul hôte, j’ai bénéficié de la vaste chambre familiale à l’étage aménagée en alliant le moderne et l’ancien avec la conservation des poutres apparentes.

Malheureusement, ils ne font pas vraiment table d’hôtes, activité qu’ils jugent trop contraignante. Ils proposent une formule du terroir qui comporte un plat et un dessert en conserve dans des bocaux, du pain et une boisson. Ce sera pour moi un parmentier de canard, réchauffé au micro-ondes, un baba au rhum et un quart de vin. Ce ne fut pas mauvais, mais vite expédié pour remonter en chambre afin de publier sur mon blog les photos du jour, activité qui me prendra plus d’une heure.

Dodo médiocre, n’en parlons pas ! Mon étape du jour étant courte, j’ai consenti ce matin à prendre le petit-déjeuner négocié à 7 heures. C’est un festin qui m’est offert et je me force à picorer un peu de tout : du fromage, un yaourt, une part de tarte aux mirabelles, une petite cuillère de chacune des confitures faites maison, et même des fruits, un abricot et quelques fraises. Ouf !

Mais c’est surtout un nouveau intéressant moment d’échanges avec Aude et Dave. Ils m’informent du grand projet de construction d’un nouveau grand canal appelé Seine-Nord-Europe qui remplacera, entre autres, l’actuel canal du Nord. Ce projet suscite beaucoup d’oppositions, mais, comme d’habitude, sa réalisation est déjà commencée avant même que les recours aient été examinés.

Je démarre enfin à 8 heures et rejoins rapidement la piste cyclable longeant le canal. Elle est globalement en bonne état : rien à voir avec ces pistes défoncées, fissurées, mal rapiécées, qui bordent trop souvent des routes quant à elles parfaitement revêtues. Le canal, lui, est large, avec des longues parties rectilignes, plus adapté au trafic marchand qu’à la plaisance. Les écluses sont automatisées et grillagées, les anciennes maisons d’éclusiers abandonnées, sans fleurissement ni potager évidemment. Bref, ce n’est pas le plus beau canal que j’ai connu ! Mais on y voit quand même quelques cygnes sur l’eau et des buses et des hérons dans les airs.

Après une dizaine de kilomètres, il n’est plus possible de longer le canal, dont le bief de partage, entre les versants Oise et Somme, est en tunnel. Il faut donc s’élever un peu et traverser un plateau vallonné par de petites routes à très faible circulation automobile. C’est très plaisant : le paysage est un patchwork composé de parcelles variées de blé, maïs, orge, betteraves. Il ne manque que les tournesols, sans doute non adaptés au climat un peu trop rude. Et il y a aussi de nombreux champs… d’éoliennes ! Heureusement, elles tournent aujourd’hui au ralenti !

Je traverse plusieurs petits villages, tous abondamment fleuris. Et les maisons anciennes, construites en briquettes rouges, contribuent à donner de la couleur. Je fais un détour pour passer par Nesle, seul village de mon parcours comportant quelques commerces. Je m’y achète un pique-nique que je consommerai plus tard, une fois le canal retrouvé, sur une table de la place de l’église de Briost.

Sur la fin de mon étape, je rattrape (facilement !) un couple de randonneurs portant de gros sacs à dos. Je m’arrête à leur niveau, engage la conversation, et mets pieds à terre pour la poursuivre en marchant avec eux pendant un bon quart d’heure. Maryline et Bruno sont des jeunes de 68 ans qui en terminent cette année avec un tour de France pédestre entamé il y a 10 ans, à raison d’un mois de marche par an. Ce sont des purs et durs qui portent leur tente et leur popote. Ils vont en terminer avec leur aventure dans 3 jours en regagnant leur maison à Amiens.

Ils sont déjà venus à La Réunion et ont bien aimé. Ils envisagent d’y retourner en 2027 pour faire la traversée de l’île de Saint-Denis à Saint-Philippe par le GRR1. Je leur prodigue quelques conseils et mises en garde. Alors que je remontais en selle, une libellule vient se poser sur mon bras gauche et s’y agrippe. Comme Bruno fait une photo de la bête, je lui demande d’en faire une aussi avec mon smartphone et une aussi du cycliste.

J’arrive assez tôt à Péronne, repère mon hôtel de ce soir proche du centre-ville et m’installe dans une brasserie en attendant le check in possible seulement à partir de 16 heures. J’y sirote une Grimm blonde, écrit le début de cet article et finalement réserve une table pour plus tard. Je suis maintenant bien installé dans une petite chambre single. J’ai pris ma douche et fait ma lessive par la même occasion, selon ma technique habituelle.

Tout irait bien si je n’avais pas consulté la météo qui annonce en créole : zordi soley, mé domin la pli !

La trace du jour : 51 km

Mon vélo admire les reflets dans le canal !





Maison typique en briquettes

Maison moderne

L’Hôtel de Ville de Nesle

Mon lieu de pique-nique

Mon pique-nique 

La libellule

Le cycliste

Mon hôtel de ce soir

Commentaires

François et Michèle : Bien, bien, tout cela. La météo va peut-être se tromper. Mais tu ne dévoiles pas ta technique de lavage. J'aimerais en savoir plus car, dans 3 semaines, nous partons ,pédaler en Bretagne. Bises et bonne continuation.

Françoise : Cousou, déjà 4 étapes de franchies sans que j'ai eu le temps de t'écrire. J'ai retrouvé mon petit bonheur du soir, un moment en compagnie de ta prose et de tes photos. Toujours identique à toi-même, curieux, poète au coup d'oeil toujours prêt à saisir la petite touche qui rend tes prises de vue uniques. Pédale bien pour mon plus grand plaisir ans mon fauteuil.

Alain H. : Bravo, Marc, et courage encore. Non attend impatiemment la suite.

Iza : Alors bien sûr, mon pote, c(est la libellule qui a retenu toute mon attention. Je ne sais où elle est posée la demoiselle, mais il me semble bien que c'est sur ton bras. Les fleurs sont toujours de toute beauté, à croire que tu les as commandées pour ton objectif. Je suis moins curieuse de tes repas, égoïste que je suis à ne pas comprendre les gourmands. J'espère que les prévisions météo ont pu être revues au beau, peut-être pas fixe mais au moins acceptable. Pour le dodo, j'espère que tuas pu fermer l'oeil etc te refaire une petite énergie. Finalement, nous avons un point commun, nous courrons après le sommeil, pauvres que nous sommes. Enfin, je veux dire toi tu pédales et moi je cours ! Ah Ah Ah Prends bien soin de toi, bonhomme

Dominique : Content de voir enfin le cycliste. Ça sentait un peu la supercherie ce vélo avançant tout seul depuis Paris ! Merci pour toutes ces fleurs magnifiques et bienvenue au club des fans de Tuc dont je fais partie.


Etape 5 - Mardi 2 juin - de Péronne à Amiens - 69 km

Hier soir, repas de brasserie : andouillette-frites-salade, avec un verre de côte du Rhône et dame blanche. Pas gastronomique, mais bon. Je profite du wifi de l’établissement, plus performant que celui de l’hôtel, pour charger sur mon blog les photos du jour. Après cela, dodo moyen, réveil définitif à 6 heures, petit-déjeuner basique à l’hôtel et départ à 7 heures.

Compte tenu des prévisions météo, j’avais quelques craintes pour aujourd’hui. Mais finalement je ne m’en suis pas trop mal sorti : 2 premières heures sous un ciel très couvert mais sans pluie, une fin de matinée sous une pluie fine et intermittente, un début d’après-midi encourageant avec des éclaircies, une grosse averse soudaine de pluie puis de petits grêlons sans possibilité de m’abriter pendant une dizaine de minutes, et pour finir un retour de belles éclaircies.

Je décide néanmoins de prendre le temps de faire un tour dans la ville dont le château abrite l’Historial de la Grande Guerre. Je suis, une fois de plus, rattrapé par l’Histoire, comme à Compiègne où j’étais passé tout près du Carrefour de l’Armistice et du musée qui abrite une réplique du célèbre wagon de Rethondes, et où mes pensées étaient allées vers les déportations par les trains de la mort dont la ville fut le funeste point de départ.

À Péronne, le canal du Nord continue vers le nord ! Je l’abandonne pour embrayer sur le canal de la Somme. Si tout va bien, je vais pendant 3 jours suivre la véloroute de la vallée de la Somme pour atteindre tranquillement la Manche. Ce nouveau canal, qui est en fait le plus souvent la Somme canalisée, est nettement plus plaisant. Moins large, plus sinueux, il emporte d’emblée mon adhésion.

