La Normandie à vélo

Le projet - Mardi 20 mai 2025 - Sainte-Marie

Certes j’ai encore pris, toujours indépendamment de ma volonté, un an de plus. Mais, n’ayant repris, grâce à une volonté de fer, aucun kilo, j’ai décidé de me lancer dans un huitième périple à vélo en conservant une formule maintenant bien établie : parcourir en une quinzaine de jours une partie de la France que je connais peu, en solitaire, sur un vélo musculaire, avec des étapes journalières d’une soixantaine de kilomètres en moyenne. Grand merci à Marie-Claude de m’autoriser à nouveau, sans aucun rechignement mais avec quelques appréhensions, cette nouvelle escapade. J’ai promis d’être prudent !

Mon choix s’est porté cette année sur la Normandie. En consultant la carte des voies vertes et véloroutes de France, j’ai assez vite conçu une boucle d’environ 900 kilomètres permettant de découvrir une grande partie de cette région en empruntant des tronçons au nord et à l’ouest de la Vélomaritime, au sud de la Véloscénie, et à l’est des véloroutes des vallées de l’Eure et de la Seine. Plus longue fut la recherche d’un loueur de vélos sur l’itinéraire. C’est finalement à Caen qu’un sympathique Jérôme a su répondre à mes attentes malgré le nom de sa petite entreprise : Roulez JEUnesse Loisirs !

Donc Caen sera ma ville de départ (et d’arrivée si tout va bien). Je longerai d’abord vers l’ouest les côtes de la Manche et les plages du Débarquement jusqu’aux marais du Cotentin avant de descendre plein sud en passant par Saint-Lô et Vire jusqu’à Mortain-Bocage. Ensuite, cap à l’est pour atteindre Chartres via Alençon et Nogent-le-Rotrou, puis au nord pour rejoindre la Seine à Rouen. Il restera enfin à terminer la boucle en retrouvant la Manche à Honfleur avant de suivre la côte en visitant quelques stations balnéaires, notamment Deauville et Cabourg.

Tel est du moins le projet qui ne manque pas d’attraits sur bien des points : nombreux sites géographiques ou historiques remarquables, spécialités culinaires alléchantes, variété des paysages, de l’architecture, des modes de vie, etc. Mais j’ai deux soucis principaux quant à sa réalisation : le climat normand, qui me fait redouter trop d’épisodes pluvieux et/ou venteux, et le relief avec en particulier les falaises en bord de mer, les gorges de la Vire et les collines du Perche.

Ce sera un périple plus exigeant que les précédents et j’espère ne pas avoir surestimé mes capacités mentales et physiques. Il faut bien avouer que mes différents problèmes (neurologiques, prostatiques, arthrosiques, etc.) ne vont pas en s’améliorant ! J’ai établi un planning prévisionnel et, si je constate que du retard s’accumule, je serai peut-être amené à raccourcir plus ou moins la boucle, par exemple en ne remontant pas jusqu’à la Seine.

Comme d’habitude, j’ai longuement préparé cette aventure en téléchargeant les traces des portions de véloroutes que j’aurai à emprunter, en lisant sur différents sites Internet des avis et témoignages de cylorandonneurs et en dressant une liste surabondante d’hébergements possibles. Malgré tout, je m’attends à devoir gérer quelques impondérables

Le premier est survenu hier, Air France m’ayant annoncé un retard de 3 heures pour mon avion de ce soir ! Il m’a donc fallu modifier mon billet de TER et recaler le rendez-vous avec Jérôme. Si tout va bien, je devrais quand même pouvoir pédaler un peu demain après-midi… Il me reste à confectionner mon sac de voyage, ce qui sera rapide car je sais très précisément quelles affaires je dois emmener et comment les conditionner.


La trace du parcours prévu, avec en vert un raccourci possible 



Les traces de mes 7 précédents périples et, en vert, celle du projet


Commentaires

Bernard VIDAL
Chapeau et chapelle (il faut se convertir à l'inclusivité). Bon parcours.

Michèle et François
Bravo à toi, ce sera un beau périple, nous lirons avec plaisir les différents épisodes chaque soir.

Antony
Il faut réduire le nombre de kilomètres chaque année... Je lirai les publications bien sûr...

Colette
Au plaisir de te suivre, tranquillou, assise... Bon périple et "Roulez Jeunesse". Bise.

Christine
BRAVO à ton débarquement en Normandie !

Alain H.
Il ne pleut jamais en Normandie ! Bon périple : il fera beau.

Martine
Super, Marc, ravie pour toi et merci de nous faire partager ton voyage. Je t'embrasse.

Jacques
Hélène me demandait récemment si je savais si tu renouvelais ton exercice annuel, et voilà je vais pouvoir l'éclairer. Je ne te dis pas bon vent, car je pense que tu n'en seras pas privé !!!
Beau challenge de commencer si tôt, il fait encore frais là-haut. Comme on ne choisit pas la météo, je crains que le début du parcours s'annonce mal. Un défi de plus, je te fais confiance pour le réussir et avec ton savoir faire tu sauras t'adapter aux circonstances. 
Ce sera un plaisir de redécouvrir, sous d'autres angles, une région qui ne m'est pas étrangère.
Alors, il me parait évident que je partagerais avec plaisir ton parcours, son contenu paysager, gustatif, émotionnel, mais, bien assis dans mon fauteuil.

Marie-Claude
Sois sûr. Je serai avec toi jour et nuit. Bonne route.

Jean-Claude et Maryvonne
Contents de te savoir en forme et de te voir en profiter !

JK
Bon périple normand... Une constatation : tu descends rarement au-dessous de la Loire, vers le Midi, le soleil !

Daniel et Guilaine
Avec ta volonté de… faire nul doute que tu peux boucler ton tour de Normandie avec vélocité en passant entre les gouttes, mais il nous plaît que tu te hâtes lentement : tes photos, ton journal de bord nous sont précieux. Je partage une citation de Christian Bobin que je déguste en ce moment : « Si tu connais l’adresse d’un rosier sans épines, ne me la donne pas. Je sais déjà qu’il est faux ».
L’auteur devait parler des épines de vent et des bourrasques de pluie. Tienbo larg pa.

Jef
Dommage que nous ayons quitté prématurément la Bretagne car nous aurions eu grand plaisir à partager quelques kilomètres en ton aimable compagnie sur des tronçons normands que nous avons empruntés l'an passé. Bon courage à toi, prudence et surtout passe d'agréables moments. On t'embrasse.

Claude et Marie-Josée
Salut Marc. On vient de voir ton blog et sommes très heureux de te suivre. Nous te souhaitons bonne route et plein de bonnes rencontres ainsi que de belles découvertes. Bises de nous deux.


Etape 1 - Mercredi 21 mai - de Caen à Lion-sur-Mer - 22 km

Mon vol en avion aura eu finalement 4 heures de retard avec un départ ce matin à une heure. Voyage mal occupé par 2 repas pas succulents et 2 films pas enthousiasmants. Prises successives de 2 cachets qui m’octroieront à peine 2 heures de sommeil. À l’arrivée à Orly, j’enrage, par crainte de rater le TER réservé, contre un enchaînement de lenteurs : pour la sortie de l’avion, pour le contrôle biométrique des passeports et pour l’achat aux automates du ticket de métro.

J’effectue les trajets à pied dans l’aéroport, dans le métro et dans la Gare Saint-Lazare sur un rythme accéléré en empruntant les escaliers plutôt que les escalators et en veillant à la signalétique. J’apprécie la modernité et l’efficacité de la ligne 14 qui, en une vingtaine de minutes, relie Orly au centre de Paris. C’est tout automatisé, très clean, mais il me manque l’odeur si caractéristique des anciennes lignes de métro !

C’est d’extrême justesse que je parviens à attraper le « Train de Normandie » qui me conduira directement à Caen en à peine plus de 2 heures. Là aussi, on retrouve confort et rapidité. Et je me régale à l’observation de la campagne française avec toutes les nuances de vert entre les bois, les champs, les prés. Avec aussi les vaches, chevaux, moutons. Et les fermes isolées, et les petits villages.

Le ciel, lui, est de plus en plus gris, ce qui annonce les averses prévues par la météo pour cet après-midi. Je me résous donc à ne prévoir qu’une courte étape à vélo et trouve à réserver dans ma liste un hôtel idoine. Et, effectivement, j’arrive à 14 heures à Caen en même temps que les premières gouttes. La prise en main du vélo sera assez longue, le temps d’effectuer moi-même quelques réglages et de transvaser tous les sachets de mon sac de voyage dans les sacoches.

Je me paye dans une boulangerie une tartine jambon-chèvre, une tarte au citron et un café en espérant une accalmie qui ne viendra pas. Ce sera donc aujourd’hui une première demi-étape sous une pluie variable en intensité mais incessante. Je l’ai négociée à une allure assez lente, avec beaucoup de prudence, afin d’éviter toute glissade et ça s’est finalement bien passé, mais il est sûr que j’aurais préféré une meilleure entame de mon périple.

Le parcours aurait pourtant pu être plaisant aussi bien sur la voie verte longeant l’estuaire de l’Orne jusqu’à Ouistreham que sur la petite portion du littoral de la Manche. Je ne ferai qu’une seule pause au niveau du célèbre Pégasus Bridge, ce pont à bascule qui fut le premier libéré en juin 1944 par les parachutistes britanniques. Le pont actuel est une reproduction à l’identique du pont historique et j’ai pu assister à son basculement opéré pour laisser passer un cortège de bateaux.

Je suis ce soir dans un petit hôtel familial tenu par un couple sympathique qui a très bien accueilli le cycliste dégoulinant que j’étais à mon arrivée. Et ils m’ont proposé de me servir un dîner pour me réconforter. On ne peut pas demander mieux ! Mais j’espère quand même une météo plus clémente pour demain…


La trace du jour



À la boulangerie à Caen


Le
Le Pégasus Bridge se lève


En position haute

Commentaires

Jean-Pierre
Coucou, frérot. Tu n'as pas de bol avec le temps. On avait un temps superbe avant ton arrivée. Courage, mon frère et bonne balade à toi. On t'attend bientôt. Grosses bises.

Patrice
Après la pluie, soleil i revient. Mais, après le soleil de vendredi, la pluie fera son retour. Courage !

Françoise
Coucou, il fallait bien que la métropole arrose ton retour quand même !!!! Demain, la météo agricole (la plus fiable pour mes randos) me dit que tu devrais rouler sans pluie. Alors bonne soirée, sèche toi bien et à demain. Grosses bises.

Antony
Pas mal ! Bon courage...

IZA
La pluie, mon vieux, ça fait partie du projet et puis, en voyant le vélo stationné devant une boulangerie, je me suis dit, avec ou sans pluie, on ne nous l'a pas changé, notre copain. Belle nuit mais pas à la belle étoile j'espère. Et courage pour démarrer demain. 


Etape 2 - Jeudi 22 mai - de Lion-sur-Mer à Saint-Laurent-sur-Mer - 60 km

Hier soir, apéro au bar de l’hôtel : une Paillette (c’est une bière locale) en compagnie de deux vieux (pas plus que moi) du village. On philosophe sur l’état du Monde, sur le retour des guerres alors que notre génération croyait venu un infini temps de paix. Après cela, un petit dîner tout simple : salade composée, steak-frites et fondant au chocolat (pas fondant !) avec un verre de côte du Rhône et même pas de digestif ! Et au lit tôt pour une bonne nuit réparatrice dont j’avais le plus grand besoin.

Ce matin, le petit-déjeuner commandé pour 7 heures n’est pas prêt. Je décide donc de partir le ventre vide car j’ai prévu une étape un peu longue pour rattraper le retard pris sur mon planning. Je vais suivre aujourd’hui, presque fidèlement, la Vélomaritime. Cette véloroute est bien signalisée et plutôt bien conçue. Elle évite les routes fréquentées en alternant agréablement les passages en bord de mer et des écarts vers la campagne. Mais elle doit composer avec le relief : il faut bien monter au sommet des falaises lorsqu’il n’est pas possible de passer à leur pied ! Et donc le cycliste doit affronter quelques sérieux raidillons.

Les plages font partie de celles du Débarquement, Juno, Gold et Omaha Beach. Elles n’ont pas grand charme, mais sont chargées d’histoire. Elles en portent de nombreuses traces, en mer avec surtout les restes du port artificiel d’Arromanches, sur terre avec quelques blockhaus conservés. Ces traces sont entretenues pour la mémoire et amplifiées par de nombreux musées et monuments commémoratifs.

Du coup, les sites successifs sont très fréquentés. Les parkings sont bondés avec voitures, bus et camping-cars. Des classes, plutôt de collégiens, sont encadrées par leurs professeurs. Parmi les touristes, on décèle beaucoup de Britanniques ou Américains, alors que, parmi les cyclistes, on note, comme d’habitude, une majorité de Belges, Allemands et Néerlandais. Cette cohue m’étourdit un peu et je ne m’attarde pas en ces lieux.

J’arrive à Courseulles-sur-Mer au moment de l’installation du marché de poisson et crustacés. Je passe un moment à admirer les étals et j’assiste à une drôle de scène avec les commerçants qui doivent chasser les goélands attirés par leurs poissons ! Puis je me paye enfin un croissant et un café en attendant l’heure d’ouverture du magasin de vélos car j’ai un problème : j’ai perdu une des pièces du fermoir de mon casque, ce qui le rend inopérant. On me dira que ce petit bout de plastique n’est pas vendu séparément et je serai contraint d’acheter un nouveau casque (plus beau que celui fourni par Jérôme !).

À Arromanches-les-Bains, plusieurs restaurants de fruits de mer me tentent mais je résiste stoïquement car je veux, comme d’habitude, faire la plus grande partie de mon étape avant déjeuner. Heureusement, je trouverai plus loin, à Port-en-Bessin, un restaurant bien nommé L’écailler qui saura satisfaire mes envies : un plateau de 6 huîtres et une assiette de bulots. Je complèterai avec un baba normand, un dessert bien connu où le rhum est remplacé par du calvados.

Ma pause dans ce restaurant se prolongera un peu, le temps de laisser passer une grosse averse inattendue après une matinée ensoleillée et avant un après-midi qui le sera tout autant. Un timing parfait pour moi aujourd’hui ! Et, au total, une très agréable étape qui se termine ce soir dans une belle chambre d’hôtes. Mais, déception, la propriétaire ne fait table d’hôtes que si 4 convives au moins sont intéressés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

J’étais prévenu et j’aurais dû m’acheter un repas froid, mais j’ai trop repoussé cet achat et les derniers petits villages traversés ne comportaient aucuns commerces. Je vais donc jeûner ce soir ! Pas tout à fait pour dire vrai : j’ai trouvé un caramel d’Isigny sur chacun des oreillers de deux lits jumeaux de ma chambre et j’ai de quoi me faire un thé.


La trace du jour


Au marché de Courseulles-sur-Mer


Entre route et piste cyclable


Un vélo d’assaut !




Huîtres et bulots 




Un des nombreux sites commémoratifs 


Dans la campagne 


Dans le parc de ma chambre d’hôtes 


Commentaire

Anonyme
Pas mal le vélo Dassault !


Etape 3 - Vendredi 23 mai - de Saint-Laurent-sur-Mer à Carentan-les-Marais - 47 km

Début de nuit pas terrible, non pas en raison de la faim mais d’agitation nocturne ! La couette de mon lit est trop étroite pour être bordée, glisse au moindre mouvement et se retrouve à terre. J’ai bêtement mis du temps à trouver la solution : utiliser la couette de l’autre lit jumeau et installer les deux couettes transversalement, l’une au pied du lit, l’autre plus haut, en les bordant bien sur les côtés.

Ce matin, petit-déjeuner obtenu avec difficulté à 7 heures et assuré par le mari de la gîteuse. La discussion porte surtout sur La Réunion qu’il croit connaître bien pour s’y rendre fréquemment en vacances au point de se considérer comme zoréole ! Lui et sa femme sont très fiers de leur réussite dans leur bizness lucratif avec leur 5 chambres d’hôtes. Il faut reconnaître qu’ils ont bien bossé dans leur jeunesse pour aménager leur structure à partir d’un vieux corps de ferme. Et aussi que j’apprécie leurs produits faits maison, en particulier la confiture de mûres.

