Entre Seine et Somme à vélo - Étape 3

Dimanche 31 mai - de Avrigny à Beaurains-lès-Noyon - 74 km

Hier soir, je regarde la finale dans ma chambre aussi surchauffée que l’ambiance d’un stade ! Un vrai scénario de cinéma avec un dénouement à l’ultime des tirs au but, après prolongations ! J’échange des SMS avec Nath pendant tout le match : ça fait monter le stress.  Bon, finalement, on est les champions, pour la deuxième fois consécutive.

Pendant ce temps, la patronne de l’hôtel regardait Roland Garros au salon : si j’ai bien compris, tous les Français ont déjà été éliminés ; on est meilleurs au foot qu’au tennis ! Comme je suis le seul client du restaurant, elle me gâte avec un dîner basique, mais copieux et simplement bon : une fraîche salade de crudités, une goûteuse entrecôte et deux boules de glace. Très différent de mon repas gastronomique du midi, mais tout autant apprécié.

Après cela, à ma grande surprise, je passe une assez bonne nuit, avec seulement deux brèves interruptions. Il faut dire qu’un orage, accompagné de quelques gouttes de pluie, fut le bienvenu pour refroidir un peu l’air. Du coup, ce matin, réveil tardif à 5h30 pour un départ à 6h15 sans faire de bruit comme promis et sans petit-déjeuner comme d’habitude.

Quel régal que cette première heure, seul sur mon vélo, à travers la campagne ! Le soleil, tout juste levé, pourrait m’éblouir car je me dirige vers l’est, mais j’ai pris soin de porter casquette sous casque. Je me satisfais naïvement du spectacle : des lapins et un faon traverseront mon chemin et un lièvre jouera son rôle quelques instants. Et les blés prennent progressivement leur dorure.

Je rejoins la vallée de l’Oise en empruntant une voie verte que j’avais repérée, évitant ainsi cette fois les grandes routes. C’est appréciable, même si le revêtement n’est pas terrible. L’orage a fait tomber quelques arbres en travers de la voie, mais on les contourne facilement. Il y a aussi quelques interruptions car l’empreinte de l’ancienne voie ferrée n’a pas toujours su être préservée.

Je pensais ensuite traverser l’Oise pour rejoindre en rive gauche la piste cyclable, mais je tombe sur un pont en reconstruction. Il me faudra faire un détour peu agréable sur routes, puis chemin le long d’une voie ferrée, pour trouver une passerelle me permettant de franchir la rivière pour atteindre la piste peu avant Compiègne où je fais enfin ma pause petit-déjeuner à la Mie Câline sur la belle place de l’Hôtel de Ville. Les hommes font la queue au stand de la marchande de roses en ce jour de fête des mères, sous le regard de Jeanne.

En amont de Compiègne, ni les berges de l’Oise ni celles de son canal latéral n’ont encore été aménagées pour les cyclistes. La Scandibérique remonte donc un moment la vallée de l’Aisne, affluent de l’Oise, par une jolie piste arborée avec notamment des saules tellement pleureurs que le cycliste doit essuyer leurs larmes au passage. Et puis on s’élève entre les deux vallées pour traverser la forêt de Laigue, très semblable à celles parcourues hier, avant de redescendre vers l’Oise.

Une nouvelle déconvenue m’attend avec encore un problème de pont. Cette fois, un ancien pont a été démoli et son remplaçant se fait attendre. Un demi-tour s’impose, suivi d’un parcours sur une route, heureusement peu fréquentée en ce dimanche, qui me mènera à Riblecourt où le seul restaurant ouvert voudra bien m’accueillir en surnombre pour un déjeuner spécial fête des mères qui me donnera toute satisfaction !

Après cela, je file par une départementale, sans circulation dominicale, jusqu’au pied du mont Renaud, que j’imagine comme un ancien volcan, puis rejoins à Pont-L’Evèque le canal du Nord qui relie l’Oise à la Somme et que je vais suivre sur quelques kilomètres aujourd’hui avant de poursuivre demain.

C’est là que je rattrape un cycliste itinérant que j’avais en ligne de mire depuis un moment. On commence ensemble à longer le canal en entamant une discussion qui durera une dizaine de minutes. En résumé, c’est un quarantenaire un peu paumé, en instance de divorce, qui veut changer de vie en se faisant minimaliste. Parti de Paris avant-hier, il envisage d’aller jusqu’en Suède en mode bivouac. Mais la chaleur d’hier l’a accablé et il a déjà revu à la baisse la longueur envisagée pour ses étapes. J’ai quelques doutes quant à la réussite de son projet.

Je le quitte pour rejoindre mon hébergement de ce soir, une chambre d’hôtes où j’ai été très bien accueilli. J’ai même été invité à l’apéritif, ce qui m’oblige à clore ici cet article. Les photos seront ajoutées plus tard dans la soirée…


La trace du jour - 74 km




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