Certes, la piste cyclable n’est plus bitumée. Mais elle est bien compactée et mon vélo s’en accommode. Surtout, l’ambiance est beaucoup plus sauvage avec des rives naturelles, boisées ou s’ouvrant sur la campagne. Les écluses sont toujours automatisées, mais sont accessibles et elles ont été rénovées. Et quel plaisir d’être surpris par une buse sortant du bois ou par un héron cendré prenant son envol à partir des hautes herbes du bas-côté !

Et finis les grosses péniches marchandes ! Ce canal est réservé à la navigation de plaisance. Évidemment, « ce n’est pas encore la saison » comme on me dit à tout propos. Je ne verrai qu’une seule vedette à naviguer. Les autres sont amarrées aux haltes fluviales. Mais la fameuse saison se prépare : des engins tentent d’extraire des eaux les algues et les branches, d’autres fauchent les herbes le long de la piste, des ouvriers nettoient les voies du petit train touristique du côté de Cappy.

Entre Méricourt et Cerisy, sur environ 5 kilomètres, le chemin de halage n’a pas été aménagé pour les cyclistes. Un petit détour par la campagne s’impose, mais ce n’est pas déplaisant même si ça monte bien jusqu’au village de Morcourt. La route a été partagée avec une voie centrale pour les voitures et deux voies latérales pour les vélos. Mais les panneaux de signalisation semblent recommander aux automobilistes de faire des queues de poisson aux cyclistes !

Le retour sur le canal s’effectue sous la pluie et c’est dommage car ce tronçon est très joli, avec autour du canal une succession de marais et d’étangs. On ressent une certaine étrangeté et j’apprends sans surprise en lisant un panneau que cette zone a généré quelques légendes comme celle du gentil géant de Corbie dont les pleurs, provoqués par la méchanceté de ses enfants, avaient inondé la vallée.

Je fais, à Corbie justement, une pause assez longue qui permettra de me sécher un peu, de me désaltérer avec une pression de bonde locale dans un bar, et finalement de déjeuner dans un restaurant spécialisé dans les bonnes viandes. Je choisis une bavette d’Irlande, sauce au poivre et frites, et ne serait pas déçu. Une pavlova aux fraises et un café me permettent d’atteindre que la pluie cesse.

L’après-midi aurait pu être un pur plaisir digestif puisqu’il ne me reste qu’une vingtaine de kilomètres à parcourir, toujours à plat le long du canal. Mais l’averse évoquée plus haut viendra ternir le tableau. Heureusement, la toute fin du parcours me permettra d’apprécier les fameux hortillonnages, ces curieux jardins flottants.

Je suis ce soir à Amiens dans un petit hôtel du centre-ville comme hier. La pluie vient de recommencer à tomber, mais j’espère que cela ne durera pas trop et que je pourrai sortir dîner sans me remouiller…


La trace du jour - 69 km

Le château de Péronne



Écluse accessible et rénovée

Arrivée à la halte nautique de Cappy


Nettoyage du canal

Interruption de la piste cyclable

Panneau pas très clair !


Un des nombreux étangs

Un autre étang

La bavette d’Irlande



Un jardin flottant

Séchage espéré du linge en chambre…

Etape 6 - Mercredi 3 juin - de Amiens à Abbeville - 55 km

Hier soir, la pluie ayant cessé, je fais un petit tour à pied dans la ville, passe voir la si imposante cathédrale  et me rends dans une brasserie qui propose des ficelles d’Amiens, spécialité locale qui m’avait été recommandée. Il s’agit d’une crêpe roulée, fourrée avec jambon et champignons, nappée d’une sauce béchamel et gratinée. C’est bon ! Je l’accompagne par un verre de côte du Rhône et termine par un trou normand. Un dîner léger !

Retour en chambre pour publication lente des photos sur le blog. Endormissement tardif et réveil matinal. Je ne dors clairement pas assez. Cependant, je ne ressens aucune sensation de fatigue jusqu’à maintenant ! Ce matin, je reprends mon habitude de partir tôt, avant 7 heures, sans petit-déjeuner. J’erre un peu dans la ville avanr de retrouver la véloroute le long du canal.

Je rattrape rapidement Dominique, une professeure d’allemand qui se rend presque tous les matins en vélo à son collège de banlieue. Nous roulons ensemble une dizaine de minutes en discutant. J’apprends que l’Education Nationale accorde maintenant une prime aux personnels qui n’utilisent pas leur voiture pour aller travailler ! Nous nous quittons trop vite, en échangeant juste nos prénoms : je ne pouvais quand même pas l’accompagner jusqu’à sa salle de classe pour une rencontre avec ses élèves, pour la plupart en difficultés mais attachants selon elle.

Ma tristesse ne durera pas car mon parcours d’aujourd’hui va être absolument délicieux. Les eaux de la Somme et celles du canal sont le plus souvent mêlées, sauf bien sûr au niveau de chaque écluse et sur quelques tronçons où le fleuve se laisse aller à de trop paresseux méandres. Du coup, on baigne dans une ambiance sauvage, entres bois et étangs, avec beaucoup de sinuosité. Sur la rive opposée à la piste cyclable, les branches des arbres viennent se désaltérer dans les eaux : bel effet !

Curieusement, les hérons, qui hier m’avaient régalé en grand nombre de leurs vols planés, ne se donnent pas en spectacle. Mais les cygnes sont toujours là et, aux abords des villages, les oies aussi. Ils et elles me feront perdre beaucoup de temps avec mon obsession à tenter de les photographier pour Élise, et d’ailleurs pas seulement pour elle.

Il faut dire que chaque pause photo est assez longue. Il faut d’abord installer correctement le vélo sur sa béquille pour qu’il ne tombe pas. Ensuite, pour les paysages, il suffit de bien ajuster le cadrage et veiller à l’éclairage. Mais, pour ces maudits animaux, c’est plus compliqué : ils sont trop loin, ils plongent leur tête dans l’eau, ils bougent, ils ne me regardent pas, etc. La plupart des photos prises sont décevantes ; j’en supprime 9 sur 10 ! Mais il y a heureusement quelques réussites.

Comme cette étape est courte, je fais des petits écarts vers les villages. Je les trouve à nouveau bien fleuris, avec encore quelques bâtisses typiques en briquettes, mais le ciel gris ne contribue pas à une mise en valeur. En matière d’habitat, j’ai remarqué, à la sortie d’Amiens, un alignement de maisons à étages toutes semblables, sans doute construites par une fabrique pour loger ses ouvriers.

Hormis celles dédiées aux photos, je n’ai fait que trois vraies pauses. Lors de la première, à Ailly-sur-Somme, je m’achète en boulangerie une chocolatine que j’emmène au bar d’à côté pour l’accompagner d’un jus de fruit et d’un café puisque c’est ainsi que l’on doit ici procéder. La deuxième, à Long, s’impose car j’ai oublié de remplir mon bidon d’eau : j’étancherai ma soif d’une bière prise au comptoir du bar du village !

Enfin, après la soif, c’est la faim qui me tenaille ! La troisième pause sera donc pour déjeuner, en un lieu atypique : un restaurant flottant, installé dans une péniche amarrée à Eucourt-sur-Somme. Le choix des plats est limité et le patron a beaucoup de bagout : il me convainc de goûter à la ficelle picarde cuisinée par sa femme selon la recette originelle. Je me laisserai gentiment faire ! La principale différence avec celle d’hier soir est que la béchamel est remplacée par de la crème fraîche. C’est tout aussi bon !

Je ne m’attarde pas trop car la pluie est annoncée pour 16 heures. Elle sera malheureusement en avance et m’arrosera pour mon dernier quart d’heure de pédalage jusqu’à Abbeville. Rien à voir cependant avec la méchante averse d’hier : il s’agit d’une petite pluie fine peu dérangeante. Je file néanmoins vers mon hôtel du soir. Mon vélo est maintenant à l’abri et moi aussi !

Comme hier, si la pluie cesse, je ressortirai plus tard pour faire un tour à pied dans la ville et pour dîner. Mais pas question de ficelle ce soir !

La trace du jour - 55 km


Maisons ouvrières à la sortie d’Amiens







Le restaurant flottant

La ficelle picarde


La cathédrale d’Abbeville


Etape 7 - Jeudi 4 juin - de Abbeville à Woignarue - 49 km

Pas de tour dans la ville hier soir : la pluie menace et je ne veux pas me remouiller. Je cale au restaurant en face de l’hôtel et dîne simplement : une pièce du boucher (on ne sait jamais exactement ce que c’est !) peu goûteuse mais tendre, avec un verre de Plan de Dieu (mais oui !), et un dessert sorbet citron, compotée d’ananas (non Victoria !). Et, pour le première fois, un Calvados en digestif.

Il en résulte, pour la première fois aussi, une nuit correcte, avec seulement 2 brèves interruptions dans mon sommeil et un réveil à la sonnerie du smartphone à 6h30. Petit-déjeuner industriel à l’hôtel en compagnie à cette heure de commerciaux en soirée étape. Départ à 7h30 en mode pluie compte tenu des prévisions météo vues à la télé.