Avant 8 heures, je suis sur mon vélo. Le temps est mi-nuageux et le température fraîche. Comme hier, je vais encore rouler toute la journée avec mon éternelle polaire sans manches à laquelle je tiens mais qui est bien élimée et plus tellement efficace ! Avec aussi comme d’habitude jambes et bras nus, je dois pédaler sur un bon rythme pour me réchauffer un peu.

J’aime bien ces deux premières heures où l’agitation humaine est encore réduite. Sur les parkings, les bus et les voitures ne sont pas arrivés et les campings-caristes dorment. Même les cyclistes ne se sont pas mis en route. Seuls quelques joggeurs(euses) et marcheurs(euses) sont de sortie sur les plages (tentative d’écriture inclusive que je ne renouvellerai pas !). 

Je longe d’abord Omaha Beach qui est la plage de Vierville-sur-Mer. Le village est situé aux pieds de falaises mortes sur les contreforts érodés desquelles ont été construites de belles villas. On aperçoit quelques restes d’un port artificiel datant toujours du Débarquement. Ensuite, jusqu’à Grandcamp-Maisy, les falaises sont vives et donc il faut monter à leur sommet, mais cela se fait en relative douceur. Je ne choisis pas le plus petit développement afin de renforcer un peu ma maigre musculature en vue des épreuves à venir !

Et, à l’arrivée sur le plateau, belle récompense : la Voie verte de le liberté ! Ce sera le plus beau moment de la journée entre les champs de céréales côté terre et la lande herbeuse et fleurie côté mer. Je fais plusieurs pauses pour m’approcher à pied et prudemment du sommet de la falaise et faire quelques photos que je ne suis pas sûr de pouvoir publier car mon blog semble en voie de saturation et refuse les chargements multiples.

Petite pause-café à 10 heures au port de Grandcamp-Maisy où le marché aux poissons se tient sous une halle à l’abri d’une attaque de goélands. Je ne peux toujours rien acheter mais prends le temps d’une visite en demandant la permission de prendre des photos. Je suis surtout impressionné par la variété de crabes proposée : araignées, moussettes, tourteaux, étrilles, etc.

Je m’éloigne ensuite de la Manche (la mer) pour entrer dans la Manche (le département) ! L’itinéraire est plutôt tortueux en empruntant de petites routes de campagne à très faible circulation et bien charmantes. Les cyclistes se sont enfin réveillés et il y a même des Français qui sont sans doute les seuls à être incapables de suivre une signalétique pourtant claire. Je tombe sur un groupe de jeunes divisés quant à la direction à prendre. J’indique gentiment aux filles le bon chemin, ce qui est suffisant pour que le mâle alpha les entraîne du mauvais côté.

Je les verrai arriver à Isigny-sur-Mer une heure après moi alors que je suis attablé à la terrasse d’un tout petit restaurant de fruits de mer en ayant déjà dégusté à nouveau un plateau d’huîtres (9 aujourd’hui et meilleures que celles d’hier) et une assiette de bulots. Je ne sais pas s’ils auront apprécié mon salut ironique, mais je me déciderai alors à commander un plateau « Trois fromages » : Livarot, Pont-Lévèque et bien sûr Camembert, une des spécialités d’Isigny avec les huîtres et le beurre.

Cet après-midi, reprise du pédalage d’abord dans la campagne comme en fin de matinée, puis dans une zone de marais, et enfin le long du Canal de Carentan à la Mer. Je fais en chemin une incroyable rencontre, celle d’un couple de cyclistes électrisés qui me reconnaît ! Il nous faudra quelques minutes pour retrouver que nous nous étions croisés il y a 2 ans du côté de Langres lors de mon périple entre Marne et Meuse. Du coup, j’aurai droit à une proposition d’être photographié avec des vaches en arrière plan. Impossible de refuser !

Je suis ce soir à Carentan-les-Marais dans un petit hôtel de centre-ville, ce qui me permettra de ressortir pour dîner, après une idéale journée que j’aurais facilement pu prolonger, mais je suis tributaire des hébergements que je peux trouver. Demain sera un autre jour avec une nettement plus longue étape…


Le tracé du jour reconstitué car trace non enregistrée !



Le long de Omaha Beach



Sur la Voie verte de la liberté 



Vue du sommet des falaises 



La statue de la paix à Grandcamp-Maisy


Plateau de 9 huîtres 


Plateau de 3 fromages 



Arrivée au port de Carentan par le canal 


Mon hôtel de ce soir 


Commentaires

Françoise
Contente de te voir au presque milieu des vaches.... et aussi de savoir que la météo a été favorable. Une petite étape pour une remise en jambe, ce n'est pas désagréable. Bonne soirée. Plein de bises.

Marie-Claude
Incroyable rencontre ! Je le reconnais aussi. Mon cycliste en polaire sans manches ! Et sandales tout terrain sur son vélo d'assaut. Vous moun d’où ? Chuchote une rumeur venue de La Manche… Bonne route au petit vélo… 

IZA
Ah ces hommes à vélo et leurs histoires de couette(s). Dans ce domaine, les représentants de la gent masculine semblent se ressembler. Mon chéri borde toujours sa couette ou ce qui lui en tient lieu et moi j'ai horreur d'être bordée. Pardon, l'ami, là j'entre dans l'intime, ce qui prouve que tu es digne d'une immense confiance. Belle nuit ! Et à demain. Tendramicalement.

Jacques
Qui sait, en changeant de bécane, j'arriverais peut-être à publier. Je fais court, pour ne pas m'essouffler au cas où cela ne marcherait pas à nouveau !
Rare de te voir en photo, le plus souvent c'est ta danseuse, heureusement avec celle-là, Marie-Claude n'a pas de soucis à se faire. Avec ton sourire, les traces de vieillerie ne se voient pas. 
Ce qui me ravit, c'est le beau temps, même s'il doit être bien frais en matinée.
Attention aux jours prochains, tu risques de souffrir un peu, mais en bord de mer le temps est souvent changeant. Alors je croise les doigts pour que tes efforts ne soit pas trop perturbés et que tu en profites au maximum.

Daniel
«  Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres » ! Voilà qui donne raison au dicton et qui nous permet d’avoir une belle photo de l’auteur !


Etape 4 - Samedi 24 mai - de Carentan-les-Marais à Tessy-sur-Vire - 70 km

Hier soir, je me rends à l’Auberge Gourmande, un restaurant que j’avais repéré pour ses avis positifs. Mais je suis tombé dans un véritable traquenard, une soirée spéciale organisée par le Logis Hôtel Tour : animation avec karaoké, apéro avec coupe de Champagne offerte, mais ensuite une formule buffet avec des plats basiques du genre merguez-frites. Au final, je fais un dîner assez copieux et pour pas cher, mais sans rapport avec les plats un peu gastronomiques que j’escomptais.

Ce matin, petit-déjeuner rapide à l’hôtel obtenu après négociation à 7h30 pour un départ à 8h. Contrairement aux prévisions, temps plutôt frais et très nuageux toute la journée avec quelques courts épisodes de pluie fine. Je roulerai donc équipé de ma veste de pluie, d’ailleurs plus efficace que ma pseudo-polaire contre le froid !

Il faut se méfier de certains noms de villages, par exemple ceux qui se terminent par un « sur-Mer » usurpé. Ainsi par exemple Isigny-sur-Mer n’est relié à la mer que par un canal puis par l’embouchure de la Vire ! En revanche, Carentan-les-Marais est parfaitement bien nommé comme j’ai pu le constater hier en fin d’étape et ce matin sur mes premiers 20 kilomètres. Et le pluriel est aussi justifié car j’aurai à traverser successivement les marais de Saint-Hilaire, de Cap, du Fetz, du Rotz, de Penème, du Milieu, et j’en passe !

En réalité, tous ces marais communiquent entre eux et un canal permet d’ailleurs de relier, quasiment à plat, la Taute, rivière passant par Carentan, à la Vire au niveau de Saint-Fromond. Mais aucun chemin ne peut longer ce canal et les petites routes que j’emprunte, pour relier ces deux villages, passent d’un marais à l’autre en franchissant à chaque fois une petite colline. D’où pour moi, jusqu’à 10h, un parcours (gentiment) vallonné, offrant au demeurant de beaux paysages de zones humides et constituant un bon entraînement pour de futures étapes plus exigeantes.

Je fais une courte pause à Saint-Fromond dans un petit bar-restaurant. Il est bien trop tôt pour déjeuner, mais je me serais bien laissé tenter par le menu-ouvrier proposé à 14 € 90 pour 4 plats, vin ou cidre compris. Le patron me dit qu’il s’en sort très bien avec cette formule, le même menu étant aussi livré à domicile aux personnes âgées du village. Je me contente d’un café et d’un Mars. Et ça repart, comme me dit la patronne !

Tout le reste de mon parcours, en fin de matinée et cet après-midi, va s’effectuer ensuite, à quelques rares interruptions près, sur une voie verte longeant la Vire. Le revêtement est constitué de terre, sable et gravillons, le tout plutôt bien compacté mais loin d’être lisse, avec beaucoup de rapiéçages de mauvaise qualité qu’il faut essayer d’éviter. On ne peut donc pas rouler vite d’autant que, comme on remonte la Vire, le profil est est celui d’un faux plat montant, certes à très faible pente, mais continu. Le pédalage ne peut donc avoir de cesse : plus aucun moment pour se laisser aller en roues libres. À la longue, je me demande si ce n’est pas plus fatiguant que les parcours vallonnés !

Cela dit, c’est très charmant avec les rives boisées de la rivière et, de l’autre côté, des prés occupés par des vaches ou des chevaux. Et j’ai même vu quelques cabris ! 

Sur la partie autour de Pont Hébert, des panneaux donnent quelques informations historiques et j’apprends que, jusqu’au milieu du siècle dernier, il y avait dans cette vallée une grosse activité industrielle avec une centrale électrique, plusieurs minoteries et deux gros fours à chaux qui produisaient de la chaux vive pour les cimenteries et de la chaux humide pour l’amendement des sols. Difficile à croire tant ces lieux sont aujourd’hui paisibles, voués au tourisme et à l’élevage.

J’arrive à midi à Saint-Lô et monte jusqu’au centre ville où se tient sur la place du Général de Gaule un grand marché que je parcours à pieds en poussant mon vélo. Une grande partie, que je délaisse, est occupée par des vendeurs de vêtements. Je dédaigne pour une fois les cerises trop chères qui, en ce moment, viennent encore d’Espagne comme les melons. Il y a beaucoup de beaux produits, comme des asperges ou des artichauts. Et j’aurais même pu m’acheter des samoussas, nettement plus gros que les nôtres à La Réunion.

Je m’installe ensuite dans une restaurant pour un simple déjeuner plat-dessert : une aile de raie-pommes vapeur et un crumble aux pommes. Pas vraiment gastronomique, mais de bons plats de brasserie.

Cet après-midi, poursuite du pédalage continu sur la voie verte. La Vire offre encore des tronçons calmes comme ce matin, mais ses eaux se font progressivement plus vives. Par moment, sa vallée se resserre avec des versants plus abrupts préfigurant les gorges que j’aborderai demain. Dans les zones plus larges, les prés cèdent parfois la place à quelques habitations assez cossues.

Au niveau de Tessy-sur-Vire, je ne manque pas de quitter la voie verte pour monter vers le village où se trouve ma chambre d’hôtes de ce soir. Je suis bien installé dans la chambre Capucine et irai dans un instant partager la table d’hôtes. 

Avis aux lecteurs pressés : je publie dans un premier temps mes articles sans les photos que j’ajoute une à une plus tard dans la soirée ; tout cela prend du temps !


La trace du jour



Dans les marais 




La Vire Saint-Fromond


La Vire à Saint-Lô


Gros samoussas !


Asperges…


… et artichauts


Ailes de raie - Pommes vapeur


Rempart fleuri de Saint-Lô




Belle propriété !


Commentaires

Françoise
Coucou du soir. Ces paysages paisibles te changent de Mafate ou Salazie. Je ne connais pas la Normandie, mais tes photos me donnent l'envie de la découvrir. Bonne nuit. Grosses bises.

Jacques
Toujours en bonne compagnie, des brunes, des blanches, des noires. Au moins, tu n’es pas seul dans ta campagne Normande. Du soleil en prime, même si ce matin cela semble plus compliqué. Pour te consoler le soleil devrait te sécher cet après-midi.
Ton parcours d’hier ne m’a pas laissé indifférent car j’ai pas mal fréquenté la région, pour partager de longs moments avec des amis, de véritables parents et papy et mamy de cœur, rencontrés en Guyane quand j’étais coopérant, après mes études à Aix-en-Provence. Ils reposent dans la petite ville de Périers à côté de St-Lô. Saint-Brieuc, où nous avons habité 10 ans, n’était pas bien loin.
Bon pédalage. Moi, tu m’as fait naviguer dans bien des souvenirs.

Chantal
Fidèle à mon habitude, je prends le parcours en cours de route, faute de temps pour moi !
Ton périple est ambitieux. Je connais bien la région et c’est un vrai plaisir de redécouvrir certains endroits. Bon courage pour la suite !

Daniel
Tu parles de samoussas nettement plus gros que les nôtres. Normal ! Ce sont des samoussas de France. Hi Hi Hi ! 


Etape 5 - Dimanche 25 mai - de Tessy-sur-Vire à Vire - 43 km

Bon dîner hier soir en compagnie d’un sympathique couple de retraités belges en escale d’une nuit ici alors qu’ils se rendent en vacances dans le Finistère. La discussion virevolte gentiment sur de nombreux sujets tout en dégustant notamment une bonne platée de spaghettis au saumon et à la crème idéale pour un cycliste devant s’attaquer le lendemain aux gorges de la Vire !

Ce matin, petit-déjeuner à 7h30 avant les Belges. Excellentes confitures comme souvent dans les chambres d’hôtes. Je discute un peu avec notre hôtesse qui est d’origine martiniquaise. Elle est déjà allée à Maurice, mais sans passer par La Réunion. Un mauvais point pour elle, mais elle se rattrapera brillamment  en m’assurant que la pluie, qui tombe depuis une heure, va cesser à 9 heures, ce qui va se révéler exact.

Je retarde donc mon départ en prenant un second café avec les Belges enfin réveillés et démarre à 9h précises pour une journée où je ne serai pas mouillé. J’en termine d’abord pendant une demi-heure avec la voie verte empruntée hier. Pas de changements notables : revêtement moyen, paysages bucoliques. Très peu de fréquentation : un joggeur et une promeneuse de chien.

À partir de Pont-Farcy, il n’est plus possible de suivre au plus près en continu la Vire. Fin de la voie verte et de sa quasi platitude. Place aux petites routes à partager avec quelques voitures, heureusement rares, et au relief. On s’élève d’abord sur les coteaux au prix d’une première longue montée et on s’y maintient en naviguant dans la pente, ce qui procure de beaux points de vue dominant sur la vallée.

Une très rude descente permet de regagner les rives de la rivière. Je dois faire preuve de prudence car tout est mouillé par les averses du matin. La route est glissante et mes freins à patins manquent d’efficacité. Une partie plus facile se présente avec de petits vallonnements dans la vallée, ce qui permet de se relaxer un peu. 

Après un changement de rive permettant de jeter un dernier coup d’œil à la Vire, dont la véloroute va maintenant s’éloigner, une courte partie plate au pied d’une falaise permet de se préparer à la suite. C’est là que deux jeunes cyclistes sur leur vélo de course du dimanche me doublent en me demandant si je sais ce qui m’attend, ce qui n’est pas rassurant. Je leur réponds que je verrai, mais, eux, je ne les reverrai pas !

