Entre Seine et Somme à vélo - Étape 5
Mardi 2 juin - de Péronne à Amiens - 69 km
Hier soir, repas de brasserie : andouillette-frites-salade, avec un verre de côte du Rhône et dame blanche. Pas gastronomique, mais bon. Je profite du wifi de l’établissement, plus performant que celui de l’hôtel, pour charger sur mon blog les photos du jour. Après cela, dodo moyen, réveil définitif à 6 heures, petit-déjeuner basique à l’hôtel et départ à 7 heures.
Compte tenu des prévisions météo, j’avais quelques craintes pour aujourd’hui. Mais finalement je ne m’en suis pas trop mal sorti : 2 premières heures sous un ciel très couvert mais sans pluie, une fin de matinée sous une pluie fine et intermittente, un début d’après-midi encourageant avec des éclaircies, une grosse averse soudaine de pluie puis de petits grêlons sans possibilité de m’abriter pendant une dizaine de minutes, et pour finir un retour de belles éclaircies.
Je décide néanmoins de prendre le temps de faire un tour dans la ville dont le château abrite l’Historial de la Grande Guerre. Je suis, une fois de plus, rattrapé par l’Histoire, comme à Compiègne où j’étais passé tout près du Carrefour de l’Armistice et du musée qui abrite une réplique du célèbre wagon de Rethondes, et où mes pensées étaient allées vers les déportations par les trains de la mort dont la ville fut le funeste point de départ.
À Péronne, le canal du Nord continue vers le nord ! Je l’abandonne pour embrayer sur le canal de la Somme. Si tout va bien, je vais pendant 3 jours suivre la véloroute de la vallée de la Somme pour atteindre tranquillement la Manche. Ce nouveau canal, qui est en fait le plus souvent la Somme canalisée, est nettement plus plaisant. Moins large, plus sinueux, il emporte d’emblée mon adhésion.
Certes, la piste cyclable n’est plus bitumée. Mais elle est bien compactée et mon vélo s’en accommode. Surtout, l’ambiance est beaucoup plus sauvage avec des rives naturelles, boisées ou s’ouvrant sur la campagne. Les écluses sont toujours automatisées, mais sont accessibles et elles ont été rénovées. Et quel plaisir d’être surpris par une buse sortant du bois ou par un héron cendré prenant son envol à partir des hautes herbes du bas-côté !
Et finis les grosses péniches marchandes ! Ce canal est réservé à la navigation de plaisance. Évidemment, « ce n’est pas encore la saison » comme on me dit à tout propos. Je ne verrai qu’une seule vedette à naviguer. Les autres sont amarrées aux haltes fluviales. Mais la fameuse saison se prépare : des engins tentent d’extraire des eaux les algues et les branches, d’autres fauchent les herbes le long de la piste, des ouvriers nettoient les voies du petit train touristique du côté de Cappy.
Entre Méricourt et Cerisy, sur environ 5 kilomètres, le chemin de halage n’a pas été aménagé pour les cyclistes. Un petit détour par la campagne s’impose, mais ce n’est pas déplaisant même si ça monte bien jusqu’au village de Morcourt. La route a été partagée avec une voie centrale pour les voitures et deux voies latérales pour les vélos. Mais les panneaux de signalisation semblent recommander aux automobilistes de faire des queues de poisson aux cyclistes !
Le retour sur le canal s’effectue sous la pluie et c’est dommage car ce tronçon est très joli, avec autour du canal une succession de marais et d’étangs. On ressent un certaine étrangeté et j’apprends sans surprise en lisant un panneau que cette zone a généré quelques légendes comme celle du gentil géant de Corbie dont les pleurs, suscités par la méchanceté de ses enfants, avaient inondé la vallée.
Je fais, à Corbie justement, une pause assez longue qui permettra de me sécher un peu, de me désaltérer avec une pression de bonde locale dans un bar, et finalement de déjeuner dans un restaurant spécialisé dans les bonnes viandes. Je choisis une bavette d’Irlande, sauce au poivre et frites, et ne serait pas déçu. Une pavlova aux fraises et un café me permettent d’atteindre que la pluie cesse.
L’après-midi aurait pu être un pur plaisir digestif puisqu’il ne me reste qu’une vingtaine de kilomètres à parcourir, toujours à plat le long du canal. Mais l’averse évoquée plus haut viendra ternir le tableau. Heureusement, la toute fin du parcours me permettra d’apprécier les fameux hortillonnages, ces jardins flottants spectaculaires.
Je suis ce soir à Amiens dans un petit hôtel du centre-ville comme hier. La pluie vient de recommencer à tomber, mais j’espère que cela ne durera pas trop et que je pourrai sortir dîner sans me remouiller…
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| La trace du jour - 69 km |

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