En aval d’Abbeville, le canal file tout droit et à plat sur 15 kilomètres jusqu’à Saint-Valery-sur-Somme. Je décide de filer moi aussi en roulant à bonne allure. Je fais quand même une pause pour causer un peu avec un vieux monsieur, assis sur un banc, dont le chien laissé libre batifolait sur la piste. Depuis qu’il est veuf, il passe ici plusieurs heures par jour à regarder les cyclistes passer, mais rares sont ceux qui s’arrêtent. Il me remercie de lui avoir accordé un peu de temps !

Saint-Valery-sur-Somme est un joli port de pêche et de plaisance. Je m’arrête à « L’Arrivage » qui fait de la vente « en direct du bateau ». La vendeuse m’autorise à faire quelques photos de son étalage. Elle m’explique qu’elle vient de vendre son local, qui sera reconverti en boulangerie, car son activité n’est pas rentable avec les gens qui vont acheter le poisson en grandes surfaces ! Pourtant, ses prix sont nettement moins élevés ! Et je trouve que les soles et les ailes de raies font envie.

C’est en quittant le port qu’une première grosse averse me tombe dessus soudainement. Je m’en tirerai sans trop de dommages en me réfugiant avec mon vélo dans un local à poubelles pendant une dizaine de minutes. Je me doute bien ça recommencera… Je décide néanmoins de faire un petit détour vers la pointe du Hourdel, connu pour offrir un beau point de vue sur la baie de la Somme, elle-même connue pour être la plus belle du Monde ! 

Mais j’y arrive au moment du déclenchement d’une deuxième averse. Heureusement, il y a là un bar-restaurant dans lequel tous les touristes se précipitent. J’en fais autant en confiant mon vélo à la protection d’un arbre. Un cappuccino plus tard, le ciel se dégagera et une assez belle éclaircie nous permettra de sortir pour apprécier la beauté de la fameuse baie. Je fais ce que je peux pour la saisir en photos, mais les résultats ne seront pas à la hauteur de ce qu’ont vu mes yeux.

Redémarrage ensuite pour me diriger vers Cayeux-sur-Mer, distant de 7 kilomètres. C’est là que les choses se gâtent vraiment : le vent, faible jusqu’ici, se renforce très vite et la troisième averse survient. Cette fois, aucun échappatoire ne se présente et la pluie se transforme en grésil qui vient fouetter mes jambes nues. Je baisse la tête pour offrir mon casque à ce mitraillage en poursuivant mon pédalage. Tout cela durera bien un quart d’heure !

J’arrive à Cayeux transi et trempé, mais sous le soleil soudain réapparu ! Je vais jeter un rapide coup d’œil au bord de mer. Le long alignement des cabines de bain fait face à une plage de galets et à une mer démontée. Tout est désert bien sûr. Je ne m’attarde pas et rentre dans le premier restaurant trouvé, presque davantage pour me réchauffer et me sécher que pour manger !

Mais bien sûr je ne résisterai pas à la formule du midi proposée : moules marinières-frites avec un verre de vin blanc ! Ce sont des moules de Bouchot du Crotoy, petites mais goûteuses : un bon reconstituant déjà, mais je me laisserai encore tenter par des profiteroles ! Je repars ragaillardi, sachant qu’il ne reste plus que 10 kilomètres à parcourir et que la météo n’annonce plus de pluie pour l’après-midi.

Mais le vent, lui, est toujours là et s’est même considérablement renforcé. La nouvelle véloroute que je suis maintenant, appelée Vélomaritime, s’éloigne du bord de mer et prend une direction générale sud-ouest, précisément celle d’où vient le vent ! Sur certaines portions, le pédalage sera vraiment difficile et mon allure proche de celle d’un piéton ! Cependant, le paysage est plaisant avec des zones de marais puis de prés à vaches. Pour faire quelques photos, impossible d’abandonner mon vélo qui serait aussitôt renversé : je reste en selle, les 2 pieds au sol bien écartés !

Je suis ce soir au Domaine de la Mer que j’avais mal localisé, d’où un inutile aller-retour final de 4 kilomètres. Je n’avais pas bien compris non plus, en réservant ma chambre, qu’il s’agissait en fait d’un hôtel-restaurant, ce qui me contraindra donc à un nouveau bon repas !

La trace du jour - 49 km

Le long du canal

Un canard entreprenant !

Le port de Saint-Valery-sur-Somme




Sur le front de mer de Saint-Valery-sur-Somme

Dans la ville

À l’abri !

Port de la Pointe du Hourdel

Le phare du Hourdel

Vue sur la baie de Somme

À Cayeux-sur-Mer






C’est qui le plus beau ?


Etape 8 - Vendredi 5 juin - de Woignarue à Dieppe - 55 km

Hier soir, une copieuse et savoureuse entrecôte, bien meilleure qu’une quelconque pièce du boucher, aira su récompenser mon éprouvante journée. De retour en chambre, je regarde à la télé le match amical, préparatoire à la Coupe du Monde, entre la France et la Côte d’Ivoire. Un match plaisant… grâce aux ivoiriens surtout ! Côté français, après une première mi-temps encourageante, la seconde fut assez pitoyable avec une défaite bien méritée au final.

Mon sommeil n’est pas sans agitations, c’est connu ! Cette nuit, j’ai réalisé une de mes spécialités que je pratique épisodiquement : la chute le lit ! Exécutée heureusement tout en douceur, enveloppé dans la couette. Même pas mal ! Après cela, bon rendormissement et, comme hier, réveil à 6h30, rapide petit-déjeuner à l’hôtel et départ avant 7h30.

Côté météo, ce fut aujourd’hui nettement moins pire que ce que je craignais. Je n’ai eu à subir que de rares épisodes de pluies fines. Et mon ennemi le vent ne s’est vraiment manifesté que sur les parties dégagées sur les plateaux. Cependant le ciel est resté très nuageux avec seulement quelques fugaces percées du soleil et c’est dommage car mon parcours était très propice à des points de vue.

Comme je le savais, ce parcours a été aussi exigeant physiquement en raison de son profil. Entre les villes de bord de mer, il faut remonter au-dessus des falaises ! J’ai réussi à ne jamais mettre pieds à terre, mais j’ai dû à plusieurs reprises utiliser le plus petit braquet de  mon vélo qui me donne heureusement toute satisfaction (pour les initiés, il est de 0,8).

Les plages sont toujours en galets, sans grand charme. Il faut plutôt regarder côté terre où on peut observer de belles demeures, surtout à Mers-les-Bains. Elles datent sans doute de plus d’un siècle et beaucoup sont en travaux pour essayer de les sauvegarder. Et puis il y a ces falaises calcaires qui ont leur charme et dont la hauteur impressionne.

Au Tréport, je n’ai bien sûr pas pu monter au sommet par le bien nommé escalier de la falaise. La Vélomaritime fait gentiment autant de zigzagues que possible pour venir en aide aux cyclistes. Mais il y avait une autre possibilité que je découvre trop tard : un funiculaire souterrain relie la ville basse au sommet et, sur les 4 cabines, l’une permet d’embarquer les vélos. Et c’est gratuit !

J’ai en fait passé la plus grande partie de cette journée dans la campagne, sur les plateaux au-dessus des falaises. Une belle campagne un peu vallonnée, alternant zones de cultures céréalières et d’élevage bovin. Les petits villages traversés présentent quelques jolies cases et édifices. J’ai fait ma pause-déjeuner en restaurant dans l’un d’eux, appelé Petit Caux. Je me contente d’un dos de saumon à l’oseille-pommes vapeur et d’un sorbet citron : très raisonnable !

Puisque je vais la quitter demain, quelques appréciations sur la Vélomaritime, sur le tronçon que j’ai emprunté de Saint-Valery-sur-Somme à Dieppe. La signalétique est dans l’ensemble correcte, avec un panneau à chaque intersection, mais il y a quelques manques dans les villes et les zones en travaux. Pour l’itinéraire, on sent que des efforts ont été faits pour négocier au mieux les contraintes. Il reste cependant des tronçons sur routes départementales sans aucun autre aménagement pour les cyclistes que des panneaux invitant à partager la route, lesquels panneaux semblant d’ailleurs inviter les automobilistes à frôler les cyclistes plutôt que de s’en écarter !

J’arrive finalement à Dieppe sous le soleil, fait un tour sur le front de mer et dans la ville et m’installe dans un bar pour boire un Perrier et écrire le début de cet article en attendant l’ouverture de la réception de mon hôtel à 17 heures. J’y suis maintenant correctement installé, un peu éprouvé ce soir par cette un peu rude journée de pédalage.