Et donc c’est avec une confiance modérée que j’aborde la pente attendue. Elle va être longue et assez forte, mais pas tout à fait inhumaine ! Je parviens à la gérer en conservant un rythme ternaire régulier : deux coups de pédales légers en inspirant suivis d’un coup appuyé en expirant, le tout en forçant plus que nécessaire inspiration comme expiration. Cela permet d’alterner l’effort entre jambe droite et gauche et d’éviter tout essoufflement. 

J’arrive à Campeaux fier comme un bar-tabac où je m’achète une boîte de cigarillos ! À la boulangerie voisine, je me paye aussi pour mon futur pique-nique une tartine jambon-mozzarella et un Minute Maid à la pomme. La boulangère et un client se liguent pour tenter de me saper le moral en m’assurant que je n’ai encore rien vu et que, plus loin, je devrai mettre pieds à terre et pousser mon vélo.

Je redémarre un peu ébranlé. Je roule un moment sur un plateau pas trop vallonné, sauf pour le franchissement du Ruisseau du Moulin qui a réussi à se creuser un lit un peu trop profond à mon gré. Puis arrive le site que j’attendais : le viaduc de la Souleuvre. Une descente bien raide permet d’accéder au pied de l’ouvrage. En fait, le tablier métallique de ce viaduc ferroviaire a été démonté après l’abandon de la ligne de chemin de fer et donc il n’en reste que les piles de granit hautes d’une soixantaine de mètres.

C’est maintenant un spot de saut à l’élastique avec autour de multiples autres activités proposées : tyrolienne, accrobranche, luge comme au Maïdo (en plus moderne), mini-golf, etc. J’y fais ma pause pique-nique sur une des nombreuses tables installées en plein air. Mais quelques gouttes de pluie surviennent alors et, comme les zoreils n’ont pas encore compris l’intérêt de nos kiosques réunionnais, je me réfugie sous la terrasse du restaurant avec l’obligation de commander quelque chose. Ce sera un café, gourmand tant qu’à faire, suivi d’un cigarillo car on est dimanche.

Après cela, il va falloir s’extraire de ce fond de vallée encaissée et c’est là, sans doute, qu’on m’imaginait mettre pied à terre. Rien n’en fut, mais je reconnais que la fin de la montée s’est effectuée en rythme binaire et que j’ai dû faire une pause au sommet pour récupérer un peu.

La fin du parcours sera ensuite une formalité avec d’abord un profil descendant avant de terminer sur un tronçon de la Voie Verte du Bocage Virois. Celle-ci est implantée sur l’emprise de l’ancienne voie ferrée reliant Caen à Vire, celle-là même qui franchissait la vallée de la Souleuvre sur le viaduc. C’est une belle voie, bien revêtue, en grande partie à travers bois.

Je suis ce soir au Campanile de Vire, situé à 3 kilomètres du centre-ville dans une zone commerciale où tout est fermé en ce dimanche après-midi. J’y suis arrivé tôt après cette étape volontairement courte pour tenir compte de sa difficulté. Le restaurant de l’hôtel étant fermé le dimanche soir, on m’apportera en chambre une pizza, une bière et un dessert. Et je vais essayer de bien dormir…


La trace du jour 



Vue des coteaux


Dernier coup d’œil sur la Vire








Les piles du viaduc avec la plateforme pour les sauts à l’élastique


Un sauteur et un tyrolien
 

Maigre pique-nique
 

Mais café gourmand !


L’église de Carville (elles se ressemblent toutes)


Cerisier et ancienne maison de garde-barrière




Vélo en chambre ce soir !


Et linge au séchage après lessive 


Commentaires

Marie-Claude
Bravo ! Etape très sportive sur le rythme ternaire du maloya. "Kossa sa ?" a dû penser ton petit vélo...

Geneviève et Colin
La Normandie comme si on y était. Merci, Marc.

Daniel
Ternaire ou binaire, je suis essoufflé rien qu'à lire ton récit ! Bravo !

Jacques
Belle découverte pour moi cette étape. Je ne connaissais pas les gorges de la Vire.
Les jambes et le souffle étaient au rendez-vous, et te voilà rassuré sur tes capacités à franchir les obstacles. 
En prime tu as évité la pluie dans une étape difficile, te voilà récompensé de tes efforts.
Après les vaches, voilà de nouvelles rencontres, chevaux et moutons pour agrémenter un paysage sympathique.
Avec des simples patins, la prudence s’imposait, je garde en mémoire quelques souvenirs de jeunesse qui grâce à ma dextérité d’autan m’avait fait éviter le pire.
Un repos bien mérité s’impose.
A demain, pour la suite de l’ouvrage.

Chantal
Quel plaisir de te lire ! Je n’ai pas vu dans ton projet si tu passais par Condé sur Vire, grand fief du Kayak polo… J’ai toujours aimé ce coin. Bravo pour cette étape sans mettre pied à terre.

Françoise
Tu dois être à nouveau en selle à l'heure où je lis tes efforts de dimanche. Heureusement car j'aurais eu mal aux jambes toute la nuit avec les souvenirs que ton récit a réveillés. Eh oui, la Normandie ce n'est pas que des chemins plats entourés de pommiers. Bonne route et à ce soir.


Etape 6 - Lundi 26 mai - de Vire à Domfront - 76 km

Hier soir, dîner en solitaire en chambre : une pizza reine (bonne, mais je n’en viendrai pas à bout), une pression et un gâteau au chocolat. Pas très diététique, surtout après la tartine du midi. Je parviens ensuite à faire passer quelques photos sur mon blog, procédure qui avait échoué auparavant. Mon blog bogue ! Ensuite, assez mauvais début de nuit comme souvent et réveil tardif ce matin à 6h30. Petit-déjeuner rapide à l’hôtel et départ pour une plutôt longue étape, mais qui sera belle et facile, et accomplie sous le soleil le matin, sous les nuages l’après-midi mais sans pluie.

Je n’entre pas dans la ville de Vire que la véloroute permet de contourner en restant sur des pistes cyclables bien sécurisées. Je traverse la banlieue pavillonnaire. Les maisons sont assez cossues, les cours arborées, les gazons bien tondues. Et, en une trentaine de minutes, je rejoins la voie verte qui est le prolongement de celle suivie hier après-midi en fin d’étape. Pour la suite de la journée, mon parcours va s’effectuer à 95% sur voies vertes. Après les difficultés d’hier, ça me convient très bien, d’autant que c’est tout à fait agréable, avec une alternance entre passages bordés d’arbres et d’autres ouverts sur la campagne environnante. 

Les arbres sont des feuillus de toutes espèces, chênes, hêtres, érables, frênes, etc. Et aussi des acacias. Je me méfie de leurs épines qui pourraient être tombées sur la voie et entraîner une crevaison. Mais ils sont en fleurs, ce qui me procure un double plaisir sensoriel, pour la vue et pour le goût ! Je parviens en effet à cueillir quelques grappes et me délecte de leurs fleurs mangées une à une. Comme je l’avais déjà ressenti, je trouve que le goût est proche de celui de nos longanis réunionnais.

Avec ces grappes, maman nous faisait des beignets. Ce souvenir d’enfance me plonge dans le passé et immanquablement mon esprit se tourne vers mes chers disparus, pour certains partis trop tôt. Je sollicite ma mémoire pour retrouver, pour chacun d’eux, quelques moments heureux partagés. Jusqu’à ce que me vienne cette malhonnête pensée que je pédalerais pour eux. Là je déraille, ce qu’il vaut mieux éviter de faire à vélo !

Sur ce type de parcours, je roule en général cool, les bras tendus, le tronc droit pour profiter du paysage, en m’inspirant d’un adage revisité selon lequel qui veut voyager loin modère son allure ! Mais, par moment, dans les parties rectilignes un peu monotones, j’éprouve le besoin de foncer : je passe sur un plus grand développement, prend la posture d’un coureur et pédale en allant presque jusqu’au maximum de mes possibilités. C’est le pur plaisir de l’effort, ça réchauffe un peu car il fait frais et ça permet d’avancer car l’heure tourne.

Au niveau de Sourdeval, je fais un petit écart vers le village pour m’acheter un pique-nique à manger plus loin. Au sortir de la boulangerie, alors que je m’apprête à faire une photo de l’imposante église, un monsieur d’une soixantaine d’années m’interpelle : ah, enfin un vrai cycliste ! C’est que, comme moi, il est réfractaire à l’assistance électrique. On discutera un bon moment : j’apprendrai qu’il fait lui même du vélo, qu’il est membre d’un club qui organise des sorties de plusieurs jours, qu’il est allé plusieurs fois à La Réunion où son fils a travaillé. Et j’en passe beaucoup ! Il finira par proposer de me photographier. Impossible de refuser, même avec l’église en arrière-plan !

Autre rencontre plus loin, mais c’est cette fois moi qui engage la conversation. Avec un monsieur, d’une soixantaine d’années lui-aussi, qui travaille dans son potager à l’arrière de l’ancienne maison de garde-barrière restaurée et agrandie dont il est propriétaire. Je le complimente sur son jardin qui comporte salades, oignons verts, fraises, pommes de terre, artichauts, etc. On causera un bon quart d’heure et il me donnera surtout beaucoup d’informations sur l’histoire de l’ancienne voie ferrée, sa mère ayant été garde-barrière.

Aujourd’hui, il n’y a plus de garde ni de barrières et les vélos, qui remplacent les trains, n’ont pas la priorité à ces passages à niveau. Ce sont les seuls endroits où il faut être vigilants car les voitures arrivent parfois à vive allure et la visibilité est souvent mauvaise avec la maison en bord de rue. Comme j’ai promis d’être prudent, je marque bien les stops et fais très attention !

Aux abords de Mortain, le bocage se fait plus vallonné et il faut négocier quelques faux-plats, les montants semblant toujours plus raides et plus nombreux que les descendants ! Je ne monte pas vers le centre-ville et me dispense aussi d’un détour vers la Grande Cascade, car ces deux lieux me sont déjà connus. J’avais même dormi à Mortain lors de mon périple « Entre Loire et Manche à vélo » (article toujours présent sur mon blog).

Et j’en termine au sud de Mortain et à midi avec la Vélomaritime, que je suivais plus ou moins depuis mon départ de Caen. J’effectue un virage à 90 degrés à gauche en rejoignant la Véloscénie que je vais emprunter pendant plusieurs jours jusqu’à Chartres. Mais cela ne change rien pour cet après-midi car le tronçon de cette nouvelle véloroute jusqu’à Domfront est de nouveau une voie verte, ancienne voie ferrée, tout à fait semblable à celle du matin.

Je fais ma pause-déjeuner sur une aire de pique-nique : un sandwich, un sablé, et à l’eau ! Au redémarrage, je me fais doubler par un couple de cyclistes. Piqué au vif, je les prends comme lièvres. Je les ai en ligne de mire, parviens un temps à maintenir l’écart, mais je ne les rejoindrai qu’à la faveur de leur arrêt pour charger les vélos sur les porte-vélos de leur voiture. C’est que ce sont des jeunes, avec seulement de petits sacs à dos pour poche à eau, et une assistance électrique pour madame ! Ils m’apprendront qu’ils s’entraînent pour se lancer en juillet dans une itinérance de plusieurs jours.

Je suis ce soir à Domfront dans un hôtel dont le restaurant est fermé le lundi soir, après celui d’hier dont le restaurant était fermé le dimanche soir ! Mais la réceptionniste m’a indiqué un restaurant tout proche où je vais me rendre à pieds pour me payer enfin un vrai repas.


La trace du jour 


La voie bordée d’acacias fleuris


Grappes de fleurs d’acacias 



L’église de Sourdeval





Ancienne maison de garde-barrière 



Des vaches…


Des cabris


Ancienne gare


Très maigre pique-nique !


Invitation à Élise


Voie bordée de bouleaux 


Commentaires

Christine
Les km augmentent et le texte aussi ! Mais les repas ne semblent pas à la hauteur de ces prouesses physiques et littéraires. Bon pédalage demain pour qui tu voudras... Bises. 

Jacques
Privé d’images (une seule) sur l’ordi, mais pas sur le smartphone, tout va pour le mieux. Toujours à l’affût de rencontres pour enrichir le vécu de sorte à aller au-delà du pédalage même si ce dernier reste un leitmotive puisque trouver le moyen d’aller plus vite, c’est se prouver que l’on a de beaux restes.
Moi, je me suis intéressé à l’acacia. Je le connaissais sous un angle rébarbatif avec ses épines et ses feuilles qui m’envahissaient à l’automne. J’ai galeré pour m’en débarrasser, des repousses après un tronçonnage sévère, un bois très dur, et seul un foyer entretenu sur plusieurs jour m’à permis en venir à bout. J’ai donc découvert que ses fleurs sont comestibles, avec un goût de là-bas. C’est avec plaisir que j’ai parcouru attentivement et emotionnellement tes souvenirs familiaux.
Ravi que temps est semble-t-il bien meilleur que ne laisse présager la météo nationale, sauf la fraîcheur qui m’étonne guère. Attention quand même aux jours prochains...
Pour l’heure, les jours s’égrennent agréablement, c’est l’essentiel.
Gustativement, cela pourrait être mieux, te connaissant davantage.
Rien n’est perdu, le parcours est encore long.

François et Michèle
Aurais tu coucher à l'hôtel de France à Domfront ? C'est là que nous avions fait étape avec Michèle lors de notre tour du Cotentin. Nous lisons tous les soirs avec grand intérêt tes prouesses journalières, surtout au niveau des pique-niques. Nous ne sommes pas habitués à te voir déjeuner si peu. Où est la bouteille de vin qui nous accompagnait lors de nos pique-niques d'antan ? Très bonne continuation.

Françoise
Rares sont tes moments de confidences intimes. Ils m'ont beaucoup émue, peut-être à cause de la période que je viens de passer. Ton récit et le paysage que tu côtoies sont très romantiques, serait-ce que l'esprit de George Sand s'étend jusque sur ton chemin ? J'espère que tu te seras régalé au restaurant. A très vite avec impatience. Grosses bises.


Etape 7 - Mardi 27 mai - de Domfront à Lalacelle - 56 km

Le restaurant recommandé d’hier soir n’a rien de gastronomique, mais on y mange bien pour pas cher. Au buffet d’entrée, je me sers surtout des poireaux-vinaigrette. En plat principal, je choisis un pavé d’andouille avec salade et haricots verts en garnitures, et un grillé à l’abricot en dessert. Avec un quart de vin rouge et sans digestif car le Calvados fait défaut.

Ce matin, départ avant 8 heures après petit-déjeuner à l’hôtel. Je passe près d’une belle propriété en bord de rivière entourée d’un pâturage où se repaissent deux ponettes. L’une d’elle, en voie de famille, viendra chercher une caresse. Mais elle oublie de me prévenir que je dois à présent affronter la rude montée vers le centre de Domfront. Cueilli à froid, je mettrai pour la première fois pieds à terre sur un court passage et aurai à négocier un difficile démarrage en côte.

L’effort est récompensé car Domfront est une belle petite cité médiévale de caractère avec remparts fleuris et maisons à pans de bois. Le donjon du château est en ruines, mais l’église Notre Dame sur l’Eau est bien préservée. 

De Domfront à Perrou, la Véloscénie emprunte de petites routes de campagne. C’est gentiment vallonné à travers bois et prés. Puis on pénètre dans la Forêt des Andaines. Les routes forestières sont un peu cabossées. Je roule lentement d’autant que je suis à l’affût d’un chevreuil, ou du moins d’un écureuil. Je ne verrai ni l’un ni l’autre, mais me contenterai bien de la beauté de cette forêt avec son mélange de pins et de feuillus, dont de magnifiques chênes.

L’arrivée à Bagnoles de l’Orne est précédée d’une longue ligne droite, toujours dans la forêt, mais moins agréable car sur route un peu fréquentée. À l’occasion d’une pause-photo commune, je converse un moment avec un couple de parisiens, néanmoins sympathiques, qui font la Véloscénie de Chartres au Mont Saint-Michel. Comme nous nous croisons, nous échangeons quelques informations sur les parcours qui nous attendent.