La trace du jour - 55 km


À Mers-les-Bains


Des pétoncles

Vente directe de poissons au Tréport

Plage du Tréport

Falaises du Tréport

L’escalier des falaises

Vue du sommet sur Le Tréport

Criel Plage et falaises

Entre orge et lin

Des vaches !

Des blés sans coquelicots !


Il suffit de suivre !

Sur une départementale, avec le mauvais panneau 


Ancienne porte de Dieppe


Etape 9 - Samedi 6 juin - de Dieppe à Cany-Barville - 61 km

Après quelques recherches et consultations d’avis, je me rends hier soir au Comptoir à huîtres. En pensant à mes amis Evelyne et Bernie, que je devais retrouver à Dieppe autour d’une bonne table, mais qui ont dû renoncer, je me régale successivement d’un plateau de fruits de mer et d’une aile de raie. J’ajoute juste un Calvados pour digérer et dormir sans douleurs lombaires et sans tomber du lit.

Assez bonne nuit donc, mais réveil très matinal. Je décide de commencer à rouler et démarre à 6h30. Dans la ville, c’est l’heure de la tournée des éboueurs et de l’installation du marché de rue. Je m’en extrais rapidement et m’échauffe bien le corps et les mollets avec une assez longue montée, heureusement régulière et douce. Au sommet, un joli panorama s’offre vers Pourville, sa plage et ses falaises. Une belle descente me mène à cette petite ville, plus jolie vue de loin que de près.

C’est là que j’avais le choix entre deux options. La première était de continuer à suivre la Vélomaritime. Mais cela m’aurait engagé dans un parcours semblable à celui d’hier avec successions de montées au sommet des falaises et descentes vers les villes côtières. De plus, il se trouve que j’ai passé plusieurs fois dans ma jeunesse des vacances à Saint-Valery-en-Caux : le père nous déposait là, avec ma mère et mes deux frères, et venait nous rechercher un mois plus tard. Ce sont des souvenirs mitigés que je n’ai pas spécialement envie de réactiver.

C’est donc la seconde option que j’ai retenue en empruntant la Véloroute du Lin, alternative à la Vélomaritime jusqu’à Fécamp. En grande partie, il s’agit en fait d’une voie verte aménagée sur l’emplacement de l’ancienne voie ferrée qui reliait Dieppe à Fécamp en desservant les villages sur le plateau.

De nombreux passages sont en sous-bois. Ils sont agréables, mais je les redoute un peu en raison des risques de crevaison. Le reste du temps, on pédale à travers champs ou près. Dans les champs, on trouve surtout de l’orge, un peu de blé ou de betteraves, et bien sûr le lin.

Un peu de déception de ce côté car, en juin, je m’attendais à voir de  grandes étendues toutes bleues. Mais il y a un peu de retard dans la floraison et seuls certaines parcelles sont fleuries. De plus le soleil manque pour sublimer le tableau et le vent qui balaie sans cesse les frêles tiges rend à peu près impossible la prise d’une photo qui ne sera pas floue.

En revanche, j’ai bien aimé retrouver les vestiges du patrimoine ferroviaire que sont les anciennes gares ou maisons de garde-barrière. Elles sont ici bien conservées. Les premières ont parfois retrouvé une fonction, comme celle de Saint-Pierre-le-Viger qui est devenue la mairie du village. Les secondes sont presque toutes habitées et égayées de quelques fleurs.

Je trouve aussi un plaisir à franchir la vallée de la Saâne, franchir étant un grand verbe car la descente comme la montée sont presque imperceptibles. C’est que j’ai déjà rencontré ce fleuve côtier… en tant que cruciverbiste ! Sur le terrain, il n’est pas bien large, mais ses eaux sont claires et vives.

Et puis il y a les villages que je vais visiter un à un. À offranville, après une heure et demie de pédalage, je trouve une toute petite boulangerie, mais qui a tout compris : une table est installée à l’intérieur pour me permettre de petit-déjeuner au chaud. Élise aurait adoré mon pain à 2 barres de chocolat ! Plus loin, alors que quelques grosses gouttes de pluie intermittentes se manifestent, je fais une seconde pause dans le joli village de Luneray et m’offre un chocolat chaud en pensant encore à Élise !

J’avais envisagé aujourd’hui de m’acheter un pique-nique à manger sur une des aires installées le long de la voie, mais la météo m’en dissuade. En cherchant sur Internet, je trouve à Saint-Pierre-le-Viger un estaminet qui se révélera un lieu accueillant, portant bien son nom. Je m’y paie simplement la formule du jour avec un plat du Nord nommé « Eul singe frites » sur l’ardoise et qui est en fait une sorte de corned-beef amélioré.

L’après-midi sera plus difficile pour 2 raisons. Tout d’abord, sur environ 15 kilomètres, la voie verte s’interrompt : l’ancienne voie ferrée, laissée à l’abandon, n’a pas été aménagée. La véloroute emprunte donc une succession de petites routes avec un peu de vallonnement. Et puis surtout le vent s’est beaucoup intensifié et souffle en rafales assez fortes. J’arriverai péniblement à destination en mettant nettement plus de temps que prévu.

Je suis ce soir en chambre d’hôtes à Cany-Barville qui est un assez gros bourg. Je me suis réservé une table à la crêperie du village, seul lieu de restauration possible le samedi soir.



Le panorama sur Pourville

Départ de la Véloroute du Lin

La voie verte en sous-bois

La voie verte à travers champs

Près à vaches

Champ de lin non fleuri

Ancienne maison de garde barrière

Ancienne gare devenue mairie

L’église de Luneray

Eul singe frites

Lins et coquelicots

Fleurs de lin


Pré à moutons

Tronçon non aménagé en voie verte


Etape 10 - Dimanche 7 juin - de Cany-Barville à Bolbec - 60 km

Hier soir, mon dîner à la crêperie fut vite expédié : une galette et une crêpe, toutes deux qualifiées de normandes, mais pas extraordinaires, avec une demie-bouteille de cidre brut, lui aussi normand, mais très bon. Je suis contrarié car Marie-Claude a un problème de batterie avec la voiture et car je n’y peux rien ! Endormissement difficile, réveils fréquents, lever à 6h15 pour un départ à 7 heures sans réveiller ma logeuse comme convenu.

Jusqu’à Fécamp, l’itinéraire est entièrement sur l’ancienne voie ferrée. Tout est en douceur, les courbes comme le profil même si certains faux-plats montants m’ont semblé un peu longs. Il y a beaucoup de passages en forêt que je continue à appréhender d’autant qu’avec le vent de petites branches sont tombées : elles pourraient porter quelques épines ! Mais, c’est joli avec une grande variété de feuillus.

Curieusement, il n’y a plus aucun champ sur cette partie. Cette micro-région est vouée à l’élevage. Les prés successifs contiennent vaches, moutons, chevaux. Et, aux abords des villages, on voit quelques poules dans les cour. En revanche, le seul animal sauvage que j’apercevrai est un lièvre qui traversera la piste pour passer d’un bois à un pré.

Il y a un très grand nombre de passages à niveau sur cette voie, plus de 80 en tout entre Dieppe et Fécamp. Les vélos, contrairement aux trains qu’ils remplacent, n’ont pas la priorité, ce qui fait beaucoup de stops cassant l’allure. Et autant d’anciennes maisons de garde-barrière dont le sort est variable, certaines à l’abandon, les autres plus ou moins bien restaurées.

Quant aux anciennes gares, elles sont souvent situées en pleine campagne, à bonne distance des villages qu’elles sont censées desservir. Cela me fait penser à certaines de nos actuelles gares de TGV ! Les noms des villages, souvent à rallonge, me laissent pantois : Grainville-la-Teinturière, Sassetot-le-Mauconduit, Angerville-le-Martel, Theuville-aux-Maillots, etc.

À Fécamp, après 2 heures de pédalage continu, je vais enfin me payer en boulangerie un pain au chocolat, à une seule barre aujourd’hui, un jus multifruit et un café. Je longe le port, puis la plage, de galets toujours, jusqu’au pied des hautes falaises, vraiment spectaculaires. Ressortir de la ville nécessitera un effort soutenu avec une longue montée, heureusement pas trop longue.

Au sommet, à Saint-Léonard, je quitte définitivement le bord de mer. J’emprunte une véloroute régionale, appelée VéloCauchoise, qui relie la Manche à la Seine : exactement ce qu’il me fallait ! Elle traverse cet arrière-pays de Caux cher à Maupassant. Je fais d’ailleurs ma pause-déjeuner à Goderville dont une rue porte son nom et qui fut le théâtre d’une de ses nouvelles.

C’est à l’Auberge des Voyageurs que je m’installe pour cette pause. Les tables sont rapprochées et je peux entamer des conversations avec un couple de cyclistes à ma gauche et une vielle dame du village à ma droite qui, vivant seule, vient déjeuner dans ce restaurant tous les midis le samedi et le dimanche. Ce sont ses petits extras !

Les cyclistes, eux, sont des férus de grands périples à vélo depuis qu’ils ont pris leur retraites. Ils ont parcouru plusieurs grands itinéraires à travers la France qu’ils considèrent comme un vaste jardin. Nous sommes bien d’accord sur ce point ! Je leur fais part de mes parcours en boucle, idée qu’ils trouvent intéressante pour se cantonner à une règion.

Cette VéloCauchoise me plaît bien. La signalétique est correcte, même si j’ai dû avoir recours à la trace sur mon smartphone à certaines intersections et dans les villages. Ce plateau cauchois est gentiment vallonné. J’y vois à nouveau davantage de cultures que d’élevage, mais pas de monoculture. On trouve de tout : blé, orge, betterave, pomme de terre, lin.

Quelques considérations sur les habitations pour terminer cet article. On photographie surtout les monuments et les belles demeures, anciennes ou modernes. Mais il y a bien sûr beaucoup de maisons plus modestes. Et les inégalités sociales sont manifestes, entre par exemple les logements ouvriers de bordure de route à la périphérie de Fécamp et les somptueuses villas bourgeoises quelques kilomètres plus loin.

Au terme de cette belle journée, sous un ciel encore couvert certes, mais sans pluie ni vent, je suis ce soir à Bolbec dans une toute petite chambre d’un hôtel qui ne fait pas restaurant et il n’y a pas grand chose d’ouvert le dimanche soir dans cette petite ville. Une pizzeria peut-être…

La trace du jour - 60 km

Mon vélo aime les bouleaux !


Belle demeure !

Beaux chevaux !

Port de Fécamp

À Fécamp, hautes falaises

Au pied des hautes falaises

Modestes logements anciens à la sortie de Fécamp

Récentes villas bourgeoises un peu plus loin

Villa cossue et cour fleurie


Coquelicots et blés : on ne s’en lasse pas !

Champ de lin à peine bleuté


Entre orge et lin


Sous de très grands arbres

Troupeau de vaches bigarrées


Etape 11 - Lundi 8 juin - de Bolbec à Rouen - 71 km

Hier soir, je me rends à la Pizz’up à proximité de mon hôtel. Le pizzaïolo, qui n’est pas une pin-up, propose essentiellement des pizzas à emporter, mais son local comporte quand même une petite table ronde sur laquelle il m’installera. Je choisis bien sûr une pizza normande, taille enfant, qui se révélera très bonne en goût et suffisante en taille. Accompagnée, à mon grand regret, d’un Coca car, ici, on ne sert pas d’alcool, donc pas de bière.

Dodo dans la norme, réveil à 5 heures et départ avant 6 heures sans réveiller le gérant de l’hôtel. Il fait un peu moins frais ce matin, mais le ciel est toujours très nuageux et le restera toute la journée. Je retrouve difficilement le fil de la VéloCauchoise qui ne correspond plus à la trace que j’avais téléchargée. Je m’invente finalement mon propre parcours qui me permettra de rouler à bonne allure jusqu’à Lillebonne.

La ville est encore endormie, à l’exception des éboueurs et des ouvriers pilotant les balayeuses de rues. Il en va de même plus loin à Port-Jérôme. Je poursuis donc le plus directement possible vers Norville, petit village sans commerces. J’atteins la rive droite de la Seine à peu près en face de l’endroit où j’avais rencontré l’année dernière Méta et Antoine. Je pense à eux et espère qu’à 83 ans (car ils doivent avoir un an de plus !) ils sont toujours en forme et qu’ils sont actuellement en plein pédalage.

Je me dis aussi qu’il ne me reste plus qu’à suivre le fleuve pour ragagner Paris, mais je sais que je m’en écarterai assez souvent et que cela devrait me prendre encore 4 jours en suivant plus ou moins la véloroute de La Seine à Vélo. Sur 3 kilomètres, je reste fidèle à cet itinéraire qui longe le large fleuve au plus près. De belles villas se montrent aux pieds de falaises calcaires, jolies mais bien moins hautes que celles du bord de Manche.

A Villequier, toujours pas de commerces, mais de très anciennes maisons, certaines datant de la fin de l’avant-dernier siècle. Ce n’est qu’à Candebec-en-Caux que je trouve enfin moyen, après 3 heures de pédalage presqu’ininterrompues, de m’acheter en boulangerie un pain au chocolat (à deux barres) que j’irai manger au bar voisin en l’accompagnant d’un cappuccino.

Et puis je vais déjà faire une première infidélité à ma nouvelle véloroute afin de raccourcir mon parcours du jour jusqu’à Rouen. Jusqu’à Duclair, j’emprunte une voie verte trouvant à nouveau son berceau sur une ancienne voie de chemin de fer. Ce tronçon d’une dizaine de kilomètres me ravira. On s’élève un peu sur le coteau, ce qui offre des points de vue sur la vallée. On alterne entre parties boisées et urbanisées.

C’est assez fréquenté. Je discute un moment avec une dame d’une soixantaine d’années avec ses deux chiens, un gros et un tout petit Yorkshire, de 13 et 14 ans. Elle se fait un devoir de les promener car elle n’aime pas sortir ni voir du monde ! Pourtant, elle me déballera ses problèmes de santé, avec un cancer en rémission mais nécessitant encore un traitement qui la fatigue.

Plus loin et plus gai, je suis arrêté par un troupeau de 7 petits enfants âgés de 2 à 3 ans. Ils sont visiblement très intrigués par ce vieux monsieur à vélo avec de grosses sacoches. Évidemment, ils ne sont pas seuls et les deux employées de leur crèche, qui leur font faire une petite promenade, leur demandent de ne pas embêter le monsieur.

Au niveau du Trait (Le Trait est une commune), je traverse une zone d’habitations qui attire mon attention : des maisons anciennes, se ressemblant toutes, avec chacune un petit jardin. Un panneau m’apprend qu’il s’agit d’une cité-jardin, construite entre 1920 et 1930, pour loger des ouvriers polonais et italiens venus travailler sur le chantier naval, le but étant qu’ils s’y installent durablement avec leurs familles. Hélas, il n’est plus question d’un tel accueil des travailleurs immigrés aujourd’hui !

À Duclair, les restaurants traditionnels sont tous fermés le lundi ! Mais je trouve un lieu atypique, la Bulle Gourmande, pour me poser. C’est à la fois un lieu de vente d’objets retapés et un petit espace de restauration. Une carte très restreinte de plats faits maison est proposée. L’œuf cocotte et la quiche lorraine, accompagnés d’une blonde locale légère mais ayant du caractère, me donneront toute satisfaction.

Cet après-midi, je vais suivre sans m’en écarter un itinéraire que j’avais conçu pour rejoindre Rouen par les hauteurs en évitant ainsi les routes trop à forte circulation de la vallée. Cela m’obligera à une montée de 5 kilomètres mais douce (j’avais bien étudié les courbes de niveau !) que je négocierai tranquillement. La suite aura évidemment un profil descendant sans problème malgré quand même un partage avec les voitures à négocier prudemment.

Arrivé en ville, le suis content de constater que de bons aménagements ont été réalisés pour les cyclistes avec de nombreuses voies dédiées. Mais, petit désagrément, une averse survient, ce qui m’obligera à m’abriter une quinzaine de minutes sous un arbre des jolis jardins de l’hôtel de ville, bien entendu interdit aux vélos !

Je suis donc ce soir à Rouen, en hôtel pas trop éloigné du centre-ville ce qui me permettra de m’y rendre à pieds pour dîner.

La trace du jour - 71 km

Premier contact avec la Seine



Maison datée de 1901

Maisons de bord de Seine

Mon vélo se cultive !

Maisons de la Cité-jardin

La voie verte en sous-bois


La carte !

La cathédrale de Rouen

Dans les jardins de l’hôtel de ville


Etape 12 - Mardi 9 juin - de Rouen à Gaillon - 83 km

Hier soir, je me rends confiant dans un restaurant ayant à sa carte du boudin noir grillé à la normande, spécialité que je n’avais pas encore eu l’occasion de goûter cette année. Déception, il était en « en rupture ». Mais je me satisferai bien d’un bœuf bourguignon, d’un verre de pinot noir, d’une crêpe aux pommes et beurre salé et d’un calva.

Sommeil par petits bouts, réveil tardif à 5h30, départ ventre vide à 6h15. Grande surprise, le ciel est tout bleu. Mais ça ne va pas durer ! Les nuages apparaîtront bien vite et se feront de plus en plus denses au long de la matinée. Heureusement, la grosse averse tombera précisément quand je serai attablé ! De belles éclaircies reviendront l’après-midi, mais le vent, très discret le matin, viendra contrarier mon pédalage.