Bagnoles de l’Orne est une station thermale avec tous ses attributs : centre de cure, hôtels, casino. Je fais un tour dans le parc autour du plan d’eau où quelques œuvres d’art attirent mon regard, et fais une pause-café, surtout pour me réchauffer un peu car il faisait frais ce matin.

Entre Bagnoles de l’Orne et Couterne, la véloroute évite la départementale en passant par des chemins vicinaux. Cela rallonge évidemment la distance, mais permet de rouler en sécurité. On traverse plusieurs hameaux présentant quelques belles bâtisses en pierres apparentes. C’est à nouveau assez vallonné avec, au sommet de certaines pentes, des points de vue malheureusement peu mis en valeur aujourd’hui sous un ciel toujours aussi nuageux.

À Couterne, je fais ma pause-déjeuner dans un restaurant ouvrier comme je les aime. Je prendrai d’abord une pression au bar avec les autres clients qui attendent midi pour accéder à la salle à manger. Les discussions s’engagent facilement et se poursuivent à table. Cela ressemble à une cantine avec des tablées de 6 personnes.

J’échangerai surtout avec deux employés du Conseil général de l’Orne chargés de l’entretien des routes, essentiellement du fauchage des bas-côtés. Ils étaient auparavant fonctionnaires d’état, de catégorie C, en tant qu’agents de l’ex DDE. Ils ne sont pas satisfaits du tout de leur reclassement en agents départementaux qui leur a fait perdre des avantages, surtout pour l’âge de la retraite.

Pour le repas, c’est tout à volonté après l’assiette d’entrée déjà bien copieuse : buffet pour le plat principal, gros plateau de fromages passant de table en table, une bouteille de vin rouge et une de cidre par table. Le tout suivi d’un dessert (une mousse au chocolat pour moi) et d’un café. Je paierai 16 € 50 pour le tout, y compris la bière !

Cet après-midi, retour sur voie verte, de nouveau une ancienne voie ferrée. Dans le sens où je l’emprunte, c’est un long faux-plat montant de 18 kilomètres jusqu’à Pré-en-Pail ! Et on voit surtout des vaches, des vaches, et encore des vaches, de toutes couleurs ! Un gros taureau blanc me regarde vilainement. Plus attendrissant : une vache est au chevet de son veau qui vient de naître.

À Pré-en-Pail, un peu fatigué et encore un peu frigorifié, je m’arrête au bar du village et me commande un truc que je ne bois jamais, un chocolat chaud ! Pour les derniers kilomètres, je juge plus prudent de rejoindre la voie verte et de la quitter le plus loin possible pour accéder à mon hébergement car la route départementale est parcourue par un balai incessant de gros camions, toujours sans doute pour la même raison : la cherté des autoroutes.

Je suis ce soir dans un hôtel avec restaurant ouvert qui m’a fait bénéficier d’un forfait spécial pour cyclistes avec dîner et petit-déjeuner inclus. Que demander de mieux ?


La trace du jour



Ponette bien pleine et en manque d’affection !


Remparts fleuris de Domfront 



L’église Notre Dame sur l’Eau à Domfront


Dans la forêt des Andaines


Un beau chêne 



À Bagnoles de l’Orne


Œuvre d’art…




La chapelle de Lignou et son cimetière


Des vaches !


Le taureau !


La vache et son nouveau né


Commentaires

Jean-Claude et Maryvonne
Ne te fatigue pas trop demain : jeudi, ça va être très dur avec l'Ascension !

Jacques
Il suffit de changer de monture et l’on découvre tant d’autres choses.
J’avais une grande tante dans la région et j’y suis venu, mais c’est bien agréable de te suivre et j’ai l’impression de tout découvrir.
Sympa ces belles vieilles demeures, une nature qui paraît préservée et pas trop encombrée.
Effectivement, le taureau semble avoir vu un concurrent, autrement équipé et il ne t’invite pas à franchir la clôture ! Reste à t’attendrir sur son œuvre puisque tu as su rapprocher l’image de celle qui cette fois-ci semble te dire, admire mon œuvre.
J’espère que tu passeras vite cette matinée qui s’annonce mouillée, avec un après-midi qui devait permettre de te réchauffer. 
Je pense que tu garderas en mémoire la fraîcheur de ton début de périple. 
Plus dans le Sud, les températures vont bien grimper dans les jours prochains, presque trop chaud quand on doit s’exposer pour s’occuper de ses extérieurs. 
A demain pour partager tes découvertes. 


Etape 8 - Mercredi 28 mai - de Lalacelle à Mortagne-au-Perche - 64 km

Hier soir, après la quantité du midi, place à la qualité ! Un verre de Poirée m’est offert en apéritif, puis je me régale d’une tête de veau servie avec sauce gribiche, pommes vapeur et petits légumes (inutile de revisiter ces plats traditionnels !) et d’un fondant au chocolat noir, vraiment fondant, avec une boule de glace framboise. Un verre de Saumur-Champigny avec la tête de veau et (enfin !) un Calvados en digestif. Et, comme le 10 ans d’âge est en rupture, on me servira un 20 ans d’âge pour le même prix. Absolument divin, même pour un athée.

Ce matin, je conserve le timing des jours précédents : petit-déjeuner à 7 heures, départ à 8 heures. J’ai renoncé pour le moment à des mises en routes plus matinales, n’y étant pas invité par le temps qui sera aujourd’hui très variable : pluvieux en continu jusqu’à 10 heures, pluvieux par intermittences jusqu’à midi, nuageux et venteux jusqu’à 16 heures, et enfin ensoleillé à mon arrivée !

Comme les jours précédents, je vais suivre le même type de voies vertes, sauf à la périphérie d’Alençon. Je me dois de remercier les ingénieurs et les ouvriers qui ont conçu et construit ces anciennes voies ferrées. Il ont réussi à aplanir un relief vallonné en en épousant les courbes de niveaux, ou en creusant des passages encaissés, ou encore en créant des sortes de digues en surplomb. Aujourd’hui, cela constitue pour les piétons, les cyclistes et les cavaliers de beaux itinéraires avec plus de variété que ce qu’on pourrait imaginer.

Jusqu’à Alençon, roulant sous une pluie fine, je ne rencontre quasiment aucun humain ! Ce sont les animaux sauvages, que je n’avais pas encore aperçus, qui me distrairont. Deux jeunes faons sortent du bas-côté, galopent un moment devant moi avant de s’échapper de l’autre côté. Plus loin, un gros lièvre me joue la même scène. Un écureuil ne fait que traverser la voie pour partir à l’assaut d’un arbre. Et plusieurs petits lapins se montrent dans les prés avoisinants.

À 9 heures précises, un panneau surprenant m’informe que je franchis le méridien de Greenwich ! Mais, si je ne me trompe, il n’est que 8 heures gmt !

Parmi les grands arbres en bordure, il y a de nouveau des acacias. Je ne pourrai pas goûter à leurs fleurs qui sont inaccessibles, mais elles vont me jouer de vilains tours. C’est la fin de la floraison et la plupart des fleurs sont déjà tombées à terre, en grand nombre, formant un tapis de sol d’un bel effet visuel. Mais, avec le sable ramolli par la pluie, elles forment une pâte visqueuse qui s’accroche à mes pneus et se libère sur l’ensemble de mon vélo et sur mes jambes, pieds et sandales !

Dans la banlieue d’Alençon, la station service où je me rends, entièrement automatisée, sans personnel, ne m’est d’aucun secours. Plus loin, je ferai appel à un monsieur qui débroussaillait son trottoir et, avec l’aide de son tuyau d’arrosage et d’une soufflette à air comprimé, on parviendra à nettoyer l’homme et sa machine. Hélas, un nouveau passage recouvert du même galimatias se présentera à nouveau et il faudra tout recommencer, dans une station bien équipée cette fois.

À 13 heures, j’arrive au Mêle-sur-Sarthe alors que les commerçants du marché remballent leurs marchandises et me joins à certains d’entre eux pour aller déjeuner dans le restaurant ouvrier de la place. C’est moins sympathique que celui d’hier car chacun mange à sa table sauf ceux qui se connaissent. Là, ce sont les entrées qui sont proposées en buffet. Pour le plat principal, on passe sa commande. Depuis le temps que je vois des vaches, je me paye enfin une belle hampe de bœuf. Un point commun avec le restaurant d’hier : il n’y a aucune cliente !

Cet après-midi, la pluie cesse définitivement, mais le vent prend le relais. De plus, plusieurs faux-plats montants se succèdent. Je m’arrête plusieurs fois pour entamer des discussions avec des promeneurs. Mais  les gens abordés sont des personnes âgées et me parlent surtout de leurs douleurs. J’en sais beaucoup sur la polyarthrite rhumatoïde d’une dame et sur la prothèse inversée de l’épaule d’un monsieur ! Les panneaux le long de la voie me donnent plus d’informations intéressantes !

Les paysages changent un peu. On voit toujours beaucoup de prés à vaches, mais aussi des élevages de moutons et de poules en plein air. Et puis les champs se font plus nombreux avec des blés qui ne sont pas encore mûrs pour la moisson et des maïs qui viennent seulement d’être implantés. Nous ne sommes plus dans une région entièrement vouée à l’élevage.

Je suis ce soir de nouveau en hôtel-restaurant à Mortagne-au-Perche. Pour y accéder, il faut quitter la voie verte et affronter une assez rude montée sur un kilomètre, ce qui me donnera l’idée de rebaptiser cette cité en Mortagne-Haut-Perchée ! 


La trace du jour



La voie verte dans un passage encaissé


Les fleurs d'acacia engluées dans le sable





Des pommiers


Poules et moutons ensemble


Les champs remplacent les prés




À Mortagne-Haut-Perchée !

Commentaires

Marie-Claude
Voilà donc mon cycliste en mission humanitaire à soulager les bobos des seniors rencontrés. Qu'il se rassure maintenant. En cas de coupure d'eau à la maison, il y a une station proche qui fait lavage et séchage à air comprimé !

Françoise
Hier je suis rentrée trop tard pour te lire, alors aujourd'hui je me rattrape. Hier tes vieilles bâtisses étaient superbes. Question alimentation, tu as fait fort, toi qui te contentes souvent de si peu le midi. Mortagne au Perche, cette fois tu as rejoins une des étapes que j'avais faite avec B. Souvenir d'un épuisement complet qu'il avait fallu surmonter pour monter la canadienne, bien lourde à l'époque. Je me souviens même du repas, andouillette cuite sur le petit camping gaz. J'espère que tu garderas un meilleur souvenir que moi de cette partie de ton périple. Surtout je te souhaite une météo clémente pour affronter les montées et surtout les descentes. Bonne soirée et bonne nuit.

Jacques
Avec des telles gambettes, aussi bien décorées jusqu’au bout des ongles, je ne comprends pas que tu te précipites dans une station, plutôt qu’offrir tes services pour promotionner une nouvelle forme de décoration, plus facile à enlever que les tatouages qui semblent envahir bien des corps aujourd'hui. 
Ces images me rappellent mon calvaire dans mon jardin, même si je n’étais pas à vélo.
A voir le mouton et la poule, on a l’impression qu’elle s’apprête à sauter sur le dos du mouton. Cet équipage aurait fait le meilleur effet, et la photo remarquable. 
Moi, je pensais que tu profiterais du soleil l’après-midi et bien non, qui plus est avec des faux plats montants. A l’évidence tu gardes la forme, c’est rassurant. Et cerise sur le gâteau, un repas bien sympathique ce midi, pour compenser les misères. 
Les jours à venir semblent plus encourageant sur le plan météo.
Un peu plus bas, ça cogne vraiment, je veux bien partager.
J’espère qu’un petit Calvados, même s’il n’a pas 20 ans d’âge, aura couronné ta soirée. 
A demain pour les prochaines aventures 

Patrice
Bonjour Marc
C'est toujours un plaisir de lire les récits quotidiens de ton périple à vélo. Le temps pourrait se montrer plus clément, mais les paysages sont magnifiques. Je les découvre car, en fait, partant de Nantes, je n'ai jamais dépassé Avranches !
Bon courage, profite bien de la suite.

Alain H.
Tu as rappelé à Geneviève des souvenirs de fleurs d'acacias qu'elle dégustait dans sa jeunesse ! Par contre c'est moins agréable à porter, semble t il. 

Philippe
Ça ressemble au goudron et aux plumes ! J'ai bien ri ! Merci pour ces narrations quotidiennes ! Bonne continuation...


Etape 9 - Jeudi 29 mai - de Mortagne-au-Perche à Vichères - 56 km

Grand moment de plaisir hier soir : une visio par FaceTime avec Daniel, Lucie, Élise et Marie-Claude invitée à dîner chez eux (elle me trouve amaigri !). Je regrette de ne pas voir Nath, qui est en cours, mais j’aperçois Pitchoune.

Plus tard, après le restaurant ouvrier du midi, c’est restaurant bourgeois du soir : je ne suis réellement à ma place ni dans l’un ni dans l’autre ! Et pourtant j’apprécie l’un et l’autre, du simple steak-frites-salade au sophistiqué boudin-noir-de-Mortagne-et-ses-petits-légumes, de deux verres de cidre brut à une demi-bouteille de Volnay. Dans les deux cas, il serait déplacé de photographier les plats qui me sont servis !

Après ce dîner gastronomique, je veille un peu tard pour charger les photos du jour sur mon blog (moins nombreuses en raison de la pluie) et trouver à réserver des hébergements pour les deux prochains jours. Pas si facile avec ce week-end de 4 jours que s’octroient les travailleurs ! Nuit comme d’habitude un peu agitée, mais je découvre ce matin à l’ouverture de mes rideaux un ciel à peine nuageux, ce qui est de bonne augure pour la suite.

Au départ, longue descente pour rejoindre la vallée. Je m’étonne d’avoir fait la montée hier ! Mais la voie verte est en travaux et je suis invité à suivre une déviation par de petites routes de campagne vallonnées, ce qui ne me déplaît pas. Le pédalage un peu soutenu réchauffe car il fait encore bien frais à cette heure matinale. Aucun être vivant sur ce tronçon, sauf un beau cheval blanc qui prend son petit-déjeuner herbeux.

A la fin de cette déviation, je comprends que les travaux, menés par l’inévitable entreprise Colas, qui rafle tous les marchés de France et d’Outre-Mer, consistent à goudronner la voie verte comme cela est déjà réalisé sur la section que je vais emprunter. Il me semble qu’il s’agit d’un non-sens total car une piste bien damée est bien suffisante. De plus cela élargit l’emprise de la voie avec la création de bas-côtés empierrés et rogne ainsi sur cet espace naturel de friches, entre voie et champs, qui constitue une niche écologique pour les oiseaux, les lapins et autres animaux.

Ce matin je suis dans la vallée de l’Huisne, une de ces nombreuses petites rivières du complexe réseau hydrologique de cette région, beaucoup moins connue que l’Orne, la Mayenne ou la Sarthe qui ont donné chacune leur nom à un département. Je dois d’ailleurs avouer que je m’y perds un peu et ne saisis pas bien les limites géographiques entre les bassins versants et administratives entre les départements ! Mais peu importe : je me régale du paysage à nouveau plutôt bocager.

À Rémalard-en-Perche, je fais ma pause-café du matin à l’ancienne gare transformée en bar et petit restaurant pour les cyclistes. Le patron m’affirme que c’est la seule de toute la Véloscénie, de Paris au Mont Saint-Michel, à avoir ainsi été utilisée, ce que je trouve bien dommage, même si obliger les cyclistes à sortir un peu de la voie verte pour faire vivre les commerces des villages proches n’est pas une mauvaise chose.

Je suis rejoins par une triplette de Britanniques ayant eux aussi besoin d’une boisson chaude. Nous échangeons en anglais, donc péniblement vu mon niveau. Je comprends qu’ils ont pris un ferry pour arriver à Roscoff, vont pédaler jusqu’à Dieppe avant de repasser la Manche. Ce sont des jeunes (la belle quarantaine !), visiblement sportifs, qui font, sur vélos musculaires of course, des étapes journalières de 120 kilomètres.

À Condé-sur-Huisne, c’est la fin de la voie verte. Sur un grand parking se trouve rassemblée une cinquantaine d’automobilistes avec 27 voitures anciennes de collection. Ils s’apprêtent à partir pour un périple de 4 jours, en faisant des étapes plus courtes que les miennes, leur but étant de rejoindre Sainte-Mère-l’Eglise. Les voitures sont rutilantes et sans doute entretenues mécaniquement, mais c’est pas gagné !

Toute la suite de mon étape, en fin de matinée et cet après-midi, va maintenant se dérouler sur petites routes bien vallonnées, à l’exception d’un tronçon aménagé au bord de l’Huisne juste avant d’arriver à Nogent-le-Rotrou. Marie-Claude aurait adoré ce passage qui me fait penser à nos balades à Varennes le long de l’Yerres.

À Nogent-le-Rotrou, je m’octroie une longue pause pour déjeuner et me reposer de mon pédalage du matin avec une seule pause. Les belles éclaircies permettent aux restaurateurs d’installer en extérieur leurs tables sous parasols. Je m’installe sur l’une d’elle heureusement assez tôt car, très vite, ce sera complet. Après une pression, je fais le choix d’un faux-filet-marchand-de-vin suivi d’un café gourmand.

Avant de quitter Nogent, je fais une petite déambulation à pieds dans le parc du château des Comtes du Perche sans prendre le temps de la visite de l’intérieur. Autour de la bâtisse, des chèvres des fossés (c’est leur nom) font l’entretien. Elles sont réputées pour être de redoutables débroussailleuses.

Il ne reste ensuite qu’une quinzaine de kilomètres à parcourir, mais ils ne seront pas faciles. J’emprunte une partie du « circuit des vallées et collines ». Juste dénomination ! Le vallonnement est vraiment bien accentué et quelques montées me mettront à l’épreuve ! En fin de parcours, je m’écarte de la Véloscénie pour gagner mon auberge du soir.

Accueil sympathique et petite chambre simple et agréable. Mais je suis convoqué à 19 heures précises pour un dîner rapide réservé aux demi-pensionnaires car le restaurant n’assure que ce service minimum en ce jour férié.


La trace du jour


Le cheval blanc 






Quelques voitures de collection 


Quelques autres


Petite vue sur l’Huisne


Faux-filet et sa sauce


Café gourmand 


Le château des Comtes du Perche 


Les chèvres des fossés à l’ouvrage 



Paysage typique du jour


Commentaires

Jacques
Après les Rhododendrons, voilà les pivoines. Chez moi, j’en ai de très belles aussi, mais même les moins bien exposées sont déjà fanées. Quant aux Rhododrendrons, qui accompagnent ma montée d’escalier, magnifiques courant avril, j’ai en mémoire ceux de Bretagne qui pouvaient être de véritables arbres. De belles photos de ton cheminement qui donnent envie d’y être.
Enfin du beau temps, qui doit te changer des moments pénibles des jours derniers. Profites-en, car la semaine prochaine devrait se rafraîchir à nouveau, et pour moi ce n’est pas du gâteau, ton vécu remplace de longs discours.
Je vois que Marie-Claude est attentive à l’état de son homme, c’est qu'elle veut pouvoir en profiter longtemps encore. Coucou Marie-Claude, je sais que tu me liras, je suis ravi de partager ces moments de lecture avec toi. Au plaisir de se retrouver, ici, sous les tropiques ou ailleurs, 55 ans après notre vie étudiante d’Aix-en-Provence.

Antony
J'ai sauté quelques étapes. Je relirai tout à tète reposée... J'ai une sortie vélo au bassin Boeuf programmée pour samedi 14 juin...

Françoise
Je constate que, toi aussi, le Perche te demande des efforts : en 50 ans, les collines ne se sont érodées. A l'époque, les voix vertes n'existaient pas et nous devions composer avec la circulation automobile. Pas génial, comme souvenir. Question gastronomie, tu es plus gâté que je ne l'étais, que du vite-fait sur le petit camping gaz. Un bon steak comme le tien ne m'aurait pas déplu. Mais un autre âge, une autre époque, une autre mentalité. Courage pour la suite. Plein de bises.


Etape 10 - Vendredi 30 mai - de Vichères à Mignières - 52 km

Finalement, hier soir, le dîner, assuré seulement pour un couple et pour moi, fut excellent, avec un choix bien suffisant de plats possibles. C’est une cuisine que je n’avais pas encore testée, celle d’une auberge de campagne. Je me suis régalé avec d’abord un camembert en croûte servi sur une salade composée, puis un magret de canard, commandé et obtenu saignant, servi avec une poire confite au miel et des pommes de terre grenailles. Avec une demi-bouteille de Saumur-Champigny et sans digestif car, à 20 heures, c’est la fermeture !

S’en suivra une bonne nuit, enfin ! Je devais sans doute être un peu fatigué, même si je ne le ressens pas vraiment. Et ce matin, départ tardif, après un petit-déjeuner servi seulement à 8 heures, pour une journée de transition entre les dernières collines du Perche et la plaine de la Beauce, entre aussi fraîcheur le matin et chaleur l’après-midi, le tout sous un ciel bleu permanent.

Pendant la première heure, il me faut d’abord inventer un itinéraire pour rejoindre la Véloscénie. Je choisis au début de rester sur la départementale passant devant l’auberge car elle semble peu fréquentée. J’y resterai sur deux longues lignes droites présentant des bosses successives, pas très marquées mais rapprochées, propices à un bon échauffement ! Il y a en fait quand même un peu de circulation, dont des camions, et, après 7 kilomètres, je juge plus prudent, et surtout plus agréable, d’en finir.

J’emprunte une petite route sinueuse et vallonnée qui dessert par de petites impasses perpendiculaires plusieurs hameaux isolés dont les noms me ravissent : la Gouhièrrerie, la Girauderie, la Bourdinière, les Clanchetteries, etc. Un joli lièvre sort des fourrés et joue son rôle en courant devant moi sur la route pendant quelques dizaines de mètres. Et je rejoins le tracé de la Véloscénie à La Croix-du-Perche, petit village avec son église Saint-Martin typiquement accolée à une place avec monument aux morts et marronniers.

Après une pause, café-crème aujourd’hui, à Frazé, j’affronte les dernières petites difficultés du Perche. Comme hier, des collines se font apercevoir dans le paysage et tentent de m’impressionner, mais elles ne sont pas si redoutables : le plus souvent, la route les contourne gentiment. En revanche, les vallées sont sournoises : à hauteur d’homme assis sur un vélo, elles sont imperceptibles de loin. Ce n’est qu’au dernier moment qu’elles se découvrent, plus ou moins profondes, pour nous inviter à une gentille descente suivie d’une méchante montée !

Cela dit, elles sont parcourues par de jolies petites rivières aux noms eux aussi charmants et/ou insolites : la Foussarde, la Thironne, la Reuse. Et aujourd’hui, tout est sublimé par le soleil, les bords de ces rivières mais aussi les arbres des forêts, les monuments des villages, les fleurs des bordures, les derniers prés à vaches, les premiers grands champs de céréales.

J’arrive à Illiers-Combray pour midi. À peine le temps de faire un tour dans le parc et d’apercevoir le château, je suis alpagué par un certain Marcel qui me poursuivra partout dans la ville, voudra me faire visiter son musée et m’accompagnera jusque dans la salle du petit restaurant traditionnel où je m’installe pour un déjeuner bien mérité : une assiette fraîcheur avec jambon sec et délicieux melon, une andouillette avec purée et petits légumes. Marcel se manifestera à nouveau au moment du « café douceur » qui est accompagné de sa madeleine.

Cet après-midi, changement radical de paysages. Les gros céréaliers ne sont peut-être pas responsables de l’arasement des collines et du comblement des vallées, mais ce sont bien leurs aïeux qui ont abattu les forêts pour ne laisser subsister que quelques petits bois aux abords de leurs fermes. Je roule donc à plat avec à gauche comme à droite des champs à perte de vue, et en ligne de mire le prochain petit village qui se révélera sans aucun charme.

Bref, ce parcours beauceron pour passer de la vallée du Loir à celle de l’Eure ne m’a pas enchanté ! Le pédalage est cependant facile et le soleil resplendissant. Pour la première fois, j’enclenche le plus grand développement de mon vélo et tombe la polaire. Une distraction est de saluer d’un signe ou d’un bonjour les nombreux cyclistes que je ne fais que croiser puisque la Véloscénie est pratiquée essentiellement dans le sens contraire du mien. Contrairement à d’autres grandes véloroutes, ce sont surtout des Français, en couple souvent, sinon en solo, en famille ou en groupe.

Je suis ce soir en chambre et table d’hôtes dans une aile privée d’une grosse ferme située à 5 kilomètres au sud de Chartres, ville que je traverserai demain matin avant de commencer à remonter vers le nord en descendant la vallée de l’Eure !


La trace du jour




Mon auberge d’hier






Plan d’eau alimenté par la Foussarde


Dernières vaches ?


Place de l’église à La Croix-du-Perche


Passage en forêt
 

Un beau chêne


Entre orge et blé


Le Loir à Illiers-Combray


Avec Marcel au restaurant !


Andouillette, purée et petits légumes


L’église d’Illiers-Combray


Seul lieu de pause pour l’après-midi



Cheval à la ferme ce soir


Commentaires

Jean-Claude
Je suis désolé, j'ai un jour de retard dans mon feuilleton vélocipédique et néanmoins amical, et la charade que certains attendaient ne tombe plus tout à fait à propos :
- mon premier est un oiseau ;
- mon 2ème, c'est ce que disait un écrivain français à son père, qui était également écrivain, quand il voulait que celui-ci apprenne à leurs serviteurs à lire l'heure à travers le trou d'une serrure ;
- mon tout, c'est ce que dit quelqu'un qui vient de perdre un certain objet dans une sous-préfecture d'Eure et Loir où notre ami Marc a fait une halte.
Vous n'aurez la réponse qu'une prochaine fois !!!

Françoise
Bravo, tu as été un champion qui a vaincu le Perche. Demain, la monotonie de la Beauce risque d’être une autre épreuve, attention à ne pas t'endormir sur ta bécane !!! Vivement la vallée de l'Eure et sa douceur pour ton plaisir. Marcel veillera,  mais peut-être pas le même. Entre Pagnol, Corneille ou Conan Doyle, tu risques de faire de belles rencontres...

Jacques
Au ton de la plume et ensuite en images, le soleil est bien là. 
Il faut de tout pour faire un monde, mais c’est tellement plus agréable de le vivre au soleil.
Je retiendrais de bonnes tables, autres découvertes du parcours, cela donne envie d’être de la partie. Plus monotone ton après-midi, environnement céréalier oblige.
Reste à te souhaiter une aussi bonne nuit que la précédente. 

Patrice
Toujours aussi beau et sans doute beaucoup plus agréable avec le soleil. Petite question : tu mets la trace en pause pendant tes arrêts ? ( Service d'évaluation de la performance ).


Etape 11 - Samedi 31 mai - de Mignières à Dreux - 74 km

Hier soir, dîner convivial en compagnie de deux couples. L’un vient du Jura en voiture et fait une pause ici avant de se rendre à Bayeux pour une visite de plusieurs jours des plages du débarquement. Pour l’autre, il s’agit de cyclistes occasionnels et électrisés qui font un petit tronçon de la Véloscénie depuis leur banlieue parisienne jusqu’à Nogent-le-Rotrou où ils ont de la famille. Notre hôtesse mange à table avec nous, ce qui devrait être la règle mais devient rare. Elle nous a préparé une tarte aux asperges et un rôti de porc et son mari une mousse au chocolat : un bon repas de famille.

Ce matin, petit-déjeuner avec les Jurassiens, les pseudo-cyclistes faisant la grasse matinée. Je comprends qu’il était déjà inespéré d’avoir bénéficié hier de toute une journée sous le soleil, et démarre stoïquement sous la pluie ! Je mettrai plus d’une heure à rejoindre Chartres suite à plusieurs erreurs de parcours. C’est que je dois trouver des abris pour consulter mon smartphone qui d’ailleurs ne me reconnaît plus !

Autour de Chartres, l’Eure se divise en plusieurs bras encadrant des étangs, et ce serait sans doute charmant si je voyais autre chose que des gouttes sur des lunettes. Je quitte les bords de la rivière pour monter vers le centre-ville par une très raide voie piétonne revêtue de pavés glissants et me réfugie sous la halle du « marché aux légumes ». On n’y trouve effectivement presque que des légumes, d’ailleurs très beaux, mais j’y dénicherai quand même des cerises du Gard. Je m’en achète une douzaine, ce qui surprendra le marchand, pour presque 2 euros. Déception à la dégustation immédiate : elles sont belles, grosses et juteuses, mais fades en goût.

Je me rends ensuite au pied de la cathédrale et là, sans aucune prière de ma part, la pluie cesse ! Je peux faire une photo du monument pour envoyer à belle-maman, avant de redescendre avec une extrême prudence en raison des pavés mouillés. Et j’entreprends ma descente de l’Eure qui devrait me prendre 3 jours.

Jusqu’à Maintenon, c’est un itinéraire que j’ai déjà parcouru, en sens inverse, lors de mon périple « Paris-La Flèche-Paris à vélo » (article toujours sur mon blog !). Ce tronçon, qui fait encore partie de la Véloscénie, est toujours aussi charmant avec plusieurs passages en voie verte au plus près de la rivière. À Maintenon, mon idée était de m’acheter de quoi pique-niquer plus loin, mais la pluie reprend et je file au restaurant.

Une simple salade chèvre-miel, un demi et un tiramisu plus tard, la pluie a de nouveau cessé et le ciel va maintenant se dégager progressivement, le soleil se montrer, la chaleur augmenter jusqu’à l’orage de ce soir qui arrive alors que j’écris cet article à l’abri au bar jouxtant mon hôtel en centre-ville de Dreux !

Avant cela, mon parcours de l’après-midi sera un peu long, mais facile et paisible. Je quitte définitivement la Véloscénie pour m’engager sur une véloroute beaucoup moins connue et nommée « Vallée de l’Eure à vélo ». Il faut que j’apprenne à distinguer son logo qui, dessiné sans doute par un grand artiste, est très peu lisible ! Et je découvre avec déplaisir que cette véloroute est aussi un chemin de Compostelle, les deux logos étant accolés. Je ferme un œil pour ne voir que le bon, mais ça ne marche pas !

L’Eure me semble, à chacune de mes traversées, un cours d’eau à l’eau vive et claire, mais plutôt sage. Cependant, il parait que ses crues sont assez fréquentes et inondent largement sa vallée. C’est pourquoi les villages ont été construits à distance de son lit. Et c’est donc aussi le cas de la route qui les relie et qui présente ainsi un peu de vallonnement.

Au cœur de ces petits villages, l’habitat est ancien et disparate. À leur périphérie, on trouve au contraire quelques villas modernes avec cour arborée, gazonnée et fleurie. Entre les villages, c’est une campagne céréalière, mais les parcelles sont petites, délimitées par des bois préservés. La vallée est assez large, mais ses versants boisés sont à portée de vue. Sous le soleil, je me régale de la blondeur des champs de blé dans le paysage.

Je ne ferai qu’une courte pause-Perrier à Nogent-le-Roi et une autre au Plan d’eau de Mézière pour photographier des canards pour Élise. Les abords de ce joli plan d’eau artificiel, provenant d’une ancienne carrière, constituent une grande aire de pique-nique très fréquentée en ce samedi après-midi. Des gens me disent qu’il n’est pas tombé une goutte ici aujourd’hui, mais ils s’apprêtent à quitter les lieux car ils sentent venir l’orage.

Je ne traîne donc pas. Je quitte bientôt la vallée pour rejoindre Dreux sur les hauteurs au prix d’un bel effort. J’aurai le temps de m’installer, de me doucher et de faire ma lessive avant l’orage annoncé.