Ce matin, j’ai continué à suivre l’itinéraire alternatif que j’avais conçu pour éviter de suivre les méandres de la Seine. Je quitte la ville facilement en appréciant comme hier les pistes cyclables qui longent la plupart des routes, puis j’emprunte, au pris d’une bonne montée, la Route de la Corniche qui offre un superbe panorama sur l’ensemble de l’agglomération rouennaise, point de vue qui a inspiré Claude Monet.

Je traverse en ensuite deux villes de banlieue, Bonsecours et Le Mesnil-Esnard, que je trouve sans cachet particulier. Dans le second, je vais ma pause petit-déjeuner selon l’enchaînement bien maîtrisé : achat, d’une brioche aujourd’hui, en boulangerie, puis consommation avec un cappuccino au bar d’à côté.

Après cela j’avais prévu de regagner la vallée en empruntant une départementale, la D95 précisément, mais la circulation de voitures et camions va se révéler trop intense à mon goût. Je déciderai donc de passer par de plus petites routes, de villages en villages. Cela va notablement rallonger mon parcours, mais j’y trouverai mon plaisir à travers la campagne que j’aime, celle qui offre un bel équilibre entre champs, prés et bois.

À Pitres, je retrouve la Seine. Mon plan était de la traverser par une passerelle, réservée aux piétons et aux cyclistes, afin de rejoindre en rive gauche la véloroute de la Seine à Vélo. Mais ladite passerelle a subi de gros dommages et son accès est formellement interdit. Je devrai donc rester en rive droite jusqu’à Andé en empruntant sur 12 kilomètres une nouvelle départementale.

Heureusement, celle-ci est fort peu fréquentée. De plus, elle longe le fleuve aux pieds de blanches falaises successives et en traversant de petits villages fleuris dont certaines maisons de caractère attirent le regard. Finalement, ce tronçon ne me déplaira pas. Et je change de rive grâce à deux ponts successifs car la Seine est à cet endroit divisée en deux bras. Cela est d’ailleurs assez fréquent, avec comme conséquence, la présence d’îles.

J’en ai terminé avec mes infidélités : je vais maintenant suivre scrupuleusement le tracé de la véloroute. Ce n’est pas monotone car on alterne les passages au plus près de l’eau et les escapades vers la campagne. Mise à part une partie non aménagée, sur une mauvaise piste cabossée, les revêtements sont de bonne qualité, aussi bien sur routes partagées que sur voies vertes.

Aux Andelys, la véloroute passe en rive droite. Après une photo du pont sur l’eau et du château sur le coteau, je fais un assez long aller-retour pour me rendre en centre-ville où je déjeune dans une brasserie. Les tables sont espacées et je ne pourrai entamer aujourd’hui aucune conversation ! En entrée, je sacrifie au grand classique de l’été : salade-tomates-melon-jambon sec. Tout dépend du melon et il était bon. Ensuite, saumon à la crème, juste correct. Et en dessert une honorable mousse au chocolat. En bref, un repas de brasserie !

Cet après-midi, j’ai droit à une joli passage entre la Seine et un étang dont le verrou se franchit sur une passerelle, non endommagée ! Je n’en profite cependant pas pleinement en raison de mon ennemi qui m’attaque de front, moins violemment quand même qu’il y a quelques jours en bord de Manche. À Courselles-sur-Seine, je change à nouveau de bord pour rejoindre mon hébergement du soir.

Il s’agit d’un hôtel-restaurant situé sur le chemin de halage en bord du fleuve et à l’écart des villages. Hélas, le gérant m’apprendra à mon arrivée qu’il ne fait plus restaurant ! Mais, en cherchant dans ses réserves personnelles, il a accepté de me faire des saucisses grillées et des frites, avec un verre de vin rouge et un yaourt ! j’irai déguster tout cela dans un instant…

La trace du jour - 83 km

Vue sur Rouen depuis la Corniche

Vue zoomée pour imiter le cadrage de Monet

Le tableau de Monet

Les vaches dorment encore

Blés, pré et bois

Passerelle interdite



Piste cabossée

Coquelicots, blés et falaises


Les Andelys

Pont et château des Andelys



Etape 13 - Mercredi 10 juin - de Gaillon à Épône - 73 km

Bon, disons que je me suis juste alimenté hier soir. J’ai un peu essayé de comprendre la stratégie commerciale du couple qui tient cette structure depuis 5 ans, avec un bar et un restaurant à l’abandon et un hôtel qui tourne au ralenti. Ils sont tous les deux d’origine chinoise, la femme parlant mal le français, et, des discussions que j’ai eu avec eux pendant qu’ils me regardaient dîner, rien ne ressort de très clair !

Ciel mi-bleu, mi-gis ce matin et, comme hier, toute la journée alterneront éclaircies, passages plus ou moins nuageux et averses. Avec fraîcheur matinale et relative douceur l’après-midi. Je roule avec un t-shirt à manches longues, que porte habituellement Marie-Claude, et ma polaire sans manche qui m’accompagne depuis tant d’années. Et ma veste de pluie est à disposition immédiate dans ma sacoche de guidon.

Départ à 6h30, trop tôt pour les Chinois ! Le soleil, lui aussi, semble avoir du mal à percer derrière les nuages. Je m’étais écarté de la véloroute hier pour me rendre à l’hôtel et je ne la rejoindrai ce matin qu’à Vernon après une douzaine de kilomètres sur de petites routes à travers jolie campagne et villages eux aussi endormis.

À Vernon, je parviens à prendre mon petit-déjeuner en un seul mouvement dans un bar qui propose des croissants : un croissant donc, accompagné d’un cappuccino puis d’un expresso. Et, comme souveut, je demande à la patronne de me remplir mon bidon (avec de l’eau !). Je re-traverse la Seine en étant surpris depuis le pont par la grandeur des bateaux de croisière qui sont amarrés là en attendant « la saison ».

La véloroute retrouvée me conduit rapidement à Giverny où j’arrive un peu avant 9 heures. Je n’avais pas envisagé de visiter le musée des impressionnistes, mais je pensais pouvoir faire une visite rapide du jardin. Hélas, les deux n’ouvrent qu’à 10 heures, beaucoup trop tard pour moi. Je me contenterai de parcourir la rue principale du village qui présente une succession de boutiques et d’ateliers d’artistes. Tout est fermé aussi, mais bien décoré et fleuri.

J’aurai plus de chance un peu plus loin à la Roche Guyon où, en face du château, un jardin répertorié comme remarquable est ouvert gratuitement au public. Cependant, je n’y verrai rien de très remarquable ! Et bien sûr rien d’expressionniste !

La véloroute m’offre des plaisirs variés. Au bord du Fleuve bien sûr, même si la Seine a du mal à se mettre en scène pour les photos, dans les campagnes avec toujours cet alternance de champs, prés et bois, dans les villages avec leurs maisons aux styles disparates. De beaux points de vue me sont proposés, depuis les coteaux vers la vallée et, réciproquement, depuis la vallée vers les coteaux dans lesquels s’incruste encore quelques pans de falaises.

Cependant, on peut regretter que cette véloroute tant médiatisée ne soit pas complètement finalisée. Il y a quelques passages sur routes sans aucun aménagement pour les cyclistes qui ne savent plus où rouler entre l’étroit passage pour piétons, le caniveau en creux conçu pour l’écoulement des eaux, et le bas-côté de la route souvent en mauvais état. Et il y a aussi des tronçons sur pistes défoncées où il faut naviguer pour éviter les nids de poules comme dans la Plaine des Sables.

Et la signalétique n’est pas parfaite. J’ai dû avoir recours plusieurs fois à ma trace enregistrée pour ne pas m’égarer. Et je suis venu à l’aide de 3 hollandaises, des trentenaires du genre baroudeuses, qui étaient complètement paumées. Parties de Paris, elles vont à Deauville et ne comprennent pas que les panneaux indicateurs n’indiquent pas leur destination finale, mais seulement le nom du prochain village.

À Guernes, je me fais surprendre par la première averse de la journée, mais je trouverai abri dans le seul commerce de ce petit village, un Rapid’Market. Comme il est presque midi et que l’averse se prolonge, le patron m’autorisera gentiment à m’installer avec mon vélo sous le store de son magasin. Je lui achète finalement un taboulé oriental, un sachet de mini saucissons et une Chouffe (c’est une bonne bière blonde et belge) pour pique-niquer sur une petite table.

Une jolie partie se présente ensuite, avec des passages plus sauvages en sentiers le long d’un étang. Cet étang communique avec la Seine et abrite un port de plaisance que je prends le temps de visiter. Il y a un peu d’animation avec les plaisanciers qui se préparent à un prochain départ. Certains bateaux sont en cale sèche, pour entretiens ou réparations sans doute.