La trace du jour



La halle du marché aux légumes 





La cathédrale 


Le château de Maintenon


La salade chèvre-miel



À Nogent-le-Roi





Panneau avec les deux logos 


Le logo de La vallée de l’Eure à vélo


Blondeur des blés au soleil 


Le plan d’eau de Mézière




L’aire de pique-nique 


Commentaires

Daniel et Guilaine
J’ai pris du retard dans ma lecture et j’ai découvert ce soir les trois derniers chapitres de ton vélo-roman. Je redécouvre chaque année, à l’occasion de tes parcours, une France qui ne se voit ni en train, ni en voiture. Lièvres, lapins écureuils, faons… Des humains qui se font rares, sinon Vieux et des plus jeunes mais de passage. Le tout dans un décor somptueux. La belle France profonde serait-elle dépeuplée ? Chut ! Voilà qui va nourrir des idées… creuses.
Merci Marc de nous faire si bien partager la beauté de ces paysages que tu traverses. Courage pour les épines /peines de vélo. 

Jacques
J’étais persuadé que tu profiterais d’une nouvelle journée de soleil. Cela n’a été que très partiellement le cas. Avec tes photos, toujours bien choisies et réussies, on pourrait être trompé. De beaux étals, juste pour se rincer l’œil, mais un déjeuner somme toute original.
La cathédrale ne m’est pas inconnue, mais quelques découvertes, et une image que j’aime beaucoup : la maison à colombage avec la réverbération sur la rivière, qui fait penser à un moulin.
Bonne continuation, même si la météo nationale ne semble pas te garantir des journées bien ensoleillées, plutôt le contraire et peut-être avec fraîcheur.
Pour l’heure, pénible la chaleur dans le Sud, 34° à l’ombre sur la terrasse. Difficile d’œuvrer au jardin, sauf à trouver un brin d’ombre. J’attends avec impatience la journée de pluie annoncée pour lundi, car elle se faisait rare. Mais, je ne suis pas à vélo !!!

Alain H.
Le pèlerin de compostelle (9 fois!) et le cycliste électrisé (?) que je suis te pardonne tes allusions acrimoniaques et te pardonne, mon fils !
Ouais... "acrimonieux", ça devrait suffire ! J'en perds mon français. Au plaisir (sincère) de te lire...

Françoise
Te voilà arriver à Dreux, ville de naissance de ma belle mère et donc destination estivale traditionnelle, départ de mon unique périple cycliste de Dreux à St-Malo. Mézière n'était qu'une carrière à l'époque. J'aurais apprécié cette distraction possible avec les enfants car, il n'y avait pas grand chose à faire pour les distraire en dehors du jardin entouré de grands murs, habitat traditionnel à l'époque et le site était interdit au public.
Tes photos sont toujours aussi bien choisies pour nous permettre de t'accompagner par la pensée. La vallée de l'Eure sera plus romantique que les grands champs de céréales. Profite bien de ses senteurs. A demain, plein de bises.


Etape 12 - Dimanche 1er juin - de Dreux à Autheuil-Authouillet - 59 km

Hier soir, l’orage passé, je dîne rapidement d’une andouillette-frites et d’une pana-cota. J’hésite à rester au bar pour suivre la finale de la Coupe des champions entre le PSG et l’Inter de Milan, mais l’ambiance est déjà surchauffée et je préfère remonter en chambre. Et je ne le vivrai pas seul, ce match exceptionnel, grâce à Nath et nos nombreux échanges de sms. Difficile de dormir immédiatement après ça, d’autant que les concerts de klaxons dans la ville dureront un bon moment.

Ce matin, départ dans la grisaille et sans petit-déjeuner servi seulement à 8 heures à l’hôtel le dimanche. Seuls s’activent un peu deux agents d’entretien qui ne manqueront pas de travail avec les détritus laissés par les agapes de la nuit. Je monte sur un plateau dominant la ville, traverse zones industrielles et commerciales, et redescend en flèche, à travers bois et sur route déserte, dans la vallée de l’Eure. À Saint-Georges-Motel, je me paye la formule café-croissant à la boulangerie et retrouve le fléchage de ma véloroute.

Sur une vingtaine de kilomètres jusqu’à Garennes-sur-Eure, c’est en fait une voie verte bien tranquille, seulement interrompue lors de la traversée des villages. Ce tronçon est assez fréquenté en ce dimanche matin par des joggeurs et des promeneurs de chiens, plutôt masculins pour les premiers, féminins pour les seconds. J’y verrai aussi une pratiquante de la marche nordique, mais aucun cycliste ! Je pense qu’ils préfèrent emprunter la route en raison des chicanes implantées à chaque croisement et tellement resserrées qu’elles obligent à mettre pieds à terre.

À part ce désagrément, le parcours est facile et agréable. Comme hier, de petits champs me séparent du versant gauche de la vallée, et certains sont aujourd’hui joliment parsemés de coquelicots. Au niveau des villages, ils sont remplacés par quelques belles demeures qui ne sont pas faciles à photographier car protégées par des clôtures ou des haies. Il y a aussi de beaux arbres tels que cèdres ou saules pleureurs et quelques fermes où je peux apercevoir poules, oies, faisans et même un paon qui a la gentillesse de faire la roue.

La suite du parcours va s’effectuer sur routes à partager avec les voitures, petites et avec très peu de circulation pour la plupart. Sur les un peu plus importantes, des panneaux sont présents en grand nombre pour inviter automobilistes et cyclistes à ce partage, mais ils représentent curieusement une voiture et un vélo presque collés l’un à l’autre. On est loin de l’écart d’un mètre cinquante habituellement recommandé. Heureusement, cet écart est largement respecté par les conducteurs qui ne regardent en général que distraitement les panneaux !

À Ezy-sur-Eure, une brocante se tient dans un grand champ. J’en fais un tour rapide, étonné par la diversité des objets présentés. À Ivry-la-Bataille, je n’oublie pas de m’acheter à manger pour ce soir : un mélange de graines pour l’apéro, une terrine de pâté au chevreuil et des Tucs pour le plat principal, et des gourdes de compotes de pommes pour le dessert !

À Pacy-sur-Eure, je fais ma pause-déjeuner dans une brasserie où, en terrasse, la bière coule encore à flots pour fêter bruyamment la victoire du PSG. Ceux qui souhaitent manger doivent se réfugier à l’intérieur. Je me contente d’une bière, d’un  tartare de bœuf et d’un petit café gourmand. Et puis je vais fumer mon cigarillo du dimanche sur un banc de la place du village sous un marronnier.

Cet après-midi, je continue mon pédalage avec le même plaisir. Je vois encore de belles bâtisses, d’anciens lavoirs ou moulins, avec des efforts de fleurissement effectués par les communes ou les particuliers. Les traversées de l’Eure ou de ses bras ont chacune leur charme. Je fais une dernière pause-Perrier au site des Trois Étangs qui, lui, n’est pas extraordinaire, malgré la présence de beaux chevaux aux abords.

Je suis ce soir dans un petit village sans commerces ni restaurants dans un studio loué via Booking à un particulier. C’est correct, mais la télé est en panne. Et je n’ai pas de wifi, donc il sera sans doute assez long de charger des photos sur mon blog. Avant de m’y mettre, je vais déguster mon délicieux dîner !


La trace du jour 


Le beffroi de Dreux 


Un bras de l’Eure



Future voie verte ?


Ancien commerce




Chicane trop serrée 


Saule pleureur


Cèdre 


L’Eure à Ezi-sur-Eure


Avec les fleurs pour l’enterrement !


La brocante 


Le steak tartare 


Une ferme 


Ancien lavoir 


Ancien moulin 



L’Eure à Autheuil-Authouillet



Mon dîner du soir 


Commentaires

Jacques
Les chemins de traverse pas toujours les plus courts ont souvent le mérite d’offrir à ceux qui s’y collent de belles images. Toujours un plaisir de les découvrir. Je retiendrais entre autre le majestueux Saule Pleureur, ce qui ne m’à pas empêcher de m’attarder sur d’autres, tu sais ma passion pour l’image.
J’ai le triste souvenir du fameux Kebab, le meilleur de Sedan, que je t’avais suggérer, mais je me dis qu’il était plus gustatif que certains repas auxquels tu as parfois recours. Ah ! l’aléas des longs parcours, où il faut concilier bien des contraintes et que tu gères avec brio.
Encore du soleil, tes images en témoignent, et cela devrait être de mise les deux jours prochains, alors profite-en bien. Sûrement quelques fraîcheurs matinales, mais, doté de ta petite polaire tout terrain et de la dynamique musculaire, tu devrais t’en sortir.
Pour le match, je ne suis pas un grand fouteux, mais sincèrement j’ai passé un bon moment, un jeu d’équipe remarquable bien loin des stars qui ont défilé au PSG. Un match à montrer dans les écoles. Dommage que tu n’ais pas pu en profiter, même si cela t’a procuré un moment de complicité familial avec Nath.
La pluie annoncée me rend visite à l’instant même, elle frappe aux carreaux, avec quelques rumeurs dans le ciel. Bon repos...

Françoise
Merci pour le beffroi de Dreux, quel changement depuis que je n'y suis plus allée. Cette place était un parking et la ville semblait dans un grand déclin. Quant à ton ancien commerce, c'est exactement le style de la maison de mon ex famille. Souvenirs, souvenirs. Comment fais-tu pour te contenter d'un repas si frugal après une journée de sport, même si tes efforts ont été moins intenses que les jours passés. J'espère pour toi que demain sera plus propice aux agapes. Profite bien de la douceur de l'(H)Eure. A demain . Plein de bises.

Jacques
Petit complément pour te dire que j’ai aimé la composition de l’image du corps de ferme. On dirait une scène de vie d’hier, avec des animaux d’hier. Sur grand écran ce serait encore plus sympa, pour apprécier les détails.
Je ne connaissais pas l’Eure, et moulin, lavoir, maisons en bord de rive sont bien agréables à découvrir, merci.
Bonne journée.

Chantal
C’est toujours un vrai bonheur de te lire. La France est particulièrement belle et fleurie en cette période, tu choisis vraiment bien la saison pour tes périples.

Anonyme
Coucou,
As tu vu des sentiers de randos au bord de l'eau ? Sur une photo, j'ai remarqué un ptit bout de sentier, le paysage est chouette, et donne envie d'organiser des randos. 
Bonne continuation... Quel courage ! Bravo!


Etape 13 - Lundi 3 juin - de Autheuil-Authouillet à Bardouville - 72 km

Nuit agitée comme d’habitude et réveil matinal pour un départ avant 7 heures, le ventre vide. La température est fraîche et le ciel est nuageux, mais cela va aller en s’améliorant au fil se la journée avec des éclaircies de plus en plus franches jusqu’à une fin d’après-midi ensoleillée.

Sur les vingt premiers kilomètres, l’itinéraire emprunte toujours de petites routes très tranquilles. Je suis sur la route de Louviers, mais ne rencontre pas le cantonnier qui cassait des cailloux. Pas de trace non plus de la belle dame. Je ne retrouve pas toutes paroles de cette chanson d’antan et la fin de l’histoire m’échappe !

Je me régale comme hier de ce que la nature m’offre : les grands arbres, les petits champs, les bras de l’Eure et les nombreux étangs. Ces derniers sont souvent privés, mais bon nombre sont dédiés à la pêche et les abord des plus grands sont aménagés comme lieu de promenade ou de pique-nique avec cependant beaucoup d’interdictions : pas de baignade, de navigation, de barbecue, de camping, etc.

Je fais à Louviers une courte pause pour me payer enfin un pain au chocolat et un café-crème. C’est ici que se termine la véloroute de la vallée de l’Eure qui s’unit maintenant à celle de la Seine, bien avant cependant que les deux cours d’eau s’unissent à leur tour. J’ai adoré ces deux jours dans ce que j’aurais envie d’appeler « Ma verte vallée » si je ne craignais pas d’être accusé de plagiat par une romancière.

Nous ne sommes plus très loin de l’agglomération rouennaise et le réseau routier devient très dense avec notamment la Nationale 154 et l’autoroute A13. Heureusement a été créée la Voie Verte Seine-Eure qui permet de relier Louviers à Elbeuf en sécurité mais en doublant quasiment la distance à parcourir. Cette voie a été conçue au mieux en longeant les routes à forte circulation ou en passant dessous, mais bien sûr cet environnement n’est pas très agréable, ni pour la vue ni pour l’ouïe !

Cependant, des passages au bord de l’Eure, avant son union avec la Seine, sont encore très plaisants. Deux jolis cygnes se laissent aller au fil de l’eau et je dois prendre de l’avance sur eux pour les photographier à leur passage. En fait, l’Eure et la Seine coulent longtemps proches l’une de l’autre, chacune dans leur lit, comme hésitantes avant le mariage ! Je m’arrête à la confluence qui n’est pas signalée et difficile à apercevoir.

À Elbeuf, je ma paye la formule du midi dans un petit restaurant sympathique fréquenté par des habitués. On repère les deux veuves qui papotent, les employés que la serveuse appelle « les garçons », la pimbêche qui mange sa salade et boit son Evian, et Jacques, un vieux monsieur qui picole un peu trop et qui se fait réprimander par la serveuse, raison pour laquelle je connais son prénom.

Cet après-midi, pour éviter de passer par Rouen, je vais couper un lacet de la Seine qui contourne une colline boisée qu’il me faudra donc traverser. Cela se fera par une petite départementale que j’avais repérée pour son profil assez doux. Et effectivement j’avalerai facilement les 3 kilomètres de montée, moins difficile que celle entre l’Etang-Salé-les-Bains et les Avirons ! En plus, la forêt de feuillus est belle et on a au sommet un large point de vue sur la vallée de la Seine avec toute sa diversité. Quant à la descente de 3 kilomètres de l’autre coté, c’est en roues libres.

À La Bouille, petit village avec de jolies maisons anciennes, je fais ma dernière pause dans un lieu sympathique qui fait à la fois bar, épicerie et bureau de poste. Je remplace mon Perrier des jours précédents par un verre de cidre local et artisanal que la patronne me recommande. Et je ne regrette pas ce choix car il est vraiment très bon.

Il ne me reste plus que quelques kilomètres à parcourir le long du fleuve sur ma nouvelle véloroute appelée « La Seine à vélo » dont le logo est aussi clair que le nom. De cossues demeures se montrent au pied du versant de la vallée qui prend par endroit l’aspect de falaises calcaires d’un bel effet. Et les cerises commencent à prendre des couleurs.

Je suis ce soir en soirée étape dans un hôtel, formule normalement réservée aux VRP. Mais je l’avais réservée par Internet et la réceptionniste n’a pas fait de difficultés. Je vais donc aller dîner avec ces messieurs…


La trace du jour



Départ matinal !














L’Eure juste avant la confluence avec la Seine


La confluence
 

Blanquette de veau


À Elbeuf


La Seine après Elbeuf


La montée dans la forêt


À La Bouille...




Nouveau logo





Commentaires

Jean-Claude et Maryvonne
Signalons qu'Yves Montand et Simone Signoret avaient une résidence à Auteuil-Autouillet, résidence protégée  par de hauts murs... Signalons aussi que notre fille est née à Louviers.
Marc, tu n'es pas passé très loin hier de Val David, à l'ouest de la vallée de l'Eure ; tu aurais pu faire un détour, au moins par politesse. Il y a un autre Val David, beaucoup plus loin, dans les Laurentides au Québec.
Ceci dit, c'est toujours un plaisir de te lire et de regarder tes photos. Bonne continuation !

Daniel
Bonsoir Marc
Sur la route de Louviers… (celle-ci existe donc dans la vraie vie), deux veuves qui papotent , une serveuse et ses «  garçons », une pimbêche et un Monsieur Jacques… Maintenant que nous connaissons les personnages, le conte peut commencer ! Tu pourrais stp y faire entrer des canards aussi beaux que sur les photos d’hier avec les ombres gracieuses d’encolures….