Je roulerai ensuite jusqu’à Mantes-la-Jolie pour me payer tardivement en brasserie une mousse au chocolat et un café. Comme d’habitude, ayant fait la plus grande partie de mon parcours, il ne me reste ensuite qu’une dizaine de kilomètres à parcourir pour arriver à Épône où je suis ce soir dans un hôtel-restaurant qui fait restaurant ! Une nouvelle averse est survenue peu après mon installation en chambre que je partage avec mon vélo, aucun autre endroit abrité n’étant possible pour lui !

La trace du jour - 73 km

Le soleil a du mal à percer

Gros bateaux de croisière à Vernon

Des oies me barrent la route !

À Giverny

À Giverny encore

À Giverny toujours

Le château de la Roche Guyon

Depuis le jardin remarquable !

Je roule où ?

Arbres aux pieds d’un coteau incrusté de falaises.


Passage à travers champs

Passage plus sauvage

Au port de l’Îlon


Mon lieu de pique-nique abrité

À Mantes-la-Jolie

Beaux arbres en bord de Seine

En chambre, avec mon vélo !


Etape 14 - Jeudi 11 juin - de Épône à Argenteuil - 67 km

Curieuse ambiance hier soir dans la salle de restaurant de mon hôtel : tous les clients sont des hommes en soirée-étape. Je sens qu’il serait malvenu de choisir autre chose que le plat du jour. Ce sera donc boulettes d’agneau-tagliatelles accompagné d’un verre de vin rouge indéterminé et suivi d’une mousse au chocolat, moins bonne que la précédente du jour. Aucun contact possible avec ces messieurs qui regardent la télé ou discutent entre eux pour ceux qui se connaissent.

En revanche, au moment de régler ma note et de mettre au point ma stratégie d’échappement de l’hôtel pour ce matin, j’ai une longue discussion avec la patronne qui tient cette structure avec son mari et leur fille. C’est une famille d’origine indienne où ils ont de la famille et où ils se rendent chaque année. Nous parlons de La Réunion et de Maurice où ils souhaiteraient se rendre un jour, surtout à Maurice dont elle connaît bien les liens avec l’Inde. Et nous partageons nos inquiétudes sur la situation mondiale.

Ce matin, départ à 6h15 pour une étape qui va se passer sous un ciel le plus souvent nuageux, mais sans aucunes averses, et qui va comporter plusieurs parties très différentes.

Cela commence comme hier par un parcours plutôt erratique qui n’est pas complètement finalisé. On longe parfois la Seine ou des étangs sur des pistes en terre ou empierrées, on emprunte de petites routes sans aménagements particuliers ou on en longe de plus grandes sur des pistes cyclables étroites et en mauvais état, et on emprunte même quelques sentiers de randonnée vraiment peu adaptés aux vélos, comme le Chemin de l’Eau, œuvre d’un chantier d’insertion, qui me balade à travers une zone de friches, puis dans une forêt.

Cela dit, visuellement, cette partie est plaisante. On est encore dans la campagne, même si des usines ou des immeubles commencent à apparaître au loin. On traverse quelques parcs et zones de loisirs. Mais on accède à aucuns villages, on fait beaucoup de détours et on n’avance pas vite. Tout cela fait qu’il me faudra presque 3 heures, pauses photos comprises il est vrai, pour enfin, à Andrésy, trouver une accueillante boulangerie, avec tables sur le trottoir, et pouvoir enfin m’alimenter un peu : pain au chocolat, jus d’orange, grand café, et 2 chouquettes offertes par la gentille boulangère.

À partir de là, je sais d’après ma trace enregistrée que tout devient facile : il n’y a plus qu’à suivre la Seine au plus près. Je ne me préoccupe plus de la signalétique et roule confiant avec le cours d’eau à ma droite. Et c’est ainsi que je m’embarquerai bêtement dans la remontée de l’Oise, la confluence m’ayant échappée ! Demi-tour donc et retour en rive de Seine après avoir franchi l’Oise sur le pont de Conflans-Sainre-Honorine, nom qui aurait dû éveiller mon attention.

S’ensuit un tronçon tranquille le long du fleuve, soit sur petites routes à très faible circulation pour les parties urbanisées, soit sur pistes en terre bien damées dans les parties boisées. Sur le versant à ma gauche, on observe quelques belles propriétés privées, individuelles ou collectives. Tout cela est assez cossu ! Curieusement, l’autre rive de la Seine ne présente aucunes construction : c’est une forêt continue que l’on voit défiler.

Soudain, sur la commune de Cormeilles-en-Parisis, un quartier nouveau apparaît et tranche avec le côté un peu suranné qui prévalait jusque là. C’est un assemblage d’immeubles colorés, avec plan d’eau intégré. L’esthétique ne me déplaît pas. Peu après, les vélos se trouvent séparés par un mur du chemin piétonnier et on ne bénéficie plus des points de vue vers le fleuve. Comme cela semble durer, je décide de quitter ce bord de Seine. Cela me permettra de voir un peu l’intérieur des villes et aussi de raccourcir mon parcours en neutralisant un méandre de la Seine.

Je vais ainsi traverser successivement Sartrouville, Houilles et Bezons qui sont en fait des villes accolées, le passage de l’une à la suivante étant indistinct. Dans la première, je fais ma pause-repas dans un restaurant portugais (on ne trouve aucun restaurant français). Je choisis l’arroz de cabidela, ce que la serveuse me déconseille car, selon elle, c’est spécial ! En effet, il s’agit de poulet cuisiné avec son sang et dans du riz. J’ai trouvé cela très bon !

Après cela, je poursuis mon parcours urbain à travers ces villes ouvrières en empruntant de petites rues ou des pistes cyclables. On n’est plus du tout dans les villages à la population aisée des bords de Seine ! Mais il m’a semblé que les petits immeubles d’habitation ne dénotaient pas la pauvreté. Je rejoins la Seine et la traverse sur le pont de Bezons pour rejoindre la véloroute entre-temps passée en rive gauche.

Cette partie est une voie verte très agréable, avec de beaux grands arbres. Elle file tout droit entre la Seine et le vaste parc Pierre Lagravère dans lequel je m’aventure un moment. On y trouve des installations de loisirs, des tables de pique-nique ou de jeux. Au pont-aqueduc de Colombes, je retraverse la Seine pour rejoindre l’hôtel-restaurant Campanile d’Argenteuil où je me trouve ce soir, avec comme hier le vélo dans ma chambre. Il a fallu le faire monter par l’ascenseur jusqu’au deuxième étage !

La trace du jour - 67 km

Sur le Chemin de l’Eau : mon vélo stoppé par mon ombre !

À bord d’une péniche





Base de loisirs du Val de Seine

Étang du Gallardon

Mauvaise piste cyclable 

Triel-sur-Seine

Belle voie verte

Immeuble de standing


Nouveau quartier



Etape 15 - Vendredi 12 juin - de Argenteuil à Paris - 30 km

Hier soir, c’est buffet à volonté au Campanile. Je me méfie de cette formule qui entraîne souvent à trop manger. Je fais des choix, plutôt orientés vers le poisson, sans chercher à tout goûter. Retour en chambre sans trop tarder pour charger les photos du jour sur mon blog. Et puis assez bonne nuit avec réveil seulement à 6 heures à la sonnerie du smartphone.

Je rejoins rapidement la véloroute pour un court tronçon en bord de Seine. Ensuite, il faut s’en écarter pour contourner le Port de Gennevilliers et les zones d’entrepôts qui l’entourent. Cela se fait au prix d’une cohabitation avec une circulation automobile intense et bruyante, mais dont on est heureusement protégé sur des pistes cyclables de bonne qualité.

Le retour sur la rive gauche du fleuve s’effectue en traversant le Parc des Chanteraines, du nom de petites grenouilles vertes autrefois abondantes en ce lieu. On se retrouve en pleine nature verdoyante. La Seine serait même photogénique s’il n’y avait pas ces gros piliers d’amarrage et ce cimetière de péniches bonnes pour la réforme. En arrivant à Villeneuve-la-Garenne, de petits immeubles, dont les loyers ne sont sans doute pas modérés, peuvent être observés à travers branches.

Je traverse les deux bras de Seine qui encadrent l’Île-Saint-Denis et me paie un café-croissant dans un bar de Saint-Denis ! Mais ici la population est encore plus bigarrée qu’à La Reunion, avec une prédominance d’origine nord-africaine. Nous sommes en plein quartier populaire.

La véloroute, que je suis toujours, permet ensuite d’accéder à Paris en longeant, en toute sécurité, le Canal Saint-Denis. J’aperçois le Stade de France sur la rive opposée. Des immeubles de moindre standing bordent la voie de mon côté. Les balcons sont souvent fleuris, certains murs décorés. Tout cela est plutôt riant. Je passe en surplomb du Parc de La Villette et de la Géode et atteint le Bassin de La Villette : ma boucle est bouclée !