IZA
C'est toujours avec déception, presque avec colère, que je lis que tu pars presque toujours le ventre vide. Moi pour qui le petit déjeuner est l'essentiel des repas, je trouve ça inadmissible !
Merci pour les photos de coquelicots. Comme un p'tit coquelicot mon âme... Cet amour des coquelicots est un autre de nos points communs, le principal étant que j'admire, tout comme toi, une femme du prénom de Marie-Claude. Et je me pose une question, mon pote, tes circuits si bien rodés qu'ils semblent se faire tout seuls, ce serait pas un peu de la frime, comme au cinéma quand on tourne une scène ? Lol ! Je plaisante bien sûr ! Tout simplement je suis jalouse de la beauté de ce que tu traverses avant de revenir sur notre caillou. Courage et plaisir pour le reste et merci pour le rêve. Tendramicalement. Guy se joint à moi ! A demain.

Jacques
Bonjour Marc,
Non, je ne suis pas comme l’homme qui a semble-t-il un peu abusé de la bouteille hier midi ! Moi, j’apprécie de voir couler l’eau dans les belles images que tu sais capturer sur ton parcours.
Une région que je découvre avec des détails bien sympathiques et à nouveau sous le soleil.
Les kilomètres défilent, déjà 750, c’est dire que tu touches au but...
Tant mieux, car la météo nationale ne semble pas encourageante à partir de jeudi dans la zone que tu fréquentes. Tu n ́as pas pris le raccourci : c’est que tu t’es senti suffisamment alerte pour faire la grande boucle.
Bravo, beaucoup d’aléas,  j’espère que tes dernières nuits ne seront pas trop perturbées et que tu les commenceras avec de bons petits déjeuners, geste indispensable en ce qui me concerne. A +

Chantal
Un superbe soleil accompagne cette 13e étape, dans une région que je connais peu mais dont les demeures sont vraiment splendides.
Je rejoins l’avis général : partir le ventre vide, ce n’est jamais l’idéal.
Comme à chaque périple, je partage ta passion pour les coquelicots !

Françoise
Hier au soir j'attendais tes photos pour t'écrire et puis Charles Aznavour m'a occupé et je n'ai pas regardé ton reportage toujours aussi romantique. Elle est belle notre France. Grosses bises.


Etape 14 - Mardi 3 juin - de Bardouville à Sainte-Opportune-la-Mare - 65 km

Hier, après l’apéro avec Picon-bière pour tout le monde (le couple de propriétaires est d’origine alsacienne), on dîne tous ensemble sur une grande table haute. Le repas est simple, mais bon, et se termine par un verre de Calvados (ils se sont bien adaptés !). Les cinq autres convives travaillent dans l’industrie ou le bâtiment en tant qu’agents techniques ou commerciaux. Évidemment, nous ne sommes pas très en phase. Ils ont une perception très différente de la mienne du réseau routier et me donneront des conseils dont, heureusement, je ne tiendrai aucun compte !

Ce matin, au petit-déjeuner, je discute plus longuement avec l’un d’entre eux qui intervient en particulier dans la maintenance des usines sucrières du groupe Terreos. Que le sucre soit de canne ou de betterave, le problème est le même : les machines datent d’une cinquantaine d’années et tombent en panne en milieu de  campagne, alors même que le groupe investit au Brésil.

Le temps aujourd’hui va suivre une évolution inverse de celle des jours précédents : ciel bleu de grand matin, puis laiteux, puis de plus en plus nuageux. Avec une relative fraîcheur tenace due à un vent froid venant du nord qui va entrer au sud de la France en conflit avec des masses d’air chaudes et provoquer des orages dont le nord est pour le moment épargné.

Beaucoup de choses intéressantes et variées dans cette journée au cours de laquelle je prendrai deux fois un bac, de façon rapprochée, pour traverser la Seine afin d’éviter un passage où la route passe au-dessus des falaises. Ces bacs sont gratuits et fréquents. Et la traversée ne dure que 5 minutes. Ils permettent de pallier le manque de ponts.

Dans les parties basses de la vallée, zone humide, je pédale très plaisamment entre prés à vaches ou moutons, vergers de poiriers ou pommiers, cultures maraîchères. Les poires et pommes sont encore toutes petites, alors que, sur certains cerisiers dans les cours, les fruits sont mûrs. En bord de route, je trouve un petit étal sous un parasol avec des sachets contenant chacun un kilo de cerises. Il n’y a pas de vendeur : on doit se servir soi-même et glisser 5 euros dans la caisse. Mais je n’ai pas de monnaie !

Un autre attrait est la beauté des maisons traditionnelles à pans de bois et de leurs cours merveilleusement fleuries. Il n’est souvent pas simple de les photographier. Un panneau mal placé ou une voiture mal garée et le photographe doit renoncer ou se résoudre à un angle de prise de vue pas idéal.

À Arelaune-en-Seine, je décide de ne pas suivre complètement un méandre du fleuve et de raccourcir en montant sur le plateau. Ce n’est pas très difficile vu mon entraînement ! Et cela m’apportera une peu de diversité avec un passage entre champs de blé et de maïs et un autre en forêt. J’inscris un renard à mon tableau de chasse visuel.

Je rejoins ensuite le tracé de « La Seine à vélo » qui ne longe pas toujours le fleuve au plus près. Il s’élève un peu sur les coteaux et présente un certain vallonnement. On passe de localités en localités qui ont en commun de ne proposer aucun commerce. Je me résous, à Vieux Port, à me poser sur un banc en bord de Seine pour manger les restes de mon repas d’avant-hier soir.

Bientôt un couple de Suisses me rejoint alors que je cherche un hébergement pour ce soir. Nous commençons à converser et ils me disent qu’ils ont réservé dans une chambre d’hôte qui me conviendrait fort bien. Je contacte par téléphone la propriétaire qui me dit qu’elle a du se rendre à Rouen, car elle est malade, et qu’elle a annulé toutes ses réservations par mail.

Du coup j’apprends cette mauvaise nouvelle aux Suisses qui, âgées de 82 ans, sont complètement déconnectés. Heureusement, je vais pouvoir trouver une autre chambre d’hôtes disposant encore de deux chambres pour ce soir, mais ne faisant pas table d’hôtes. Et c’est ensemble que nous allons pédaler cet après-midi et faire nos courses pour le dîner.

Nous avons convenu de mettre nos achats en commun et de nous retrouver pour manger…


La trace du jour



Verger de poiriers
 

Petites poires
 

Le premier bac












Sur le second bac


Sur le plateau


Dans la forêt






Le bon panneau !


Mon site de pique-nique




Notre maison d’hôtes
 



Commentaires

Anonyme
N'ayant pas de monnaie, je suppose que tu as volé les cerises ! Sacré Marc !

Jacques
Pas de doute, tu as tout du VRP, pas étonnant que l’on t’ait naturellement accueilli. Mais toi, étant VRP de la promotion des territoires (tes lignes et images en témoignent) pas étonnants les dissonances avec les confrères ou plutôt compères du moment...
Journée riche en événements, pas le temps de s’ennuyer, avec une diversité de paysages sous le soleil, et voilà l’ami Marc qui choisi de se laisser paresseusement porter par les flots. Vélo musculaire ou électrique au même rythme et sans efforts !
Belle journée, sympathique rencontre qui gage d’une soirée originale... On en saura plus demain...

Françoise
Coucou, ce soir, je pense à toi et à nos rencontres régulières. Je suis avec de nouveaux amis, du même style question boissons et repas... Le rythme est tellement soutenu que j'envie le calme de tes petits chemins. Tes photos et ton récit m'ont apportés une parenthèse salutaire... Merci et bonne nuit. Grosses bises.


Etape 15 - Mercredi 4 juin - de Sainte-Opportune-la-Mare à Deauville - 59 km

Bon moment de partage hier soir avec le couple de Suisses, Méta et Antoine, et un couple de Belges qui passent toute la semaine ici en rayonnant dans les environs à vélos (avec assistance) ou en voiture selon la météo du jour. On se nourrit plutôt bien, en mettant en commun les achats de chacun, et notre hôtesse nous offre deux bouteilles de cidre.

Antoine est un cas. Ce matin, avant le petit-déjeuner, il est allé courir dans la campagne environnante pendant plus d’une heure ! Contrairement à Méta, il roule en vrai vélo, sans assistance, et à peine moins vite que moi comme j’ai pu en juger hier. Il me donne de l’espoir, celui d’être dans 8 ans dans une forme semblable à la sienne aujourd’hui !

Pour satisfaire aux injonctions répétées de mon ami Jacques, je me coltine sans envie le petit-déjeuner, avec pain et confitures, avant de partir pour cette nouvelle assez longue journée de pédalage. Le ciel est mi-nuageux et le restera avec des éclaircies dont il faudra profiter pour les photos. Méta me fait gentiment la bise en me remerciant de les avoir tiré de leur galère hier.

Ce matin, j’ai décidé de suivre scrupuleusement l’itinéraire de « La Seine à vélo ». Jusqu’à Berville-sur-Mer, mes yeux, tous deux désormais grands ouverts depuis la disparition des infâmes coquilles, se régalent de tout : des propriétés avec leurs maisons traditionnelles et leurs cours fleuries et arborées ; des prés avec leurs moutons, chevaux ou blanches Charolaises ; des forêts de feuillus avec leurs grands chênes ; des champs de lin bleutés dont les tiges dansent sous le vent.

Cependant, il faudra négocier deux belles côtes. La première, après la traversée tranquille du Marais Vernier, est en pente raisonnable mais fait 3 kilomètres. Je l’aborde à petite vitesse, puis augmente progressivement l’allure puisque mes cuisses, mon souffle et ma tête me l’autorisent. La seconde, après Foulbec, est au contraire courte mais très raide et je la terminerai péniblement en tirant des bords !

Ensuite, à Berville, on rejoint la rive gauche de la Seine et se présente une ligne droite de 4 kilomètres, avec en point de mire le Pont de Normandie. C’est plat et je pensais que ce serait facile, mais mon vieil ennemi a choisi ce moment pour se manifester vilainement en m’attaquant de face. Du coup, malgré mes efforts, le pont ne se rapprochait pas très vite.

J’ai quand même fini par l’atteindre et c’est vraiment un très bel ouvrage, le plus grand pont à haubans du monde ! Ses piliers sont imposants mais son tablier semble léger. On est étonné qu’il puisse supporter le cortège de voitures et de camions que l’on aperçoit. Je le photographie sous tous les angles avant de gagner le centre-ville de Honfleur par une belle voie verte toute récente.

Honfleur m’apparaît comme une belle ville. Je prends le temps de jeter un coup d’œil à son port et à pénétrer dans son cœur historique. Je tombe par hasard sur une place où se tient un petit marché avec un producteur d’huîtres qui propose des plateaux composés de 6 huîtres qu’il ouvre à la demande avec une incroyable dextérité. Je ne peux évidemment pas résister, de même qu’au verre de vin blanc qui va avec.

Et, après les maigres pique-niques d’hier, je me gâte aujourd’hui. Je me rends dans le restaurant que le couple de Belges m’avait conseillé et qui est situé dans une petite rue calme à l’abri de la foule qui s’entasse autour du port. Je me paye des moules marinières-frites, avec un deuxième verre de vin blanc, et une mousse au chocolat.

Cet après-midi, je vais emprunter un itinéraire, que j’avais étudié à l’avance, permettant d’éviter à la fois d’emprunter la départementale longeant la Côte de Grâce (jolie mais trop fréquentée) et le long détour passant par Pont-L’Evèque que propose la Vélomaritime. Son seul défaut sera le raidillon à fort pourcentage pour s’extraire de Honfleur que je terminerai à nouveau en tirant des bords !

Sinonsa, cette option permet d’abord d’accéder à deux beaux points de vue successifs, sur l’estuaire de la Seine avec au loin les installations portuaires du Havre, puis sur la ville de Honfleur. Après cela, on est tour à tour sur des plateaux cultivés et en forêt, avec un vallonnement raisonnable. Il reste ensuite à négocier prudemment une longue descente vers Deauville dont on atteint pour finir le centre-ville par une voie verte entre plateaux sportifs et petits immeubles.

Je ne manque pas, avant de gagner mon hôtel du soir, de faire un tour dans la ville à laquelle je trouve un air suranné avec ses demeures datant de la fin de l’avant-dernier siècle. Je me rends bien sûr jusqu’aux célèbres planches avec d’un côté les cabines aux noms de toutes les célébrités d’après-guerre et de l’autre la plage aujourd’hui seulement occupée par des parasols en berne.

Je suis bien installé dans une chambre petite, mais agréable. Je vais ressortir à pieds pour aller dîner. Et, comme d’habitude, les photos, une fois triées et recadrées pour certaines, seront ajoutées plus tard dans la nuit…


La trace du jour









Pommiers


Les Charolaises à l’attaque ! 

Deux chevaux se font des bisous


Entre lin et orge


Le Pont de Normandie...





Le port de Honfleur


À Honfleur...
 






Point de vue sur l’estuaire et Le Havre


Point de vue sur l’estuaire et le pont


Point de vue sur Honfleur


À Deauville...
 

Le casino


Les Planches




Les parasols en berne


Commentaires

Jean-Claude
La solution de la charade :
Mon premier est un oiseau : geai
Mon deuxième, c'est ce que disait un écrivain français à son père, qui était également écrivain, quand il voulait que celui-ci apprenne à leurs serviteurs à lire l'heure à travers le trou d'une serrure :
Il s'agit d'Alexandre Dumas fils qui s'adressait à Alexandre Dumas père :
"Père Dumas, montre à nos gens l'heure au trou"
Et mon tout, c'est ce que n'a pas dit Marc dans une sous-préfecture d'Eure et Loir, car il fait attention à ses affaires :
"J'ai perdu ma montre à Nogent-le-Rotrou".

Françoise
Pendant que je m'inclinais aujourd'hui devant le mémorial de Charles De Gaulle, à Colombey les deux églises, toi, tu es sur le point de terminer ta boucle. Je suis toujours aussi heureuse de voir que ta condition physique est toujours au top, ton œil photographique aussi pointu et ton talent de conteur aussi subtil et élégant. Comment te dire, simplement et du fond du cœur, merci. Bonne nuit réparatrice et à demain encore. Grosses bises.

Jacques
Bonjour Marc,
Sûrement déjà sur ta monture.
Fausse manœuvre hier soir, et j’ai perdu le message que j’écrivais...
Et oui, je m’inquiétais de la météo d’aujourd'hui après la journée clémente d’hier, mise en valeur par les photos prises sous le soleil. 
Beaucoup de souvenirs que tu as réveillés au-delà du partage de ta soirée d’avant hier que j’avais supputée sympathique. Ta maîtrise des outils numériques et ton intelligence réactive t’ont permis de recevoir de chaleureux remerciements couronnés d’une bise de circonstance. 
Il y une trentaine d’années j’ai passé quelques jours par là. Pas comme toi, si près de la nature. Je venais de quitter ma vieille "2 pattes" ou "deudeuche" pour une XM, et j’ai pu confortablement découvrir la côte de Honfleur à Deauville, et ses à côtés. 
Revoir "les Planches", le Casino, m’a fait revivre des moments un peu exceptionnels puisque j’ai passé quelques jours à l’hôtel Barrière de Deauville et son Palais des congrès dans le cadre de journées nationales des Présidents et Directeurs de CAF. Je passe les détails pour ne pas paraître immodeste, mais une carrière professionnelle bien investie réserve parfois des moments dont on garde des souvenirs inoubliables.
Merci Marc pour tous ses souvenirs ravivés, et toutes ces images qui défilent comme un retour sur une partie de vie.
Comme toujours de belles images, qui accompagnent un texte qui donnent envie d’en observer les détails.
Au-delà d’un temps maussade, sûrement mouillé, tu retrouveras sûrement ton compagnon détesté, ce vent qui devrait souffler. Bon courage. 


Etape 16 - Jeudi 5 juin - de Deauville à Caen - 53 km

Hier soir, curieusement, je n’ai pas très faim. Alors je décide de privilégier la qualité. Dans un bon restaurant, je dîne uniquement d’une entrée et d’un dessert, mais ce sera deux tranches de foie gras de canard avec une coupe de Champagne et une tarte normande avec un verre de Calvados ! Et puis retour en chambre car mon « travail » du jour n’est pas terminé : installation des photos sur mon blog tout en regardant vaguement Top Chef à la télé.

Ce matin au réveil, je passe de M6 à France 2 pour regarder Télé Matin et j’apprends que de la pluie est prévue pour cet après-midi. Je décide donc de me hâter, j’expédie rapidement le petit-déjeuner, et démarre sous un ciel très couvert avec l’idée de rouler le plus possible sur la matinée. Mais en fait je serai au final plus gêné par le vent que par la pluie.

Entre Deauville et Blonville-sur-mer, je me passe du détour passant par le Mont Canisy proposé par la Vélomaritime en pensant que, comme hier, les points de vue ne seraient pas extraordinaires avec cette grisaille générale. En revanche, au niveau de Villers-sur-Mer, il n’est plus possible de longer la côte et je dois me résoudre à grimper, ce qui se fera difficilement et même avec une mise de pieds à terre sur une cinquantaine de mètres en fin de côte.

Je rejoins bientôt l’itinéraire officiel qui va se révéler assez compliqué à suivre. Plusieurs modifications ont été apportées au tracé par rapport à celui que j’avais enregistré. Et la signalétique nouvelle n’est pas partout assurée. Je ferai deux petites erreurs de parcours, une boucle dans les marais et un aller-retour vers une plage dont le seul occupant est un tronc d’arbre.

À Houlgate, comme dans les autres stations traversées aujourd’hui qui d’ailleurs se ressemblent toutes, je parcours sur mon vélo, mais au ralenti, la promenade de bord de mer strictement réservée aux piétons. La plage est déserte, mais j’aperçois en mer des sortes de scaphandriers. Intrigué, je dépose mon vélo et m’approche jusqu’à finalement mettre les pieds dans l’eau qui est bien fraîche : pas question de me baigner vraiment, d’autant qu’il y a du vent. Quant aux scaphandriers, ce sont en fait des membres d’un club d’aquagym que je verrai sortir de l’eau avec leurs combinaisons bien protectrices.

Après Houlgate, finies les difficultés liées au relief. Jusqu’à Caen, la Vélomaritime longe la mer, puis l’estuaire de l’Orne. C’est au port de Cabourg que je ressens quelques gouttes de pluie. Je m’équipe en conséquence ainsi que mon vélo, mais le seul épisode de vraie pluie se passera pendant ma pause dans un restaurant de Franceville !

Une très bonne pioche ce restaurant nommé l’Atrium. C’est du genre semi-gastronomique avec des plats peu copieux, mais très jolis au visuel et délicieux au goût. Je me régale vraiment avec un menu complet : une assiette de bulots mais extraits de leur coquille et avec une sauce à l’encre de sèche, le retour de pêche présentant le poisson en deux façons avec une sauce vanillée, et un biscuit avec sa boule de glace caramel. Des plats à la Top Chef dégustés avec seulement un seul verre de Cheverny.

Mais j’ai encore une vingtaine de kilomètres à parcourir ! Je fais d’abord un petit détour pour voir l’embouchure de l’Orne sans grande satisfaction, puis aborde une zone de marais bien plus séduisante. Un poste d’observation, dont malheureusement seul le premier niveau est accessible, offre une jolie vue sur ce paysage typique. Un monsieur équipé d’une longue vue est déçu car on ne voit aucun oiseau autre que des cormorans en ce moment, mais, moi, je me satisfais bien des moutons !

Il ne me reste plus qu’à remonter l’Orne, puis le Canal de l’Orne à la Mer. Je pensais que ce serait facile, mais c’était sans compter le renforcement de mon ennemi qui me défie presque de face. Il me faudra faire des efforts jusqu’au bout ! Après la traversée du Pégasus Bridge, ma boucle est bouclée et j’aurais bien fait une pause pour fêter ça en buvant un coup. Mais le lieu est bondé en cette veille de 6 juin et il n’y a plus une place de disponible aux différents bars !

Ce n’est donc qu’à mon arrivée à Caen, après avoir parcouru à l’envers le trajet par lequel mon périple avait commencé sous la pluie, que je pourrai me payer un chocolat chaud, et non une bière en raison de la fraîcheur accentuée par le vent. Je gagne ensuite mon hôtel du soir, en centre-ville, où j’écris cet article avant de ressortir faire un tour en ville et dîner.

Il me restera encore, demain si possible, à dresser mon habituel bilan de ce périple normand.


La trace du jour



À Blonville, côté terre


Côté plage


Vue sur Villers-sur-Mer et, à l’arrière plan, sur Le Havre et le Cap de la Hève


Un grand hôtel suranné !



À Houlgate


Les pieds dans l’eau !



Sortie d’eau du club d’aquagym 


Le port de Cabourg




À l’embouchure de l’Orne


Le poste d’observation


La vue sur les marais


Le long de l’Orne


Depuis le Pégasus Bridge


Commentaires

Marie-Claude
Bravo Marc pour ton endurance et pour ton audace. Merci pour ton journal qui m a fait découvrir la Normandie avec toi. Ma tendresse du jour va à la belle photo de tes souliers solitaires guettant les vagues. Et à ton vélo solitaire lui aussi, noire monture coiffée de son lumineux protège pluie. Merci au fidèle serviteur qui a accompagné ta route. Bon repos asteur. 

Colette
Rassurée et heureuse pour toi, la boucle est faite sans encombre. Bravo Marc pour tous ces km parcourus, ces efforts constants, ta capacité d'adaptation... Merci pour ce partage quotidien et la découverte d'une région que je ne connaissais pas du tout. Ce soir je me suis laissée tenter par des bulots... excellents! A bientôt ! 

Françoise
Houlgate, une image de mon enfance où, pendant un voyage scolaire, j'ai découvert le cidre... Un litre à moi toute seule, je te laisse imaginer les conséquences. Ton périple m'aura remémoré des instants de mon passé. Il m'a permis de superposer tes photos avec les clichés de ma mémoire. Il m'aura permis de me sentir plus près de toi que lorsque je pense à vous, si loin là bas sur votre île. Et surtout, il m'a montré un Marc toujours à la hauteur de ses projets. Comme chaque année tes RDV du soir vont me manquer. Bonne nuit en attendant ton écrit demain. Grosses bises.

Jacques
Et voilà la boucle bouclée...
Ravi de t’avoir suivi, et toujours en admiration à la fois pour ton challenge sur la durée, ta capacité à vivre les événements comme ils se présentent et de nous faire partager tes découvertes, tes émotions, tes rencontres, en deux mots ta vie, avec une capacité de synthèse remarquable, le choix des mots et l’élégance du style.



Le bilan - Vendredi 6 juin - Caen

Hier soit, la pluie annoncée est bien arrivée en soirée, plus tard que prévue heureusement pour moi. Du coup, je ne m’éloigne pas trop de mon hôtel pour dîner. Dans une brasserie, je trouve de quoi fêter raisonnablement la réussite de mon projet avec une escalope de veau, à la normande bien sûr, et une mousse au chocolat, avec un calvados bien sûr.

Donc, il faut que je m’y fasse, mon aventure est terminée. En réunissant les traces des 16 étapes, j’obtiens une boucle qui colle quasiment parfaitement à celle qui était prévue. Et, avec finalement 928 kilomètres parcourus, ce qui donne une moyenne d’environ 60 kilomètres par jour en comptant 15 jours et demi de pédalage, je suis très proche de ce que j’avais estimé.

C’est une vraie satisfaction car j’avais quelques craintes, notamment celle d’avoir conçu cette fois un parcours trop exigeant. La préparation de ce périple (Marie-Claude peut en témoigner !) m’aura pris beaucoup de temps, notamment pour une évaluation fine des difficultés que j’ai ainsi pu anticiper dans ma tête (car presque tout est dans la tête !) et surmonter sur le terrain.

La météo normande, que je craignais aussi, n’a pas été si méchante. Mon ennemi ne s’est manifesté que sur les deux derniers jours et sans trop d’excès. Je n’ai roulé sous la pluie, fine qui plus est, que trois demi-journées en ayant eu la chance d’être à l’abri aux moments de quelques averses et d’un orage. J’aurais quand même souhaité un peu plus de soleil pour éclairer mes photos et un peu moins de fraîcheur pour envisager un bain dans la Manche !

Autre crainte encore : les pépins physiques du bonhomme ou mécaniques de sa machine. Il n’y en eut point ! Ma trousse de secours n’est pas sortie de son sachet. Je n’ai eu recours à aucun autre médicament qu’à un Doliprane le soir pris pour éviter, sans grand succès, mes douleurs nocturnes occasionnant, comme à la case, des nuits agitées. Et mon vélo a été remarquable de ténacité, un bon compagnon dans toutes les épreuves, sans crevaison. 

Sur le plan alimentaire, j’ai à peu près tout exploré, du jeûne intégral au repas copieux, du pique-nique très basique au dîner gastronomique. J’ai bien sûr beaucoup apprécié quelques plats bien cuisinés et quelques bons vins, mais mes plus grandes satisfactions resteront des choses relativement simples. Pour n’en retenir que deux : les huîtres et l’andouillette. Et côté boissons : le cidre et le calvados.

J’ai aussi absorbé au final 8 départements, les 5 normands (Calvados, Manche, Orne, Eure et Seine-Maritime), la Mayenne et la Sarthe en région Pays de la Loire, et l’Eure-et-Loir en région Centre-Val-de-Loire. Absorbé, c’est bien sûr très exagéré, certains ayant à peine été abordés. De toute façon, ces découpages ne sont qu’administratifs. La diversité est ailleurs, entre les villes et les petits villages, entre le littoral et les campagnes.

Elle est certes paysagère comme mes photos en témoignent. Mais elle est aussi humaine avec des différences notables de comportements. À Deauville (c’est un exemple), on ressent plutôt de l’indifférence, voire de l’agacement. À Pré-en-Pail-Saint-Samson (c’est un autre exemple !), on est accueilli avec gentillesse et curiosité.

C’est donc bien dans ces petits villages, aux délicieux noms à rallonge, que j’ai eu le plus de conversations, souvent courtes mais rafraîchissantes, d’autres plus longues d’un intérêt très variable ! Je retiens aussi quelques rencontres plaisantes du soir en chambres d’hôtes ou en soirée-étape, et surtout le compagnonnage avec Méta et Antoine. Très peu d’échanges en revanche avec les cyclistes itinérants, nombreux pourtant sur la Vélomaritime et la Véloscénie, mais c’est peut-être moi qui souhaite préserver ma solitude.

Pour finir, quelques mots sur l’écriture de mes articles. En journée, lors de mes pauses, je note rapidement quelques idées qui me sont venues en pédalant. Le soir, j’en élimine le plus grand nombre, comme pour les photos ! Chacune de celles qui restent me donne lieu à l’écriture d’un paragraphe. Il faut alors se méfier de la littérature, ne pas trahir la réalité pour le plaisir d’une formule enjolivante. Et faire vite, avec juste une seule relecture pour éliminer les plus grosses fautes.

Merci donc à mes quelques lecteurs pour leur indulgence. Et merci aussi à tous ceux qui postent des commentaires sur le blog ou m’envoient des messages auxquels je ne réponds pas ! Merci enfin à ma famille réunionnaise, qui m’accorde ce moment d’éloignement, et à ma famille sarthoise qui aura patienté pour m’attendre jusqu’à ce soir.


Les traces réunies des 16 étapes : 928 kilomètres 



Un tramway caennais


L’église de Caen


Commentaires

Christine
BRAVO MARC
Et même si tu te méfies de la littérature, je vais conclure avec elle : 
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre à La Réunion dans son petit ménage !
PS, encore littéraire : Marcel a rencontré, Joachim le poursuit.

Jacques
Une belle façon de terminer ce voyage : partager un moment avec ta petite famille sarthoise et que vous puissiez savourer le plaisir d’être ensemble. Moment toujours rare quand on est loin les uns des autres, j’en sais quelque chose.
Je suis persuadé qu’après tes 900 km, je passe les poussières, tu te projettes déjà et c’est tant mieux. 
J’ai en mémoire ta soirée à Sainte-Opportune-la-Mare, et ce que t’a inspiré ta rencontre avec Antoine.
De belles années devant toi pour profiter encore. J’ai le souvenir d’un voyage en Chine en 1995, où j’ai côtoyé une dame de plus de 80 ans qui relevait d’un cancer et qui s’était promise de faire ce voyage. Je craignais qu'avec son handicap d’une jambe raide et d’une canne, elle perturbe la vie du groupe. Elle a été un modèle pour tous et cela m’a inspiré la même réflexion que toi: "cela me donne de l’espoir de continuer longtemps encore" ! Pourtant la vie réserve tant de surprises, et pas que des meilleures, que je conclue mon propos en te disant : "ne remet pas au lendemain ce que tu peux faire aujourd'hui". Alors profite de chaque instant qui passe et, qui sait, tu iras plus loin que lui, et si tu t’arrêtes avant, tu n'auras aucun regret.
Bon vent, même s’il est souvent ton ennemi...

IZA
Serais-je la dernière à te dire Bravo ! C'est un honneur mon cher ! Le bilan est non seulement positif mais prometteur que nous allons te retrouver dans une forme olympique, voire olympienne. Te voilà au sommet de ce que je souhaitais pour toi. Endurance, force tranquille, humour toujours, appétit dans tous les sens du terme, curiosité et une écriture qui fait de toi le maître du journal de bord. C'est une sacrée concurrence pour tous les écrivassières(iers) que nous avons l'audace de prétendre être, nous les "plumes" du ciel de l'Océan Indien. Je t'embrasse fort en attendant de le faire pour de bon.

Jean-Claude et Maryvonne
Merci, Marc, pour ce feuilleton quotidien.

Chantal
Merci Marc, grâce à toi j’ai voyagé à nouveau, entre lieux familiers et belles découvertes.
En résumé, ta forme est au top, et ton mental fidèle à lui-même : toujours solide.
Bon retour sur notre caillou… On se dit à bientôt pour un café à Bagatelle, histoire de plus de détails.

Anonyme
Bravo, Marc, et encore bravo. Le Sud t'attend pour de nouvelles aventures : le Verdon, La Nesque, et pourquoi pas le Mont Ventoux ? Etc, etc.
.... Et le soleil toute l'année, le printemps est magnifique !

Françoise
Mon cher Marc, j'ai l'impression qu'au fil de tes circuits, année après année, tu n'arrêtes pas de t'améliorer. Serais-tu comme tous ces vins délicieux que nous dégustons ensemble tous les 3 ans. J'envie les Réunionnais qui vont pouvoir t'accueillir bientôt avec tous les honneurs que tu mérites. Il va falloir attendre un an pour te fêter. Un an c'est long mais, quand on se retourne, on se dit "c'est déjà passé." Alors savoure chaque seconde avec ta famille de métropole puis de ton île. Et quand tu prendras le temps de relire ton récit et de regarder à nouveau tes photos, tu pourras te dire "Bravo Champion". Marc, tu es une si belle personne et je suis fière de faire partie de tes amis. Merci pour tous ces moments partagés d'une façon ou d'une autre.

Michel
Message envoyé avant la fin... Je disais donc que tu t'étais substanté de spécialités locales et que les divers calvas n'ont pus de secrets pour toi. Pour revivre ton parcours, tu vas sans doute te plonger dans les écrits de ton copain Marcel. Bravo encore une fois au "lonely cyclist" que l'on aura plaisir à retrouver pour un nouveau périple l'an prochain, en visitant une nouvelle région riche en digestifs.

Aurélien
Bonjour Marc, merci pour ce récit gourmand à bien des égards. De l'assiette aux paysages, tu nous as régalés, et fait partager cette belle aventure jour après jour. A bientôt.

Geneviève et Colin
Merci et bravissimo, Marc.
Geneviève et Colin, les paresseux du clavier.


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