Mais il me reste à traverser Paris pour aller restituer mon vélo. Je longe un tronçon du Canal Saint-Martin puis décide de ne pas suivre le même itinéraire qu’à l’aller. Comme j’avais téléchargé la carte de Paris à Vélo, avec toutes les voies cyclables de la capitale, je me débrouille plutôt bien. Il faut juste être attentif car ces voies sont très fréquentées et les intersections nombreuses. Et les habitués filent à toute vitesse sans toujours respecter les règles de la circulation !

Je traverse la Seine par le Pont au Change avec donc une vue sur le Pont Neuf. Celui-ci est actuellement caparaçonné pour abriter une caverne dans le cadre d’un projet artistique dont me parle longuement une jeune femme qui aborde les touristes pour leur présenter ledit projet. Malheureusement, les forts vents de ces derniers jours (je confirme !) ont endommagé l’ouvrage dont seule la partie centrale a résisté.

Je ne manque pas de passer par Notre Dame dont le parvis est inabordable en raison de la foule et dont un flan est encore en travaux avec grue et échafaudage. Je longe les quais jusqu’au Pont D’Austerlitz en constatant que tous les stands de bouquinistes sont maintenant fermés, effectue ma dernière montée jusqu’à la Place d’Italie, et atteint finalement le magasin Cycles 13 où je dépose mon vélo.

Je fête ma réussite devant une Leffe blonde à la brasserie d’en face, me rend à Montparnasse en métro où je ne résiste pas à l’attrait du restaurant Le Petit Sommelier pour féter une deuxième fois cette fin de périple avec une entrecôte-frites, un verre de côte du Rhône et un café gourmand. Et j’écris maintenant cet article dans la gare en attendant mon TGV pour Le Mans qui, en raison d’un mouvement social rare à la SNCF, a été jumelé avec un plus tardif.

J’essaierai pendant mon week-end en famille à La Flèche d’écrire un dernier article pour faire, comme d’habitude, le bilan de ce périple…

La trace du jour - 30 km

Le pont-aqueduc de Colombes

L’entrée du Parc des Chanteraines

Péniches à réformer

Immeubles plutôt cossus

Le stade de France

Le long du Canal Saint-Denis

Immeubles plus modestes



La Géode et le Parc de La Villette

Le Canal Saint-Martin

Le Pont Neuf et sa caverne !

Notre Dame bien cadrée !


Comment résister ?


Le bilan - Mardi 16 juin - Le Mans

Je viens de passer 3 jours en famille à La Flèche. Séjour bien occupé, surtout avec mon neveu, Max, collégien de bientôt 12 ans, qui a tenu à me montrer ses progrès au trampoline, au trapèze et aux anneaux. Progrès moins sensibles en maths ! On a aussi fait du vélo à travers la forêt et la campagne jusqu’au moulin de la Bruère et au lac de la Monnerie. Bref, je n’ai pas trouvé le temps de finaliser l’article sur le bilan de mon périple. Je m’y attelle maintenant dans le TGV qui me ramène sur Paris.

Commençons par le plus simple : les statistiques. En réunissant les traces des 15 étapes, j’arrive à un total de 901 kilomètres. Cela donne une moyenne d’un peu plus de 62 kilomètres par jour en ne comptant que pour une moitié la dernière étape. C’est notablement plus que prévu, en raison de quelques erreurs d’appréciations à la conception du projet et surtout de rallongements causés par des erreurs de parcours, des détours volontaires ou des problèmes d’hébergements situés à l’écart du tracé initialement conçu.

La météo ne m’a pas été très favorable. Je me souviendrai de ces averses de grésil et de ces bourrasques de vent qui m’ont vraiment mis à l’épreuve ! Et le ciel souvent gris n’a pas sublimé les paysages. Mais les premiers jours ont été cléments et j’ai échappé aux périodes de canicule qui ont précédé et qui semblent devoir suivre mon périple. Et, de toute façon, je me suis bien mis dans la tête qu’on ne pouvait rien contre la météo et que c’était à moi de m’adapter !

Mon vélo a été un bon compagnon de route, un peu moins dans les mauvais chemins. Avec son cadre en acier et son absence de suspension, il était un peu lourd et raide. Mais ce fut un bon rouleur et son plus petit braquet m’a été très précieux dans les montées. Et surtout il a bien voulu m’épargner de ce que je craignais le plus : la crevaison !

De mon côté, j’ai plutôt bien tenu le coup… pour mon âge ! Pas de pépins physiques nécessitant un recours à ma trousse de secours. Peu de crampes nocturnes. Évidemment, l’arthrose ne me quitte pas et se manifeste dans les lombaires et les genoux, surtout la nuit et sans qu’un Doliprane ou un Calvados ne me soulage vraiment. Cela s’ajoute à mes problèmes prostatiques et neurologiques pour être assuré d’une mauvaise qualité de sommeil !

Lors de mes périples, je suis plus à la recherche de solitude que de rencontres. Je suis très absorbé par mon parcours, mes observations, mes photos, mes pensées, mes rêveries. Mais j’aime bien quand même me laisser aller à quelques discussions. Cette année, je retiendrai particulièrement celles avec, par ordre d’entrée en scène : le cycliste dépressif prétendant se rendre en Suède en mode bivouac, Aude et Dave en leur chambre d’hôtes, Maryline et Bruno sous leurs gros sacs à dos de grands randonneurs du tour de France, Dominique se rendant à son collège de banlieue d’Amiens, le vieux monsieur veuf observant passer les cyclistes avec son chien, la vendeuse de L’Arrivage à Saint-Valery-sur-Somme, le couple de cyclistes à l’Auberge des Voyageurs de Goderville. Et bien d’autres plus brèves ou de moindre intérêt.

Côté alimentation, j’ai une fois encore tout connu, en échappant cependant au jeûne intégral ! Plusieurs repas basiques, avec deux pique-niques, deux soirées pizza, bon nombre de restaurations de type brasserie plus ou moins satisfaisantes. Mais heureusement de bons moments de plaisir : le déjeuner vraiment gastronomique à L’Art d’Oise, l’andouillette de Péronne, la découverte renouvelée de la ficelle picarde, les moules de bouchot à Cagneux-sur-Mer, plusieurs belles pièces de viande de bœuf, quelques bons desserts dont des mousses au chocolat fort honorables, et bien sûr le plateau de fruits de mer à Dieppe.

Comme d’habitude, je n’ai pas trop traîné dans les villes dont je ne visite pas les monuments ni les musées. J’ai trouvé plus de charmes à celles du littoral avec leurs ports et leurs belles demeures des fronts de mer. J’ai aussi aimé traverser Paris, sa banlieue ouvrière, sa grande banlieue bourgeoise. Mais j’ai surtout apprécié certains villages picards ou normands qui méritent bien leur label de villages fleuris et qui renferment de belles maisons de tous styles, anciens ou modernes.

Je n’attendais pas grand chose des plages de galets, mais j’ai été un peu déçu par la Baie de Somme et, plus loin, par les hautes falaises en raison de mauvaises conditions d’observation. Et aussi par les champs de lin que je m’étais imaginés magnifiquement fleuris. Je me suis en revanche régalé, une fois encore, à pédaler dans les campagnes et le long des cours d’eau. C’est vraiment là que je me sens le mieux, comme en ressourcement. 

Je me satisfais naïvement de tout ! D’un vol de buse ou de héron au-dessus des canaux, des cygnes et des canards sur leurs eaux, des chevaux, des vaches ou des moutons dans les prés. Des forêts avec leur grande diversité de feuillus et, parmi eux, quelques remarquables spécimens, de chênes notamment. Des champs, surtout lorsqu’ils forment un assemblage de petites parcelles avec des cultures différentes, avec bien sûr l’éternel coup de cœur des blés dorés parsemés de coquelicots.

Pour finir, quelques mots concernant les photos. Elles me conduisent à faire beaucoup d’arrêts qui seront le plus souvent stériles, soit que je renonce directement à photographier pour ne pas avoir trouvé le bon cadrage, soit que j’en vienne plus tard à supprimer la photo prise pour en être déçu. Heureusement, il y a quelques réussites parmi lesquelles il faudra encore trier pour, après un éventuel recadrage, une publication. Ouf ! Tout cela prend beaucoup de temps et j’hésiterais à m’obstiner si je ne savais pas que les photos sont plus consultées sur mon blog que les élucubrations écrites qui les précèdent !

Merci à ceux qui auront consulté ce blog, même fugacement. À ceux qui y auront déposé un commentaire,  même anonymement. Merci à mes amis qui m’auront suivi, même indirectement. Merci à mes familles, réunionnaise et sarthoise. Merci surtout à Marie-Claude pour m’accorder chaque année cet égoïste temps pour moi.

Les 15 traces réunies - 901 km


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